











à écouter
l Akynou
l Goodmail
l Parisian Smile
l RadioCoinC
à regarder
l Akinou
l Antinea
l Claramar
l Coffee Break
l Josef Stuefer
l Kait Jarbeau
l Mofo
l et puis mon mien
l et puis d'autres sur flickr
« Heu... et vous êtes... de...
heu, comment dire... »
Je suis…
Je suis...
Je suis...
… en train de manger, et le mec attablé en face de moi, frère de l’époux de la cousine du Loup (qu’on appellera Frépoucoulou dorénavant), m’adresse ces mots.
Ah !
Il hésite, le dénouement de sa phrase ne veut pas sortir. Je crois savoir ce qu'il veut entendre, et le loup aussi qui se retourne vers moi, la fourchette en suspens, se délectant par avance de l’ânerie que je vais encore sortir.
Révisons mes options.
Je pourrais dire « en plein repas », ou « très émue de me trouver là parmi vous », « incapable de terminer la question à votre place ».
Non, allez, je la joue sobre :
« Noire » avec un grand sourire, merci.
Le Loup est un peu déçu, ça se voit, il pensait que j’aurais sorti « Suédoise » ou un truc du même acabit.
Ma réponse fait tout de même même un heureux : Frépoucoulou (c'est toujours le frère de l’époux de la cousine du Loup).
Je complète :
- Je suis Antillaise.
- Ah ! D’accord…
Évidemment, je vais avoir droit à la petite histoire habituelle...
- J’ai un collègue, il est comme vous.
Bingo !
- Ah bon ? Comme moi ? Vous voulez dire Noir ou Antillais ?
- Oui, voilà, c'est ça, comme vous. De Guadeloupe je crois.
- Ah ?
- Et on est comme ça [il accroche son index droit au gauche, pour illustrer qu’ils sont inséparables]. Ouais, on est toujours ensemble, et on s’entend bien.
- Ahhhh. C’est… bien.
- Oui, on est toujours ensemble.
- Ah !
- Tout le temps.
- Ah.
- C’est presque comme une frère pour moi.
- AaaaAh.
J’ai vite été à court d’intonations différentes pour mes « ah… ».
J’aurais dû lui raconter que j’ai plein de collègues, de voisins, de connaissances, d’amis blancs. J’ai même un Loup Blanc ¤ pas mal de gens le citent pour sa notoriété d’ailleurs… Je ne pensais pas qu’il était connu à ce point… ¤.
Ca l’aurait probablement impressionné.
J’aurais voulu lui dire qu’il n’avait pas besoin de se justifier, ni d’inventer une fraternité avec une personne « comme moi ».
¤ Le plus drôle dans tout ça, c’est que la femme du Frépoucoulou, donc la femme du frère de l’époux de la cousine du Loup -- vous suivez ? -- était une Réunionnaise… Blanche. Quelle histoire mes amis ! ¤
Il semblait totalement inca pable de prononcer le mot Noir, et ne l'a jamais fait pendant toute la conversation qui a tourné autour de ce sujet.
Nous en sommes arrivés au point que les gens ne savent plus quoi dire, ils ont peur de se faire taxer de racisme, de froisser la personne d’en face, de se faire jeter malproprement alors qu’il s’agit bien souvent d’une saine curiosité.
En tout cas, si quelqu’un vous dit « je préfère qu’on dise de moi que je suis Black plutôt que Noir », comme c’est le cas d’un copain de Sev, demandez-lui pourquoi, ça m’intéresse.
fin
_______¤ Merci à tous ceux qui, patients, ont suivi cette série, qu'ils se soient manifestés ou non.
Je ne sais pas si ces histoires vous auront fait considérer les choses sous un autre angle, si elles vous feront changer d'avis ou d'attitude, ce n'était pas vraiment mon intention, mais après tout, si ça permet de réfléchir un peu, c'est tant mieux !
Merci encore.¤
Donc, je suis Noire. Admettons.
Mais, j’ai beau être Noire, je ne corresponds pas pour autant aux stéréotype de la Noire que bien des gens nourrissent inconsciemment :
- je n’ai pas une voix de diva ¤ ah, ça non ¤,
- je ne cours pas vite ¤ et pas droit non plus ¤,
- je ne suis pas un mannequin-brindille ¤ non, mais des fois j’aimerais bien ¤,
- je ne suis pas non plus la mama dans un boubou ¤ non, je suis dans une période couleurs unies, là ¤,
- mes dents n’éblouissent pas de blancheur ¤ malgré mes efforts ¤,
- je ne suis pas nonchalante ¤ non c’est vrai, dans la vie, je comprends qu’il y ait des uwgences uwgemment uwgentes…¤,
- je ne fais pas inlassablement preuve de bonne humeur ¤ même si, en général, mes mouvements d’humeur s’essoufflent en un quart d’heure : c’est trop con de rester fâché ¤,
- je n’aime pas le piment dans mes plats ¤ mais dans la vie, pourquoi pas… ¤,
- je n’ai pas d’accent particulier ¤ mais je parle le « pétasse parisienne » couramment ¤,
- je ne suis pas fonctionnaire ¤ mais j’ai failli, Marie-Thérèse ¤,
- je ne suis pas fainéante ¤ même si j’aime bien la glandouille, hein, n’allez pas vous méprendre ¤.
En plus, mes cheveux m’appartiennent.
Enfin, je veux dire que chacun d’entre eux est effectivement rattaché à un bulbe dans mon cuir chevelu ¤ ça me fait penser à une mon ancienne camarade de classe pleine de bon sens et à la chevelure synthétique qui disait « quand tu as acheté, tu as le droit de dire que c’est à toi, hein ! » ¤ et ils ne sont pas tout crépus ¤ quand je n’oublie pas de les coiffer ¤.
Précisons aussi que tous les Noirs n’ont pas un gros sexe et qu’ils ne savent pas tous danser comme des Dieux.
Bien entendu, je ne dis pas ça pour vous, car naturellement, je ne vous apprends rien, vous êtes des gens bien.
Mais voilà, il se trouve que je suis Noire quand même.
¤ De toutes les façons, j'aurais du mal à le cacher ¤
Alors, les gens qui pensent en cases bien distinctes et mutuellement exclusives, qui aiment bien que tout soit étiqueté sont un peu emmerdés. Ca les gratouille.
Je me suis faite aux questions que me posent tout un tas de gens, curieux de mes origines. Ils me demandent d’où je viens, et je réponds.
Le problème, ce n’est pas moi. ¤ J’adore dire ça cette dernière phrase, elle fait merveille pour démarrer une dispute, surtout quand je la ponctuant d’un « c’est tout ce que j’ai à dire ». Effet ga-ran-ti ! Bon, reprenons…¤
Le problème c’est que souvent ceux qui posent ce genre de questions sont un peu mal à l’aise. Ca commence par « et vous êtes… » et ça finit par trois points de suspension.
Ou alors, ils déguisent, parfois piètrement, leur interrogation :
« Tu fais un truc spécial à tes cheveux, non ? Ils sont, heu… spéciaux… »
« Ton père, il est Blanc ? »
« Tu as un petit côté exotique ou c’est moi ? »
J’explique que Noir, c’est ma « dominante », mais mes ancêtres sont Caraïbes, Indiens, Blanc, Noirs-Africains… C'est comme ça pour bon nombre d'Antillais. Un sacré mélange.
C’est normal, les gens sont curieux, moi-même, je demande souvent aux gens d’où ils viennent, c’est un moyen de se faire raconter d’autres régions, d’autres pays, en accent original. De la même manière, je demande à d’autres Parisiens dans quel arrondissement ils habitent, comment ils s’y sentent, ce qu’ils aiment dans leur quartier.
Je comprends qu’on me pose cette question.
C’est juste que parfois, elle sonne d’étrange manière.
Il faut se décoincer un peu.
Au déjeuner frisco-pasco-dominical, pour en revenir à l'origine de cette série, j’ai fait une entorse à ma règle.
« Heu... et vous êtes... de...
heu, comment dire... »
Je suis…
Avant cet événement cocasse, je ne le laissais pas suspendu ce bout d’interrogation, non non, je l’embrassais pleinement, et répondais en toute mansuétude, mettant fin à la torture du questionnant, le soulageant de devoir prononcer des mots qu’il refusait de vocaliser de peur de me froisser.
Les gens se demandent souvent quel terme employer quand on parle des heu… gens de couleur, des blacks, des re-nois.
L’autre jour dans le métro, deux jeunes garçons sentant l’herbe de très loin s’étaient assis sur les strapontins d’en face dans le métro.
Le plus joyeux, se mettait à débiter des banalités sur un ton de philosophe inspiré, et décrivait les gens sur le quai d’un air ébahi.
Là, le blondinet à lunettes qui l’accompagnait a donné un léger coup de genou à l’embrumé : « hé, fais gaffe, putain » avait-il ajouté à voix basse -- mais beaucoup moins discrètement qu’il ne l’aurait voulu -- accompagné d’un signe de tête vers moi.
L’autre a mis deux secondes à comprendre et a murmuré un « ah ouais, merde, pardon » en faisant un vague signe en ma direction.
Mais que diable avait-il dit de mal ?
Noire ? Deux Noires ?
Mais enfin, ce n’est pas une injure !
Faut arrêter.
Bon, allez, hé ho !
Je suis Noire.
Ne faites pas comme si vous n’aviez pas vu, ne craignez point que je vous morde l’œil à la première mention du mot.
Noir.
C’est un mot pour décrire des gens.
¤ Pas très réaliste, vous en conviendrez, mais pas moins que « Blanc » pour désigner des êtres dont la peau n’est pas vraiment blanche. Ceci dit, je connais un mec qui est proche de la teinte noir fluo, et quelques Blancs dont le mimétisme serait imperceptible sur la banquise. ¤
Un mot.
On en a usé d’autres qui sont devenus moins sympathiques.
C’est dommage, les mots nègre et négresse n’ont pas toujours la noblesse à laquelle ils ont droit en art. Ce sont aussi des injures aux oreilles de beaucoup, des mots devenus péjoratifs, méprisants.
J’aime bien ces mots en créole. Las, il faudra un peu de temps pour les laver de leur vile acception.
Bon, à défaut, disons Noir. Parfait, ce n’est pas encore trop entaché, et j’ai bon espoir qu’il devienne banal.
Donc, je suis Noire. Admettons.
Mais…
Oui, pourquoi je vous ai raconté tout ça ?
Il y a quelques semaines, au cours d'un déjeuner frisco-pasco-dominical les pieds dans la boue, j'ai dû répondre à une question singulière...
Heu... et vous êtes... de...
heu, comment dire...
Quand je sens venir ce genre de questions sur mes origines, je n'aide pas. Je ne tends pas de perche. Je n'encourage pas. Je me tais. Poker face, regard neutre.
Si vous pensez que c’est pour faire naître l’inconfort, vous n’y êtes du tout pas comme dit ma grand-mère.
Je vais vous dire pourquoi.
Non parce que je pourrais garder ça pour moi, mais ce ne serait pas sympa.
Donc, l’explication de mon silence suit.
C’est juste après cette phrase que vous êtes en train de lire.
Non, je parlais de cette phrase-ci plutôt.
Comment-ça ? Je joue avec vos nerfs ?
Quoi ?
Moi ?
La gentille MOI ?
Vous dîtes ça parce que je suis Noire ? C'est ça hein ?
J'le savais.
Quoi ?
Aucun rapport ?
Ah oui, vous avez raison.
Eh, oh ! On reste correct, je vous prie !
Pour la peine, la suite à la note d’après.
¤ Comme aime à dire le clodo du métro la politesse, c'est trop important pour qu'on déconne avec putain ! ¤
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
la tête dans les nuages, parfois dans les étoiles
les pieds dans le plat, parfois sur terre
des fourmis dans les jambes, parfois sur le bout des doigts
mon blog-notes dans la salle de bains.
Vos commentaires