Lundi 27 février 2006
Quand ma grand-mère est venue en mars, l’an dernier, elle nous a livré, au cours d’un déjeuner avec le Loup, quelques-uns de ses souvenirs d’enfance : son père parti à la guerre qui a peut-être laissé une jeune sœur ou un petit frère quelque part en « Fwans’ » (l’Hexagone), un enfant de l’amour conçu avec « la Madelon » sa chère et tendre de ce coté de l’Atlantique.

Elle nous a conté ses courses folles dans les champs de canne avec ses petits voisins.

Echevelée, les pieds crottés, à bout de souffle mais heureuse sous le soleil.

Elle a évoqué, avec une ombre dans ses yeux, la mésaventure qu’elle a connu avec son frère quand petits, ils ont piétiné un « kimbwa » (l’œuvre d’un sorcier bien de chez nous) posé dans un « kat-chimen » (un carrefour).

 

Et l’envie de consigner ses souvenirs à elle m’a enveloppée toute entière, car ma grand-mère, elle en sait des choses, elle en a vécu des vies, et j’aimerais que ses arrière-arrière-arrière-petits-enfants qui m’appelleront « la trisaïeule » si je n’ai pas encore crevé d’ici là, le sachent et puissent connaître sa vie, un peu, s’ils le souhaitent.

 

Je ne me presse pas, je préfère me dire que j’ai tout mon temps, tout mon temps, pour lui demander de me parler de sa vie, elle qui me taquine toujours en m’informant, l’air de rien, qu’elle a prié pour que Dieu lui laisse le temps de voir son premier arrière-petit-enfant. ¤ Vous remarquerez que quand c’est ma mère qui me fait la même scène, je trouve ça nettement moins marrant… Mais sois patiente Maman-Doudou, le jour où tu vas te retrouver à devoir faire la popotte pour ma progéniture pendant que le Loup et moi, on se la coulera douce en vacances en amoureux, tu regretteras de nous avoir stressés autant… Tu as dû oublier que les bébés, ça pleure et ça chie tout le temps, et en plus ça fait ses dents… ¤

Mamie, désolée, mais tu es obligée de rester en vie, rien que pour voir la tête de Maman quand elle en aura marre de devoir bercer notre môme en rouspétant :

« Oh, j’ai plus l’habitude, moi ! Et puis mes enfants étaient de gros dormeurs, eux, au moins. C’est parce que je les ai bien dressés, parfaitement, ils n’étaient pas chiants pour un sou enfin... Avant c'était le cas, parce que ma fille est devenue super-chiante, mais je l’aime bien quand même, elle tient ça de sa mère. »

Rien que pour l'entendre faire semblant de se plaindre, oui, tu devrais rester avec nous !

Vendredi 24 février 2006
... c'est toi mon babouin - petit frère !
Une âme belle, une oreille tendue, un coeur grand comme l'infini.

Tu es mon petit couillon, même à tout juste 22 ans.
Nous avons désormais 59 ans à nous deux.
Ca y est, nous sommes des vieux.

Je t'aime plus fort encore.

Joyeux anniversaire !

Babouine
Vendredi 24 février 2006

Leeloolene écrivait l’autre jour qu’un blog permettait aussi d’ « archiver ses souvenirs ».

Je crois que j’ai toujours été hantée par le fait de ne plus me souvenir un jour.
Enfin, pas toujours. Non.
Je me souviens que ma première interrogation sur le sujet, ma prise de conscience en mode élégiaque du temps qui passe, cette angoisse précoce est arrivée en cours d’espagnol, en quatrième. J’aimerais vous donner le titre exact et le livre dont état tiré le texte que nous étudiions, mais hélas, ma mémoire me fait ¤ déjà, arghhh ¤ défaut.

« Eramos verdes ».
Nous étions verts.
C’est le seul bout de texte qui me soit resté.
Je ne sais plus de quoi parlais ce texte ¤ re-arghhh… ¤. L’auteur se souvenait probablement des ses années d’écolier et la mélancolie transpirait dans chaque phrase, alors qu’il essayait de reconstituer un puzzle aux couleurs passées, dont les pièces étaient bien cachées, enfouies dans sa mémoire.

Moi,
j’étais verte comme le bois tendre.
Pas encore assez marquée par le temps et l’oubli pour commencer à regretter vraiment.
Bien sûr, dans les premiers mois qui ont suivi mon arrivée en Guadeloupe, paradis de vacances devenue terre hostile d’un exil forcé pour moi, le négatif imparfait de tout ce que j’avais abandonné de l’autre côté de l’Atlantique, j’avais cristallisé mon enfance dans l’Hexagone. Je regrettais de me trouver là dans ce trou paumé où les gens pensaient que je n’étais pas vraiment des leurs en m’entendant parler. Et puis, le cyclone Hugo a tout changé. C’est quand j’ai vu le pays dévasté par la paire de baffes que nous avions reçu que j’ai compris que cette douleur en moi ne pouvait exister que parce que j’aimais cette vie, ce pays, cette terre et ses gens. Et puis, c’est passé. Je ne regrettais pas grand chose. Si, peut-être l’époque que ma mère tentait de nous faire revivre chaque jour, l’époque qu’elle prétendait joyeuse, où mon père était avec nous, et pas à 7500 km à cause d’une mutation qui n’arrivait pas. Mais malgré les efforts maternels à nous brosser un tableau gentillet de la vie de famille, je me souvenais des cris que j’essayais de couvrir en faisant des âneries pour distraire mon frère dans son berceau, je me souvenais de cette veille de Fête des Mères où je suis allée à l’école, la peur au ventre, les yeux gonflés, le souffle court, en étant persuadée que j’allais rentrer pour retrouver le cadavre de ma mère rouée par mon père si mes tantes que j’avais appelées ne rappliquaient pas au plus vite à la maison. Alors, non, je ne regrettais rien. 

Yo era verde. J’étais verte jusqu’à ce que la profesora nous prédise qu’un jour, nous comprendrions mieux ce texte nostalgique, mais que, Dieu merci, nous étions encore trop jeunes pour savoir.

Erreur ! Ce jour était venu pour moi.
La profesora était Cassandre, sa prédiction s'est réalisée.
 

Ah ! Comme je me moquais des adultes oublieux, les malheureux ! Ils avaient gommé leur enfance, leur vie d’avant dans le tumulte de leurs responsabilité, de leurs tracas, de leur existence de cons. Il ne se rappelait pas où ils avaient acheté telle veste ; le nom de cet ancien camarade de classe, compagnon des quatre cents coups, leur échappait, il ne savait même pas de quelle année datait cette photo !
 

Jusqu’à ce jour-là, je ne pouvais pas me résoudre à la fatalité de l’oubli.
Je m’écriais foutaises. On n’efface que ce que l’on veut bien, j’en étais convaincue.
 

Pero, yo era verde en aquello tiempo.
 

Oublier toutes ces choses que j’avais juré de toujours garder en mémoire ?
Laisser pâlir au point de ne plus pouvoir les lire ces phrases écrites à l’encre que je croyais indélébile ?
Laisser filer ces moments de peine ou d’allégresse qui auraient dû graver mon cœur à jamais ? 

Noooooon ? Pas moi !

J'ai compris que j'allais oublier moi aussi et cette pensée m'était insupportable.
Alors, j'ai écrit.

J’aime écrire et conserver.
Peut-être trop.
Mais ça me rassure.
Et à mesure que le temps passe, à mesure que j’oublie ¤ Sigmund m’a dit que c’était salvateur ¤ j’écris et je sais que je suis devenue, à mon tour, une adulte oublieuse.

J’écris pour me souvenir et oublier. Une fois que c’est écrit, cette auto-anamnèse me purger la mémoire, et en relisant quelques-une de mes notes, mêmes récentes, je crois lire la vie de quelqu’un d’autre que je découvre avec un œil neuf. J’arrive à me surprendre souvent.

Il faudrait que j’imprime toutes ces notes. Au cas où tout planterait.
Et puis, pour moi.
Pour mes enfants ou plutôt leurs enfants si ça les intéresse.
Pour d’autres, peut-être. Des notes comme ces lettres sur lesquelles on tombe au fond de malles abandonnées dans un grenier poussiéreux.

¤ J’aime lire aussi les souvenirs des autres, c’est pour cela, entre autres, que j’ai commencé à lire le blog de bonsais29, fidèle lecteur, à son tour, de mes mots. ¤

Vendredi 24 février 2006


Lorsque j'ai commencé à passer mes après-midi
dans la salle de bain, je ne comptais pas m'y installer ;
non, je coulais là des heures agréables,
méditant dans la baignoire
avec le sentiment de pertinence miraculeuse
que procure la pensée qu'il n'est nul besoin d'exprimer.

 


Jean-Philippe Toussaint,
Extrait de La Salle de Bain

 

Évidemment, l’autre jour à Brentano’s, j’ai repéré le bouquin grâce à son titre, en rigolant sous cape pour ne pas alerter le Loup. ¤ Comment ça je suis parano ? ¤
J’ai souri en voyant cet homme dans sa baignoire.
Et puis j’ai reposé le livre, en me disant que c’est crétin de vouloir prendre un bouquin à cause d’un titre, et que j’en ai encore tout un tas, fraîchement commandés sur Alazone, à lire, et puis je pourrai toujours le prendre un autre jour.
J’ai fait quelques pas, en me disant que c'était la bonne décision.
Et puis j’ai rebroussé chemin.

Ce serait peut-être drôle après tout…
Je ne pouvais pas refuser ma bibliothèque à un livre sans lui donner une chance...
Alors, j'ai arrêté de le fixer, je l'ai pris et puis je l'ai retourné ¤ que celui qui a dit
« Thérèse  » se déconnecte immédiatement, merci... ¤.
J’ai lu la quatrième de couv’, et je suis tombée sur la phrase d’ouverture de cette note.

Il m’était dès lors impossible de nier ce signe. Ces mots me parlaient, j’avais la sensation qu’ils n’avaient été écrits que pour moi. Qu'ils ne décrivaient que ce sentiment unique et intime que j'éprouve en écrivant pour moi. Pour vous.

¤ Jean-Philippe, tu me parles, je t’entends, je t’écoute et je vais te lire. Oui, oui. ¤

 

Quelques minutes plus tard, après avoir sérieusement pris sur moi pour ne pas acheter tous leurs magazines sur le mariage ¤ moi, voir des robes de mariées, des alliances et des décorations de tables, ça me met en transe... ¤

je regardais le caissier éclairer le dos de mon nouveau livre de sa lumière rouge qui couine.


Pour l’instant, je lis le second bouquin de Laura Weisenberg, Everyone Worth Knowing, parce que j’avais bien aimé Le Diable s’habille en Prada, et que je voulais connaître son style dans sa langue d’origine. C’est bien, mais je commence à me lasser, pas parce que c’est chiant, mais parce que je ne lis que dans les transports quand je le peux, quasiment jamais à la maison, et je garde part conséquent le même livre pendant des semaines et des semaines et mon caractère un peu versatile a un peu de mal à supporter ça, mais cela fera l’objet d’une autre note…

 

Donc, je m’attaquerai bientôt à La Salle de Bain, c’est un tout petit opus que je devrais « dévorer » en moins de huit jours ouvrés. Dieu que je suis lente !

 

A suivre.

Jeudi 23 février 2006

Avant de sortir du centre commercial entre midi et deux, je m’arrête, le temps de remettre mon écharpe, mes gants et mon chapeau pour affronter le temps sans chaleur, à quelques mètres d’une vieille dame recroquevillée sur elle-même et d’un homme à la silhouette émaciée malgré les trois ou quatre couches de linge dont il est revêtu.

Il parle avec le dessus du crâne de la petite vieille que son squelette oblige à ne balayer que le sol du regard.

 

- Ben alors, ça va vous vous débrouillez sans vot’ mari ? Vous gardez l’moral ?

- Oui, enfin, j’suis mieux sans lui quand même ! Il était pas facile, surtout sur la fin !

- Ah bon ?

- Ben oui, avec tout c’qui s’mettait dans l’bide !
le pouce brandi, elle fait mine de verser rapidement un liquide dans sa bouche ouverte

- Il buvait ?
étonné

- Vous saviez pas ?

- Non !

- Sur la fin, il buvait tellement qu’à l’hôpital, le docteur m’a dit comme ça qu’il fallait qu’il arrête.

- Ben c’est pas eux qui payent, hein ! De quoi y’s’mêlent ?

- Je vous l’demande !

- C’est pas eux qui lui payaient la bouteille non ?

- Y m’ont même dit que s’il ne mourrait pas de son truc, il allait mourir d’un… comment déjà ? Heu…
elle se lisse la carotide Un… un cancer à la gorge !

- Ah ouais ? Ben c’est pas ça qui l’a emporté !

- Non, mais ils avaient raison, ça aurait pu quand même !

- Il était gentil quand même, vous l’aimiez bien, non ?

- Si ! Mais j’suis bien mieux sans ! 


Je ne connais pas la cause du décès du mari de cette dame, bien que ce ne soit pas l’envie de m'en enquérir qui ait manqué.

¤ Nouvelle règle à retenir : arrêter de raconter des craques sur le Loup à la boulangère...
à partir de la semaine prochaine. ¤

Mercredi 22 février 2006
Je vous disais dans la note précédente que j'allais participer à la chaîne des couettes comme l'ont fait avant moi Leeloolene, Traou, Alice, Tita, Samantdi et Chiboum.

Donc, voici, livrées pour vous, mes couettes de Noyel.




Là, je suis chez mes grands-parents en Guadeloupe, je vais avoir 4 ans dans un petit mois, j'ai été gâtée, encore une fois ¤ en même temps, à cette époque, je suis encore la seule fille/nièce/petite fille /merveille, donc la pluie de cadeaux n'est rien que de très normal ¤ et je veille à ce que seuls ceux qui ont été gentils reçoivent les présents que le Père Noël leur a destinés.





Une petite précision s'impose.
A cette période précise de ma vie, je viens tout juste de déduire d'une démarche discursive personnelle profonde que le Père Noël n'existe pas.
Cependant, comme je semble être la seule à m'en rendre compte -- j'en veux pour preuve les niaiseries que les
« adultes » continuent à se répéter comme des mantras -- je préfère faire profil bas et éviter de les traumatiser avec le résultat de mon anaylse réflective : elles sont trop fragiles pour ça les pauvres grandes personnes.
C'est décidé, je leur ferai ma révélation fracassante au Noël prochain, histoire de leur laisser encore 365 jours dans la naïve et confortable quiétude que leur confère leurs croyances à la gomme. Mais sans faute, l'an prochain, je les tire de leur rêverie, sinon qui fera leur éducation, hein, je vous le demande.
Quand j'étais petite, je pensais que mes parents étaient parfois un peu cons, depuis, je me suis rendu compte que je me suis trompée, enfin, pour ma mère seulement ¤ Ca t'apprendra papa de ne pas t'être souvenu de mes 8 derniers anniversaires, d'avoir oublié ceux de mon frère, d'avoir frappé maman, de nous avoir reniés à demi-mots comme pour abandonner avant que nous ne t'abandonnions, de m'avoir menacée de mort, j'en passe et des bien pires... ¤
.



Oui, je sais, mes couettes sont asymétriques, mais j'ai une très bonne explication à ça : quand on vous tire de votre sommeil de loir assomé pour vous raconter des conneries du genre
« Le Père Noël est passé » ¤ pffff... foutaises !¤, vous ne pensez qu'à une chose, récupérer le magot sans vous soucier des paparazzi qui se font une joie d'immortaliser votre mise pas très soignée...
J'aimerais vous y voir, vous.
Mardi 21 février 2006
L'autre jour, en cherchant de vieilles photos pour continuer la chaîne des couettes, je suis tombée sur un vieux cahier rose sur lequel j'avais collé une Betty Boop moulée dans son fourreau noir...
Mon Cahier de Conneries !

Sur ses pages, les élèves de ma classe pouvaient écrire ce qu'ils pensaient de moi, ce qu'ils voulaient, ce qui leur passait par la tête.

J'ai été plongée dans la nostalgie d'une époque qui me paraît si lointaine qu'elle semble avoir été vécue par une autre que moi. Comme si j'étais la simple lectrice silencieuse du blog d'une ado des années 90 dans laquelle je me reconnais un peu, sans trop savoir pourquoi.



_________

Petit message à l'attention de Béatrice V. alias CatWoman, oui, toi, celle avec qui j'ai dû faire un exposé conjoint, bien malgré moi, sur  les Déesses et les Dieux Romains ¤ j'avais choisi les Déesses, elle les Dieux, et notre prof de latin dépressive -- elle allait pleurer discrètement devant une fenêtre pendant les contrôles, elle venait tout juste de divorcer -- a décidé que ce serait tellement mieux de présenter tout ce petit monde ensemble, j'ai fait contre mauvaise fortune bon visage, il ne fallait pas se montrer bêcheuse dès le début d'année, et bien accueillir cette transfuge d'une autre classe dans les meilleures conditions... ¤

JE NE SUIS JAMAIS, JAMAIS, TU COMPRENDS, JAMAIS SORTIE AVEC XAVIER B. !

Que cela soit clair ! Merci.
Mardi 21 février 2006
Après un looooooooooong week-end


fait de marche de prospection immobilière dans des quartiers pas si agréables que ça finalement,
d'immersion acharnée dans de sanglantes séries policières,
de chouchoutage et de gavage culinaire arrosé de bons vins par mes beaux-parents,
de tricotage effréné de mitaines pour une personne que je n'ai jamais vue autrement qu'en dessin,
de vaisselles à répétition,
de pseudo-ménage rapidement expédié,
de coups et blessures sur de jeunes pousses de cactus,
de dodo dans des draps qui sentent bon,


je suis de retour (avec pas mal de choses à faire pour me tenir occupée au bureau).

A très bientôt donc, pour une nouvelle note.


Jeudi 16 février 2006

Plus je sonde les sites d’emploi à la recherche du nouveau job de mes rêves, plus je trouve que les entreprises cherchent des profils prodigieusement précis.
Ils cherchent la perle rare, comme toute jeune fille en fleur ¤ ou en boutons ¤ qui jure qu’elle n’acceptera que le parfait prince charmant, ce jeune homme châtain clair, les yeux bleus le matin, verts l’après-midi, trente-deux dents blanches et régulières, une peau parfaite, des muscles bien dessinés…

 

Trop précis mesdemoiselles !
Ah non, vous répondent-elles, il pourra faire entre 1m82 et 1m84.

Ah, mais quelle tolérance, y’a pas à dire, vous ratissez large !

 

Et puis, un jour, la gamine se rend compte qu’en fait de prince charmant, sa description avait manqué de préciser certains aspects : qu’il soit hétéro, qu’il n’aime que moi, qu’il fasse la vaisselle, qu’il n’ait pas honte d’aller m’acheter des tampons quand il y a urgence, que sa mère ne soit décédée depuis longtemps mais pas trop, parce que je ne vais pas la remplacer non mais ho , qu’ils soit fils unique pour éviter que les autres éléments de la fratrie ne l’accaparent, qu’il n’ait pas d’amis lourdingues qui l’entraînent dans des beuveries sans fond, qu’il ne soit pas ci, qu’il ne soit pas ça…

La liste des desiderata n’est jamais assez longue…

Ou alors, elle se demande si elle n’avait peut-être pas énoncé trop de critères dans sa requête.

Peut-être que la gentillesse et la dévotion de ce brun aux yeux noisettes auraient pu lui faire oublier les quelques centimètres qui lui manquaient.

Si elle n’avait pas disqualifier d’office tel autre à cause d’un peu de gras du bide, elle aurait été séduite par sa personnalité.

Au lieu de ça, ce soir encore, elle restera avec son crétin de mec qui lui parle comme à de la merde, et qui passe si peu de temps avec elle, qu’elle ne se souvient plus de la teinte que prennent ses jolis yeux avec les changements du soleil.

 

Ah, tant de critères à respecter…

Comme si les histoires d’amour n’étaient pas encore suffisamment anxiogènes, on se met des barrières un peu débiles, des œillères en limitant son choix et pour quoi ?

 

 

Bref, mettons fin à ma comparaison douteuse.

 

Sur les sites, on trouve des annonces comme celles-ci.


Cherchons
un(e) consultant(e)
avec une double formation ingénieur(e) systèmes/réseaux et oncologie des pieds bots
et une expérience d’au moins cinq ans dans le toilettage de caniche.

Poste à pourvoir urgemment.

___

Société d'export en tatanes d'occasions
recherche
une assistante de direction
¤ vous remarquerez que ce sont presque toujours des femmes qui sont demandées pur ce poste, sous prétexte que nous sommes plus soigneuses, plus discrètes et plus organisées, je dis faux, faux et re-faux, halte à l’hypocrisie ! ¤
ayant eu exercé au moins dix-huit ans comme serveuse dans un bistrot parisien où seuls 67% de la clientèle habituelle exigeait des places non-fumeur, avec une bonne connaissance de l’arrosage de bananier d’appartement, et un solide carnet d’adresses dans le ravitaillement cycliste. Connaissance du tamoul un plus.

__

Dans le cadre d'un création de poste,
mon client,
acteur majeur dans la récupération et le recyclage des os de hamsters,
cherche
sa/son Responsable de Communication

Ayant passé six années à la tête de la communication d’une banque d’affaires mêlée à un gros scandale financier, vous saurez apprivoiser un chien sosie de Lassie pour lui faire danser la gigue à reculons. Ayant multiplié par 800 trois ou quatre années de suite le porte-feuille clients de chacun de vos deux derniers employeurs nés en Île-de-France, aimant la choucroute garnie en conserve, vous possédez de préférence un tête bien plate (pour porter les plateaux repas et cafés lors des conseils d’administration).
Les propriétaires de 4x4 tunés dont le pot d’échappement génère de grosses bulles roses parfum tagada bénéficieront d’un regard particulièrement favorable.

Vous accepterez bien entendu, d'être payé au lance-pierre, dans le cadre d'un CNE et d'abandonner toute vie privée (si tant est que vous en ayez encore une).

__


Bon, OK, j’exagère… mais à peine.

 

Les boîtes trouvent-elles réellement ces perles rares ? J’ai du mal à le croire.

D’ailleurs, souvent les annonces les plus précises sont celles qui restent le plus longtemps sur les sites, et un œil exercé, amis fatigué de parcourir ces pages remarquera que de telles annonces sont souvent reformulées, retouchées, amaigries, bref, rendues moins arrogantes, extravagantes et irréalistes dans leur demande afin d’attirer des candidats qui existent ailleurs que dans leur tête de débiles exigeants et qui qu’il est possible de rencontrer dans la vraie vie, pas dans les films qu’ils se font le matin sous la douche.

 

Ou ces annonces sont-elles seulement de grandes aspirations pour de petites réalisations ? Les entreprises visent-elles la Lune pour, d’une part, décourager les candidats les moins bons (souvent les moins réalistes sur leurs capacités et qualifications, mais au moins, ceux-là ont de l’aplomb), et d’autre, part s’approcher autant que faire se peut du candidat idéal décrit ?

 

Bientôt, les recruteurs en auront un peu marre demander une expérience de x années dans un milieu parfaitement similaire (soit, chez un concurrent) combinée à une quadruple expertise farfelue, assortie d’une connaissance de huit langues mortes et enterrées (dont le candidat n’aura jamais l’usage de toutes les façons à moins de tomber sur l’une des 6 personnes qui les pratiquent encore occasionnellement dans le monde, mais qui de toutes les façons, n’ont pas le téléphone), et d’un certains nombres d’allèles dont la liste se trouve en annexe.

Un jour, les annonces auront atteint un tel degré de précision qu’elles se réduiront peut-être à :


Leader mondial
dans conception de matériaux de construction de beignets flottants
cherche pour poste de commercial(e) semi-sédentaire :

Amélie Lebrun
(ou Vincent Delebaer, si Mlle Lebrun n’est pas disponible).

Mercredi 15 février 2006


Quand j'ai vu la pub affichage pour la première fois en rentrant de vacances, j'étais à la fois dubitative et émerveillée :
un si petit objet pouvait-il vraiment contenir tant de chansons ?


Ils ont du choisir un type aux mains gigantesques pour renforcer l'impression qu'il s'agit d'une toute petite chose.

Quoi ? Le format d'une carte de crédit ?

Ah bon?




Depuis que le Loup m'en a offert un pour mon anniversaire, je peux le certifier :
j'ai de grandes mains.








 
 
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