Lundi 1 août 2005
Prendre le bus, le métro, le train ou l'avion, c'est toujours une aventure pour moi : il y a des gens, des interactions, des regards, de la promiscuité forcée, des bouts de vie, des colères, des indiscrétions, des déclarations, des coups de théâtre, des entractes, des apartés, des intrigues... Un spectacle vivant.

Si l'on garde les oreilles et les yeux assez grand'ouverts, il est souvent possible d'observer ou de prendre part à des saynètes improvisées drôles, navrantes, secouantes, rassurantes, énervantes ou irréelles, mais toutes intéressantes.



Dans le métro l'autre jour, tout d'un coup, un garçonnet pas plus haut que trois pommes, pas plus vieux que 4 ans et demi, s'écrie ¤ au point de me faire sursauter et exécuter un bond d'neviron 1 mètre au-dessus de mon siège... ¤ comme illuminé par une fulgurance :

- Maman !?
- Ouiiiiii ?
- Quand je serai grand, j'vais faire un film d'action... déclare-t-il crânement, avec une détermination presque inquiétante.
- D'accord mon chéri.
Alors que j'aterrissais sur mon siège, j'ai évité de rire -- il ne faut pas se moquer du rêve d'un enfant ¤ qui a le droit d'faire ça, comme le dirait Patriiiiiiiiiiiiiiiick ? ¤ -- j'ai bien senti que la maman aussi se retenait de pouffer, mais personne n'a réussi à réprimer un large sourire.
Lundi 1 août 2005
Alors qu'un soir de juin, j'étais dans le métro,
Un homme que j'aurais dit émêché pour le moins,
Le visage fort buriné, rasé sans soin,
Le nez rougi, enflé des grands non-buveurs d'eau,
Des yeux d'un bleu terni, piqués de rouge vif,
Dansait un ballet fou d'un pas malassuré.
Nonobstant un esprit fortement imbibé,
Il a su tenir quelques propos incisifs.

Le voilà qui titubait jusqu'à un strapontin pour s'y installer ¤ après que son corps avait consenti un énorme effort de synchronisation : abaisser le battant du siège, plier les genoux en pivotant pour mettre sa croupe dans l'axe, sans lâcher aïe ! le battant de ce fichu strapontin sinon, on recommence. Ah ! Mission accomplie... ¤

Au fur et à mesure des entrées et sorties de la rame, notre amateur d'alcool tendait une main protectrice derrière chaque passager passant à ses côtés, comme pour les retenir prestement en cas de démarrage ou freinage brusque du métro.
Mais, lassé de l'ingartitude des voyageurs qui ne voyaient dans son geste paternel que des mouvements incontrôlés d'ivrogne vicieux, il avait fini par changer de place et s'installer à un mètre et demi en diagonale de moi.

Là, il commença à égrainer une litanie incohérente, borborygmes juxtaposés, élucubrations chargées de vapeurs de gnôle...
« Non... y faudrait...
citron... pass'que...
bon... petite...
terminé... filou...
Pascal... plus... »

De ses divagations émergea ensuite un discours plus structuré :
« Les flics, y sont tellement cons qu'y sont même pas capables de lire leur... comment dire ? Heu... Leur... Comment ça s'appelle déjà ? Ah, leur nom. Alors l'euro, hein !? »

Enfin, comme obéissant malgré lui aux ordres d'un fakir invisible, il navigua un instant, indécis, entre sommeil et veille. Et, sortant de cet état contemplatif/végétatif, il dispensa une sagesse ultime :

« Moi, je respecte tout le monde. TOUT-LE-MONDE. Tout le monde a le droit de vivre.
Moi, je suis blanc,
toi
-- en me pointant du doigt -- t'es noire,
lui
-- en pointant du doigt une place vide ¤ vraisemblablement, celle du fakir mentionné plus haut ¤ -- il est... là ! Moi je respecte tout le monde... enfin, j'essaie.
»

Je lui ai fait un sourire qu'il m'a rendu, presque surpris.
¤ C'est pas tout les jours que les spiritueux rendent spirituels ¤
Vendredi 29 juillet 2005

- Euh.. voilà… Comme je vous l’ai dit, je suis monté voir l’appartement de Mme Ledoux et je suis désolée, mais j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Je le regret de vous dire que Mme Ledoux est décédée.
- Quoi ? Ah nooooon ? C’est horrible ! Ce n’est pas possible. Elle pleure. A chaudes larmes.
- Je suis vraiment navrée Madame, je vous présente mes condoléances pour votre amie.
- Mais non, vous ne pouvez pas me dire ça... quelle horreur ! Elle est morte… ?!
- Oui, je suis désolée de vous apprendre la nouvelle, dans de telles circonstances en plus.
- …
- Vous étiez proches ?
- Oui, enfin… plutôt… Je suis partie en vacances, je l’ai appelée et je lui ai promis de lui passer un coup de fil à mon retour et vous m’apprenez qu’elle est morte. Elle avait fait un malaise il y a peu, elle souffrait encore plus depuis, mais là…
- Je suis sincèrement désolée d’être celle qui vous apprend la mort de Mme Ledoux. Mais sachez qu’elle est morte dans son sommeil.
- Mais elle est morte quand ? Je l’ai appelée début juin.
- Ca date de début juin.
- Début juin ? Mais c’est à ce moment que je l’ai appelée.
- Les scellés… enfin, je veux dire, c’était un peu avant le 9 juin.
- Oh mon Dieu ! Quelle horreur.
- Je sais que c’est une phrase de circonstance qui semble être usée et qui ne console pas vraiment mais je vous la dit quand même : s’il elle souffrait au moins, maintenant, où qu’elle soit, elle ne souffre plus.
- (pleurs)
- Au moins, Madame, vous l’aurez entendue peu de temps avant sa mort.
- Oui, mais… Quelle horreur ! Comment s’est arrivé ?
- Une voisine a donné l’alerte quand elle a vu qu’elle ne répondait pas. Elle est morte paisiblement…
- (pleurs)
- Dans son sommeil...
- (pleurs)
- Paisiblement…
- (pleurs)
- Sans douleur...
- (pleurs)
- Quand on l’a trouvée, elle avait un visage serein…
- (pleurs)
- Aucune marque de crispation ou de douleur, elle s’en est allée tranquillement.
- (pleurs)
- Ca devrait vous rassurer, elle n’est pas partie dans de terribles souffrances.
- Oui, vous avez raison…
- Madame, vous êtes seule ?
- Oui, enfin, non ?
- Comment ça ? Vous savez, ce n’est peut-être pas le moment de rester seule, vous venez d’apprendre quelque chose qui secoue.
- Mon mari ne va pas tarder à rentrer.
- Bon, alors, Madame, essayez de tenir le coup jusqu’à son arrivée, après, il pourra vous consoler. Mais arrêtez de vous faire du mal, elle est bien là où elle est.
Mais je ne l’ai pas rappelée. J’ai essayé pendant 3-4 jours et voilà…
- Oui, mais même si vous l’aviez appelée il y a 6 jours ou deux semaines, ça n’aurait pas fait de différence, vous voyez… Vous l’avez eu peu de temps avant…
- Je vous remercie en tout cas de vous être déplacée.
- J’aurais aimé revenir avec de meilleures nouvelles. Mais voilà… Je peux faire quelque chose pour vous ?
- Euh… non, c’est déjà beaucoup…
- Mais, non, je vous en prie.
- Ah, vous pourriez peut-être vous renseigner, savoir où elle a été enterrée…
- Heu… Oui, je peux le faire, mais vous n’avez pas le numéro de l’hôpital sa fille ?
- Non.
- Pas moyen de la joindre ?
- Non, elle est hospitalisée à vie, c’est d’ailleurs depuis ce jour-là que Mme Ledoux ne va plus trop bien…
- Et sa famille ?
- Ben, justement, elle s’était éloignée de la famille depuis…
- Elle est hospitalisée à vie ? Elle est… malade ?
- Oui…
- Ah…
- Bon, je vais me renseigner et vous rappeler dès que j’aurai l’information.
- Elle avait prévu d’acheter une place en Seine-et-Marne, on en a parlé une fois.
- En Seine-et-Marne, d’accord. Bon et bien, faites bien attention à vous, de toutes les façons, vous n’auriez rien pu faire, même à un mois près. Donc, attendez patiemment le retour de votre mari en vous reposant un peu, d’accord ?
- (pleurs)
- D’accord ?
- (pleurs)
- Vous allez vous reposer et arrêter de pleurer si fort Madame ? Vous ne pouvez plus rien à la situation, et elle est mieux comme ça. De là où elle est elle veille probablement sur sa fille. Je suis sûre qu’elle ne vous en veut pas et qu’elle vous garde comme amie dans son coeur. Alors, vous me promettez de ne pas trop vous rendre dingue, d’accord ?
-
(pleurs) D’accord. (pleurs)
- Bon, alors à bientôt Madame, je vous rappelle dès que j'en sais plus.
- Merci encore, à bientôt.

Depuis, je n’ai pas encore été sonner à la porte de la concierge. J’ai peur de son sourire inopportun, de ne pas avoir de réponse, de rappeler l’amie de Madame Ledoux...

à suivre...

Vendredi 29 juillet 2005

Vendredi (fin) : Coup de fil du Loup à qui je peux annoncer que l'heure que je viens de passer a été pire que sa semaine entière...


Samedi : Je me réveille vers 7h30 pour être lavée et habillée au moment où je recevrai les courses commandées sur Télémarket. La sonnette retentit, je regarde par le judas et je vois bien que le livreur fait la tête, le poids de 24 bouteilles remplies chacune d’un litre et demi d’eau oblige. Je lui donne un gros pourboire.

Nettoyage rapide de l’appart’ et préparation du déjeuner pour l’arrivée de mon frère. Il trouve tout bon, on rigole bien. On va manger une glace à la rue Mouffetard.

On marche, on marche on marche, on va voir l’expo sur les grilles du Jardin du Luxembourg. On s’assoit, ivres d’images choquantes et sublimes, dans les célèbres chaises vertes. On regarde les pigeons se faisant la cour. On parle à demi-mots de nos blessures paternelles. Il dormira ce soir à la maison.

On va dîner chez Célia et Slimane ou l’on parle un peu de la spondylarthrite de Célia, mon frère s’y connaît, il apprend à devenir kiné. Ca fait du bien à Célia d’aborder le sujet en présence de son copain. On part de leur appart’ en se promettant des parties endiablées d’Uno à venir.
Une fois à la maison, mon frère a pitié de mon cou encore un peu raide après le torticolis. Il me promet un massage pour le lendemain.

Dimanche : Mon chéri reviendra dans quelques heures. Je prend mon courage à deux mains, je demande pardon à mon frère pour l’avoir fait souffrir quand nous étions plus jeunes, d’avoir été une sous-merde. Je lui explique mon histoire. Il entend, comprend et ne juge pas. Mon frère est un ange. Il est bon. Il me raconte ses peurs d’avant, son manque d’assurance… Je lui dit qu’il est formidable et que personne ne lui arrive à la cheville. C’est mon frère et j’en suis fière même si je ne le mérite pas.

Le Loup arrive. Il est timide devant mon frère. Pas d’effusions de tendresse après ses cinq jours et quelques heures d’absence… Mon frère me masse. Il a des mains qui guérissent. Je lui pose plein de questions auxquelles il répond avec bonne humeur. Il me révèle enfin l’histoire qu’il taisait depuis longtemps.

Sa petite-amie était harcelée par un ex devenu malade, drogué, suicidaire et violent. Lassé d’être éconduit, il a décidé de mettre fin à ses jours devant les yeux de la pauvrette qui s’en veut encore, c'est frais, celà s'est déroulé il n'y a que 4 mois. Elle n’a encore vu personne pour l’aider. Je vais essayer de la convaincre.

J’en veux un peu à mon frère d’être passé par cette épreuve sans m’en avoir touché mot. Il souffre toujours en dedans sans rien dire, depuis nan-ni nan-nan.

Il doit s’en aller. Je le serre fort dans mes bras, lui fait tout un tas de recommandations de maman. Je l’ai un peu élevé avec ma mère.

Je pleure dans les bras de mon Loup. Il me console, me félicite de m’être excusée auprès de mon frère. Il sèche mes larmes.
Il me laisse respirer et nous nous retrouvons. Ma peau contre la sienne. Il m’a manqué, je lui ai manqué.

L’après-midi devient soirée.
Je prend ma douche assaillie par une crise d’angoisse. Elle passe.
Il s’endort après l’amour.

Lundi est bientôt là.

_fin_

Vendredi 29 juillet 2005
Tant de gens passent
Sans laisser de trace...
Jeudi 28 juillet 2005

Je descends voir la concierge, pour lui demander confirmation. Elle répond à mes questions avec un sourire qui me choque. Oui, C’est bien Madame Ledoux qui est morte. C’est bien elle qui a eu quelque chose de grave encore en début d’année.

- Elle est morte comme ça, et elle me montre son pouce comme pour me dire « super ».
- Ah oui, vous m’aviez dit que c’était l’autre dame âgée qui l’avait découverte.
- Oui, la dame du 4ème. Mais l’autre, elle est morte bien, hein !

Elle sourit encore, comme insensible à cette mort si proche. Moi, je viens de recevoir cette nouvelle en pleine face ¤ bon, OK, c'était la deuxième fois en 1 mois qu'on me l'apprenait... ¤. Quelques instants auparavant, j’étais au seuil de la porte de la morte. Je la croyais en vie. Je me préparais à faire une petite blagounette des familles avec elle ¤ du genre : moi aussi ça m'arrive de mal raccrocher mon téléphone... vous voyez ?" ¤. Dans ma tête, le décès était récent : je venais tout juste de le comprendre, de le saisir par des détails sordides qui marquent l'absence, l'immobile, le point de non-retour. La mort avait laissé sa signature à la porte. Comme une silhouette peinte en blanc autour d'une victime dans les films américains : les tâches de sang ont été lavées, mais le polygone reste. C'est un signe que la mort était là, qu'elle est passée depuis longtemps, qu'elle n'en a déjà plus cure et qu'il faut s'y faire, elle a fauché par ici, elle repassera par là, Mme Ledoux n'est ni la première, ni la dernière... Mais je suis touchée, sur même si je ne la connaissais pas. ¤ Application de la théorie de la mort kilométrique ? ¤

Et si ça a cet effet-ci sur moi, j'imagine pour l'amie du téléphone...
- Bon, ben excusez-moi de vous avoir dérangée Madame, mais je voulais être sûre, une amie de Mme Ledoux m’a appelée et... je vais devoir lui annoncer la mauvaise nouvelle.
- Ah. Elle sourit toujours. Bon, ben, bonne soirée.
- Heu… oui. Merci.

Elle m’aurait dit : « chacun sa merde, mais je suis bien contente de ne pas être à ta place » que ça ne m’aurait pas eu un autre effet sur moi.

Elle sourit tout le temps, d’accord, ça lui donne l’air aimable, mais un petite expression, même muette, de compassion, pour moi, mais surtout pour la morte, ça m’aurait paru plus dans la circonstance.

Mais rien, pas un même semblant de peine, mal joué.
Bon, après tout, la vie continue.
Mais allez expliquer ça à l’amie inquiète…

Je rentre chez moi, je prend le téléphone free, je sens que ça va durer un moment…

- Allô, Mme Biiiiip ? Oui, c’est Mme Untel, enfin ¤ je commence à prendre l'habitude ¤ je veux dire, Mademoiselle X. la voisine de Mme Ledoux.
- Oui, je vous ai reconnue.
Allez Jazz, il faut penser à tous les épisodes d’Urgences où Carter, Benton ou Green devait annoncer le décès d’un patient….

à suivre...

Mercredi 27 juillet 2005
Ce matin, j'ai enfilé un pantalon tout neuf.

Mon chéri me regarde et me sort :
- Dis donc, c'est un nouveau pantalon que tu as là ?
- Ouiiii
- Tu l'as acheté quand, pendant que j'étais pas là ?
- Non, hier, je t'ai dit que j'en avais besoin pour notre voyage...
- Ah, ben il te va bien ma Puce, il te fait de jolies fesses.
- (sourire béat).

Mercredi 27 juillet 2005

Avec le Loup, nous nous étions fixé un but : trouver un petit paradis pour abriter nos vacances pendant au moins 2 semaines, un endroit où le soleil ne manquera pas, la mer sera belle (et chaude) et les découvertes culturelles multiples.

Amis, parents, collègues, sites Internet de critiques touristiques (Routard, Tripadvisor, etc.), nous avons tout consulté ! Après de longues semaines à s’épuiser les yeux pour résoudre ce GPPB ¤ comprenez : Gros Problème de Presque-Bobos ¤, nous avons pris notre décision.

La République Dominicaine ? Ben non ! Les mauvaises critiques pour les hôtels bon marché ¤ blattes en goguette, cuisine douteuse, chambres crades… ¤ ou le prix ¤ bien au-dessus de nos moyens ¤ des hôtels bien notés nous ont fait abandonner. Par ailleurs, d’un point de vue culturel, on se disait qu’on pouvait peut-être trouver mieux.
Et puis, on s’est dit : « Bon, c’est pas grave, on y va pour se reposer après tout, on n’est pas obligé d’aller se taper vingt musées en vacances… ».

Oui, et bien non, un pote fraîchement revenu de République Dominicaine ¤ séjour de 10 jours dont 3 à ne rien faire d’autre qu’attendre un cyclone ¤ nous a dit qu’au bout de 4 jours, ne rien faire fatiguait. Et connaissant mon Loup, au bout de 12 heures consécutives d’inactivité, c’est le pétage de fusibles assuré.

Les Canaries ? Les Baléares ?
La mer est trop froide dans les deux archipels nous a-t-on dit…

La Sicile ? La Crète ? Malte ?
La température de l’eau reste dissuasive.

Le Brésil ? On avait trouvé une super offre ¤ durée XXL, coût raisonnable ¤ dans le Nord du pays (le Ceara). L’hôtel avait l’air sensas’, mais la plage était très moche et puis y’avait pas grand’ chose à voir à proximité ¤ quelques musées poussiéreux et des centres commerciaux !! ¤. Une fois qu’on a parcouru la plage moche à cheval dans les deux sens, bon, ben, on fait quoi ?

Et puis, mes beaux-parents ont décidé de nous refiler l’APN qu’ils avaient gagné. Là, ça lui a fait tilt : le Loup voulait faire de belles photos, pas que des photos de plage et de forêt comme on peut en voir partout...

Donc fiat lux et exit le Brésil…

Ensuite, notre regard s’est porté vers Cuba et La Havane. Culturellement, c’était attrayant, et on aurait pu apporter quelques denrées pour les Cubains. Financièrement, l’offre n’était pas si alléchante que ça.

La Guadeloupe ? ¤ Ahh... Ma Guadeloupe doudou-chérie ¤ Nous avons résisté à la pression de mes tantes qui insistaient pour que nous allions en Guadeloupe. Mais nous avons résisté ¤ enfin, on a dit : « oui, pourquoi pas… » en se débinant… ¤ J’aime mon île, le Loup aussi en est raide-dingue, mais j’ai envie de voir autre chose, m'éloigner un peu de ma famille, être tous les deux, ailleurs… ¤ Mais on retournera en Guadeloupe très bientôt je l’espère. ¤

Alors, on a cherché. Et cherché, et cherché…
Un jour, j’ai posé un ultimatum.
« Ce week-end, on choisit, OK ? Sinon, je deviens dingue. »
La menace a marché.

Depuis dix jours, donc, nous savons.

Nous partirons en Thaïlande.

Un circuit dans le Nord du pays pour aller visiter quelques temples et puis un saut vers une station balnéaire très (trop) touristique d’où nous pourrons partir en excursion vers les îles.

17 jours et 14 nuits de bonheur en perspective.

¤ enfin, ça c’est la version tout va bien, sinon, vers l’autre extrême, ; il y a : attaques brutales et régulières de turista/fièvre amarile, piqûres nombreuses de troupeaux de moustiques virulents, écrasement du pied par un pachyderme un peu trop familier, chaleur et moiteurs étouffante, extension des conflits de religion vers les zones que nous visiterons, escalade de la violence dans les attentats, utilisation de mes bagages pour le smuggling de drogues, enfer des geôles thaïes, etc. ¤

Bon voilà… je compte les jours…

Et le Loup aussi l’air de rien.

J-28.

Sawatdee kha !
¤ Ben oui, j'ai commencé à apprendre quelques mots de thaï ¤

Mercredi 27 juillet 2005

Je lève la tête et j’aperçois...


...des scellés à la cire rouge entre le mur et la porte.

Sur le papier attenant au sceau, quelques inscriptions « Loi du ... ne pas briser le scellé sous peine de poursuites… » ou un truc comme ça.

Je m’imagine un vol, un meurtre, un crime !

¤ Damned ! Et moi qui ai laissé mes empreintes sur la sonnette et sur la porte !!! Du calme, tu es une voisine, tu as eu un coup de fil inquiet, tu es venue te renseigner… Tu es innocente ! ¤

Je lève de nouveau la tête, le scellé date du 9 juin.

Je comprends tout. Mme Ledoux, c’est la vieille dame que je ne voyais jamais parce qu’elle ne sortait plus de son appart’ depuis longtemps, celle qui est morte début juin.

C’est la concierge qui me l’avait appris quand je lui avais demandé des nouvelles de la petite mamie toute mimi du 4ème. C’est elle qui avait sonné l’alerte quand elle a vu que Mme Ledoux ne venait pas ouvrir la porte. Ca l’avait secouée. Moi, c’était la première fois que j’entendais parler de cette Mme Ledoux. Je ne connaissais pas son existence, je me rappelle à peine un nom sur une boîte aux lettres.

Si j’avais su, je serais peut-être monté la voir de temps à autre. Ou j’aurais été plus vigilante.
J'essaie de prêter une attention discrète aux petits vieux de l’immeuble : je croise régulièrement la mamie du 4ème, à qui je fais croire qu’elle monte les escaliers plus vite que moi, malgré mon jeune âge et son attaque, ça la fait rire ; le pépé du 2nd me fout une gentille frousse tous les matins quand il éternue 3, 4 voire 5 fois de suite dans des « wraaaaatcheu » sonores à se faire saigner le sphincter; son épouse qunat à elle intime immanquablement à leur vieux caniche gris de se taire quand je passe devant leur porte. Course-poursuite dans les escaliers, éternuements en série et chuts-au-caniche-à-sa-mèmère sont pour moi autant d'indicateurs de bonne santé de mes petits vieux.

Mais Madame Ledoux… Elle est morte dans mon immeuble, deux étages au-dessus sans que je l’aie jamais vue. Je ne sais pas à quoi elle ressemble, enfin, ressemblait...

Mercredi 27 juillet 2005

Mais, en dépit de la bonen foi présumée de mon interlocutrice, il me faut encore lui poser querlques questions que me dicte le peu bon sens dont je sais parfois faire preuve.

- Vous me dites qu'elle appelle souvent sa fille, avez-vous essayé de la contacter, elle ou bien la famille de Mme Ledoux ?
- Non, sa fille est… malade, elle est… hospitalisée et elle je ne connais pas le reste de sa famille.
- Savez-vous si elle a donné un double de ses clés à la concierge ?
- Non, je ne crois pas, elle connaissait quelqu’un à la rue du Poteau, mais je ne connais pas son nom.
- Voilà ce que je vais faire, je vais aller sonner à sa porte, c’est le 5ème, c’est ça ?
- Oui. Merci beaucoup madame, je suis désolée…
- Pas de problème, je vous comprends, je m’inquièterais aussi à votre place. Je vais jeter un coup d’œil et je vous rappelle avec de bonnes nouvelles, d’accord ? Vous avez un numéro où je peux vous joindre ?
- Oui, c’est le 01.xx.xx.xx.xx.
- C’est noté, Madame, arrêtez de vous en faire, il y a certainement une bonne explication à son silence, je reviens avec de bonnes nouvelles, d’accord ? ¤ en disant ça pour la seconde fois, j’ai un mauvais pressentiment ¤
- Oui. Merci. Sonnez fort et longtemps, vous verrez, c’est écrit sur la sonnette, comme elle est un peu sourde, elle est très âgée… N’hésitez pas à sonner et à re-sonner.
- D’accord.
- J’attends votre appel.

Je prends mon bâton de pèlerine, je monte, et effectivement, à la sonnette, il y a écrit le nom de la dame, son ancien métier « Infirmière » et l’indication « sonnez fort et longtemps, merci », ce que je fais.

Je tends l’oreille, mais je n’entends pas le « ding-dong » ni le « bzzzzz » caractéristique de la sonnerie de porte.

Je sonne à nouveau en collant mon oreille contre la porte.
Rien. Toujours rien.

Mais, en levant la tête…

 
 
Blog : Information / Actualité sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus