Tic tac tic tac !
Anxiété : n.f. Sentiment d'un danger imminent et indéterminé s'accompagnant d'un état de malaise, d'agitation, de désarroi et d'anéantissement. Grande inquiétude, angoisse (mais on réserve plutôt le nom d'angoisse aux sensations physiques qui accompagnent l'anxiété).
L’anxiété, je connais.
Commun aux femmes de ma famille, c’est un trait que j’ai longtemps renié avant qu’il ne me manifeste sa présence en moi avec fracas.
Quand l'anxiété s'empare vraiment de moi, je suis sujette à des crises d'angoisse.
Certaines d'entre elles sont faciles à parer, car elles mandatent des démons émissaires qu’il m’est devenu facile de repérer à la pratique : j’ai appris à me concentrer, à maîtriser ma respiration, à dominer certains phénomènes dès prémices avant qu’ils n’enflent.
Mais il y a les autres, ces crises dont les signes précurseurs ont rampé pour tromper ma vigilance, celles qui échappent au tamis du radar, celles qui se sont nourries patiemment de petites peurs, de minuscules doutes, de contrariétés mineures ¤ qui individuellement me paraissent aussi ridicules que la mouche sur le bœuf, mais ensemble, aïe aïe aïe ! ¤.
Ces crises-là me paralysent au propre, au figuré. Physiquement, je sens mes membres qui se recroquevillent, j'éprouve la sensation, d'autant plus désagréable que je ne peux pas la contrôler, que mes muscles s'atrophient et que mes veines rétrécissent et se serrent. Le médecin dit : « spasmophilie ». Moi, je dis : « ce qui aspire la vie hors de moi par tous les pores, à chaque respiration, dans une douleur labile et obsédante, qui semble ne jamais devoir se finir ».
Peu de gens, peu de choses arrivent à m’apaiser dans ces moments.
Il m'arrive d'être tellement engloutie sous cette panique sombre, lourde et sourde, impossible à vocaliser pour moi qui doit tout nommer, qu'il me devient impossible, c'est bête, de regarder les informations ou d'entendre Maman me faire part de sa moisson de nouvelles.
Oui, parce que quand ma mère m'appelle, elle me parle de gens. Parfois je les connais, parfois non.
Enfin, tout cela serait banal si ces gens n’étaient pas au choix : grièvement accidentés, devenus cardiaques depuis peu, cancéreux phase terminale récemment révélés, nouveaux handicapés lourds, fraîchement installés sur leur lit de mort ou franchement morts.
Pourtant Maman ne travaille ni à la morgue, ni dans un hôpital.
Pourtant je lui explique que ces sujets de conversation morbides et récurrents me vident.
Pourtant elle sait que ce n'est pas de l'insouciance, c'est tout le contraire.
Pourtant elle sait mon anxiété.
Mais elle continue.
Hier, Maman m'a appelée et dans sa voix perçait l'inquiétude.
152 Martiniquais, ces cousins, ces voisins, morts dans un crash d'avion au dessus du Vénézuela.
Et 1 ami de la famille souffrant d'un infarctus se serait cogné la tête en se levant, sa famille l'a retrouvé le crâne entaillé, dans son lit, au milieu d'une mare de sang. Charmant.
Toutes les catastrophes aériennes de ces derniers temps, alors qu'avec le Loup, nous allons bientôt prendre l'avion... que si on doit mourir, et que c'est la volonté de Dieu... ¤ Dieu, si Dieu le veut, Dieu seul sait, Dieu pourvoira, qui mieux que Dieu, Dieu à qui mieux-mieux... je ne crois plus en Dieu pas celui de la Bible, pas celui de l'église, je ne crois plus en Dieu comme on ne croit plus au Père Noël. Si je l'apprends à ma mère, elle va peut-être flipper, ou bien se dire que c'est comme ces autres fois où la foi m'est finalement revenue ; mais quoi qu'il en soit, ce n'est pas le bon moment de lui dire... ¤
D'accord, Maman s'inquiète, c’est une mère, c'est normal.
D'accord, nous vivons à plus de 7 000 km du poulailler.
Mais est-ce une raison pour me dire
Ah ! Vivement que vous soyez de retour de vacances, chez vous, sains et saufs...
alors que
je ne suis pas encore partie
et que
j'attends ces vacances depuis des mois ?
J'ai le moral à zéro, une crise d'angoisse qui rend périodiquement chaque battement de mon coeur douloureux m'étreint en ce moment-même, je suis dégoûtée des vacances avant même de les avoir commencées, je suis down...
Et on dit merci qui ?
Merci maman !
¤ Je l'aime toujours ma Môman, cela va sans dire, mais elle a le chic pour mettre l'ambiance...
Note pour plus tard : vérifier si j'ai le même pouvoir sur mes enfants, bon sang ne saurait mentir ! Niark, niark, niark, niark, niark... Mouhahahahahahahaa ¤
J'ai appelé Maman.
Elle était contente de la nouvelle.
Je lui ai expliqué ma confusion et avant que j'aie pu terminer ma phrase, elle m'a donné son verdict d'une extrême justesse ¤ comme souvent sauf quand elle parle de ma cuisine... arghhhh ! ¤ :
- C'est de la mélancolie ma Puce.
- Ah, je le savais, c'est ce que je me disais aussi.
- C'est une page qui se tourne, c'est normal que tu te sentes un peu nostalgique.
- Maman, tu lis en moi comme...
- ...dans un livre ouvert.
- Exactement. Je croyais que c'était parce que je me sentais en retard par rapport à eux.
- Mais non, ne te dis pas ça ! Vous avez quoi ? 4 ans de différence ?
- C'est exact. ¤ si elle s'était trompée, j'aurais pris, comme d'habitude, un petit air pincé pour lui assèner, en gonflant les joues de mon mieux, un sévère : "vous êtes le maillon faible, au revoir !" ¤
- Oh ! Ca veut dire qu'il a eu trente ans !
- Ah oui, mince, j'avais oublié son anniversaire. Donc, dans 4 ans, j'ai 30 ans aussi.
- Oui, m'enfin, t'a encore le temps ma chérie...
- Non, j'te jure, ça passe trop vite... Je vais fermer les yeux et me réveiller avec 30 balais. L'autre jour, je croyais que j'avais encore 25 ans, alors que j'en ai 26 ! ¤ Drama queen ¤
- Et ouais !
- Ah ben, merci du soutien, je te rappelle que si j'ai 30 ans, comme je suis ton enfant, ça voudrait dire que t'as une fille de 30 ans, une fille vieille, par conséquent, t'es encore plus vieille !
- Ah ça non, t'es la seule à prendre de l'âge, ma vieille !
- Hein ?
- Mais oui, toi, tu changeras de décennie, mais moi, je serai toujours dans la même. Je serai toujours dans la cinquantaine flamboyante !
- Arghhh ! Touché ! Ta logique implacable soutenue par cette démonstration mathématique de haut vol m'a convaincue que je vieillirai plus vite que toi dans les prochaines années. Merci Maman, ça va mieux tout d'un coup !
- Bon, c'est tout ?
- Non, aussi je t'aime Maman-doudou.
- Moi aussi je t'aime ma Puce. Tu sais quoi, la prochaine fois que vous venez en Guadeloupe, passez faire un tour à Saint-Martin chez ton oncle. J'ai testé et c'est super. Y'a des plages où la mer donne dans un camaïeu de vert, incroyable...
Voilà ! Elle était passé à un autre sujet ! C'est tout Maman, elle s'apesantit sur des trucs impensables et zappe en mode Mach 3 des sujets plus importants ¤ oui, enfin, à mes yeux... ¤.
Un peu plus tard dans la journée, j'ai appellé l'heureux papa pour lui faire mes félicitations de vive voix.
Je n'ai pas pu entendre la maman, elle était à l'hôpital pour un examen de contrôle avec sa fille.
J'étais juste heureuse pour lui, pour eux.
Je vais apprendre la nouvelle à Célia, fraîchement rentrée de chez sa belle-famille en Tunisie, ça va la déprimer. Elle a 31 ans et... tic-tac... horloge biologique, mariage, maison, tout ça... elle en rêve mais son compagnon, refroidi par sa maladie (elle souffre d'une forme de polyarthrite) se montre encore réticent.
Je lui dirai que c'est de la nostalgie et que moi non plus, je n'ai pas de bébé.
Cette histoire remonte à plus de 10 ans.
Il était pensif, différent, calme. Il avait ces bottines bleu foncé en daim. Quelque chose en lui disait qu'il avait vécu des choses.
Nous nous sommes aimés.
Fort. Si fort.
Mon premier amour.
J'ai cru que jamais je n'aimerais quelqu'un d'autre comme lui.
Et c'est vrai. J'ai aimé moins, ou était-ce davantage, par dépit ? J'ai aimé différemment.
Mon premier amour, mais pas le seul. Non.
La jalousie, le manque d'assurance, la distance, l'instabilité ont eu raison de cette histoire puis de notre amour.
Ce n'est qu'un an après cette séparation que nous nous sommes revus.
Lui avait le coeur libre, et moi, j'avais trouvé une autre victime à aimer. Ironie du sort, c'était celui-là même avec qui il croyait que je l'avais trompé. ¤ Mais pourquoi diable les hommes pensent-ils que je ne suis pas fidèle ? ¤
Il m'avait fallu attendre cet après-midi là et puis le jour d'après pour laver ma blessure avec les pleurs que j'ai versés, versés, versés, et enfin, la refermer.
Quand il a, près de deux ans après notre rupture, trouvé une autre à aimer, j'ai eu mal.
Oh, oui, j'étais contente pour lui, mais je n'étais plus LA dernière, j'avais été destituée de cette place précieuse que j'avais occupée avec l'illusion qu'elle serait mienne toujours.
Là, j'ai compris que j'aimais cette sensation de pouvoir sur son coeur, l'impression qu'il ne pourrait plus jamais aimer après moi. J'avais cru qu'il obéirait au dicton de chez moi : "fanm' sé chatèn, nonm' sé fouyapen"* qui enseigne que la femme, contrairement à l'homme, se relève toujours des ennuis.
Aucun respect des traditions celui-là !
J'en étais malade. Il m'avait remplacée.
Elle avait une voix grave, comme moi. Elle avait l'air sympa. Elle avait un boulot génial. Je ne l'ai jamais vue. Il m'avait annoncé son existence en riant, et je le connaissais assez pour savoir qu'il dissimulait mal sa gêne.
Au bout de quelques heures, ça m'est passé. J'étais contente pour lui et c'était tout. Deuil effectué.
Et puis il l'a remplacée par cette fille qui m'avait semblée faite pour lui dès la première fois qu'il m'en avait parlé, comme d'une amie.
Le temps et la proximité aidant, ils se sont aimés, dans une sorte de ménage à trois où il a d'abord accepté de la "partager" avec un Sud-Américain resté au pays. J'étais surprise qu'il accepte cette situation vaudevillesque, je l'avais connu jaloux maladif. Je me rappelle ce qu'il m'avait dit un jour : "les seuls hommes que je tolère dans ta vie c'est ton père et ton frère...et encore !" ¤ Comment avais-je fait pour supporter ça ? Mais plus mystérieux encore, comment faisait-il, lui pour contrôler sa possessivité ?
Comme il avait changé.
Il a persévéré et pour mon plus grand bonheur, ils s'étaient fait une vie à deux. Seulement à deux.
Je les ai vus une fois, avec le Loup et j'ai vu qu'il était heureux comme jamais. Nulle autre qu'elle n'aurait pu le mettre dans cet état.
J'étais heureuse, lui aussi, et après tout c'est ce que nous nous étions promis de vouloir l'un pour l'autre, non ?
Ils ont été s'installer sur la Côte. Les contacts étaient rares, c'était volontaire de ma part.
Même si nous n'étions plus que des amis et que de mon côté, il n'y a plus aucune ambiguité, je comprenais que le Loup puisse être gêné par cette relation.
Aujourd'hui, j'ai été faire un tour sur ma boîte hotmail que je n'utilise plus que rarement.
J'ai vu ce mail de lui, en sujet : un prénom accolé à son nom.
Camille.
Il est papa d'une adorable petite fille qui a son nez et cette bouche que j'ai tant dessinée et embrassée autrefois. Il y a très longtemps, tellement longtemps qu'avec les années je finis par croire que c'est l'histoire de quelqu'un d'autre.
C'est drôle.
J'ai eu le cafard.
Après être tombé sur son répondeur, j'envoie au jeune père un court mail de félicitations qui dissimule mon chagrin injustifié.
Merde ! Célia n'est pas joignable, je ne parle plus à Viv', il est trop tôt pour réveiller ma mère.
Personne à qui me confier sauf...
J'appelle le Loup. Je lui dit qu'en l'absence de confidente, il est obligé d'assurer l'intérim, ce qu'il accepte gentiment.
Je lui annonce la nouvelle en lui disant que ça me fait tout drôle, parce que j'ai connu le nouveau papa alors qu'il n'était qu'un élève de terminale, que c'était la première fois qu'un de mes amis, aussi jeune que moi, avait un enfant.
Bien entendu je me suis gardé de lui dire que, sans savoir pourquoi, ça me mettait un peu les glandes, mais je n'avais pas envie qu'il croie, à tort, qu'il y avait encore de l'amour ou de la jalousie.
Le Loup, dans sa sagesse coutumière me dit :
- il n'a pas ton âge, il est plus vieux que toi, non?
- ah ouais, t'as raison. Merci, ça va mieux, je n'ai pas l'impression d'être en retard.
Et puis, il me parle du théâtre et puis ses problèmes informatiques tout ça... Il a déjà zappé.
On raccroche. Je raconterai tout ça à Célia, j'ai besoin de ma dose de compréhension féminine.
Je réfléchis, et malgré le réconfort-minute de mon Loup, je suis toujours un peu triste, sans arriver à en déterminer le pourquoi. Un bébé, c'est bien, je suis heureuse pour eux, alors pourquoi est-ce que je sens les larmes qui montent ?
Je jette la tête en arrière, car le moindre clignement des yeux menace de me faire flancher.
Et puis, je tape cette note.
Voilà. J'arrive à la fin de la note. Je me sens bien. J'ai souri.
Je n'ai plus envie de pleurer.
J'étais triste, et je crois savoir pourquoi.
C'est la fin d'une ère.
J'ai pleuré au mariage de Vivi ¤ faut dire aussi qu'elle s'est mariée avec un foutu connard de première, j'aurais jamais dû signer le registre des témoins sous mon vrai nom, ça aurait peut-être permis d'annuler ce mariage qui partait en sucette aux dernières nouvelles ¤. J'ai pleuré parce qu'elle que j'ai connue à la même époque que lui, avait passé un cap.
Et j'ai eu un coup au coeur quand j'ai appris que Mylène que je connais depuis 17 ans (j'en ai 26) se mariait avec ce mec qui porte le même prénom que le nouveau papa et qu'elle a connu à la même époque aussi.
Nous devenons adultes. Nous nous marions, nous faisons des enfants.
Ils ont tous deux, trois, quatre ans de plus que moi. Et ça fait toujours quelque chose de voir que leurs vies ne sont pas rythmées sur le même pas que la mienne alors que nous étions dans les mêmes classes, ensemble, cherchant en commun les solutions des problèmes de maths, protestant à l'unisson contre les contrôles trop durs en sciences physiques, rentrant en groupe fatigué des cours de piscine.
J'éprouve une certaine nostalgie devant le temps qui nous éloigne de l'enfance.
J'ai tellement peur de ne pas me souvenir, et tellement peur qu'on m'oublie aussi.
C'est pour celà que j'ai besoin d'écrire. Ce qui est écrit peut laisser sa place dans mon esprit à des souvenirs nouveaux, sans que ceux-ci écrasent des données fondamentales. J'écris pour ne pas avoir à retenir des choses folles.
J'ai consulté les pages blanches, je vais appeler les heureux parents chez eux, en espérant qu'ils seront là et que je ne réveillerai pas la petite Camille.
Et puis, plus tard, j'appelerai ma Maman-doudou, elle sera enchantée d'apprnedre la bonen nouvelle, elle me comprendra, trouvera quelques mots dont seule les mamans ont le secret. Elle se sentira un peu plus vieille, à tort. Et puis, elle me fera part, une fois encore, gentiment, de son envie d'être grand' mère elle aussi.
___
* littéralement : "la femme est une chataîgne, l'homme est un fruit-à-pain".
Pour info, la châtaigne tombée de l'arbre prend racine et fait des pousses, alors que le fruit-à-pain tombé pourrit à terre.
Curieuse et brave, n'écoutant que les couinements de ma folle souris, j'ai cherché mon propre signe et j'ai appris que j'étais Shravana. Cool.
Certaines caractéristiques correspondent à mon caractère, d'autres pas, mais le truc surprenant c'est que je suis supposée avoir des signes de poisson sur les "parties privées". ¤ Note pour plus tard : penser à proposer un motif poisson à l'esthéticienne pour la prochaine épilation... des aisselles ! ¤
Sur un autre site qui proposait pleins d'horoscopes différents, j'en ai profité pour déterminer mon signe en astrologie égyptienne aussi.
Et là, j'apprends ça ¤ vous allez voir, c'est la grande classe... ¤ :
Vous êtes MOUT
MOUT est une des plus anciennes divinités du panthéon égyptien.
Les natifs du MOUT naissent avec le sentiment que le fait de vivre se paie, ainsi sont-ils des êtres secrets, portés à la mélancolie. Trop ironiques avec l'entourage, séducteurs par dépit et amoureux craintifs, les natifs ont cependant de formidables richesses intérieures car ils savent aller vite à l'essentiel dans tout rapport humain. Leur sagesse est tragique et leurs espoirs trop minces. L'autorité paternelle bienveillante et prévenante est ce qu'ils recherchent le plus.
Ses signes alliés sont : RA et THOT
Ses couleurs bénéfiques : brun pour les hommes, rouge carmin pour les femmes.
Classe, hein ? Ouais, ça en jette, je sais, je vous avais prévenus...
Ma mission est maintenant de constituer une société secrète avec d'autres Mouts.
J'ai déjà trouvé quelques adhérents :
Mout' Hard, Mout' Honiay, Mout Duj Heunoot', Mout' Dukut', ainsi que Mou Mout' et El Mout' les jumeaux dyslexiques de la bande.
La bande de joyeux drilles que nous formons tente d'identifier les gens qui ont un signe astrologique qui sonne encore plus con que le nôtre, mais on n'a pas grand espoir de trouver. Alors, entre temps, on drague sans conclure ¤ ça s'appelle l'amour platonique ¤, on mange des yaourts au bifidus actifs ¤ ça, c'est pour cultiver sa richesse intérieure ¤, et puis on se vernit les ongles des orteils ¤ en rouge carmin ou en brun ¤ en échageant quelques sarcasmes ¤ mais tout ça c'est pour cacher les blessures secrètes que seule l'approbation d'un père pourraient guérir, du moins, le pensons-nous ¤.
- Jazz! m’empressé-je d’ajouter ¤ Je n’allais pas l’embarrasser devant sa nana, je savais que c’est un brave type, et lui, au moins, a fait semblant de me reconnaître. ¤
- Mais oui, Jazz, je sais comment tu t’appelles, j’allais le dire. Zut !
- Ah bon ? Désolée. ¤ Quel faux cul ! J’aurais du le laisser sécher sur mon prénom comme une merde. ¤
- T’es de la promo après moi, hein ?
- Oui, c’est ça.
Je me dis que c’est un coup de bol. Mais sur ce, il continue de me présenter à sa femme en citant : mon nom de famille ¤ qui n’est pas particulièrement mémorable quand j’y pense, d'ailleurs, je l'oublie souvent ¤, mon association et le super boulot qu’on avait fait pour la gala… Le mec au courant de tout mon pedigree !
¤ Vu qu’il n’en avait pas dit autant aux autres de notre petit groupe, j’était à deux doigts de me dire que c’était un dangereux stalker, je pensais renforcement de la sécurité dans l’appart’, injonction du tribunal pour qu’il ne puisse plus m’approcher à moins de 15 mètres, embauche de 3 gardes du corps à plein temps, programme de protection des témoins s’il le faut…¤
- Tu ne voulais pas retourner en Guadeloupe ?
- ¤ quoi ? il se rappelle de ça aussi ? ¤ Euh… Oui, mais j’ai changé d’avis…
- Pourquoi ?
Nous avons continué la discussion quelques instants encore.
Après la soirée, on s’est fait un restal entre potes et je suis rentrée à la maison. Là, en voyant mon chéri, je lui ai posé une question que je lui sors souvent, mais cette fois-là, elle prenait une autre signification : Mais qui êtes-vous ?
Il a haussé les épaules en disant :
Ben, c'est moi, Le Loup !
Ce soir-là, à la fin de cette soirée de merde, j’ai compris que le plus important finalement ¤ non ce n’est pas la rose, désolée Gilbert ¤ c’est de garder quelque part ¤ plutôt dans le coeur qu'en travers de la gorge ¤ le souvenir de ceux qui comptent pour soi, et peut-être de rester aussi dans leur mémoire.
Les autres, tant pis pour moi, tant pis pour eux !
¤ Et puis, quels autres ? ¤
D’autres gens venaient nous voir, avaient du mal à me reconnaître, me confondaient avec une autre nana qui ne me ressemble même pas et je me disais que je ne perdais pas grand’ chose à ne pas aller dans ces fichues soirées de merde.
J’évoluais dans un monde parallèle où toute trace de mon existence avait été effacée, où les raisons de ma présence paraissaient incongrue, injustifiée, je me sentais comme à la limite de l’imposture alors que j’avais ma place parmi ces gens, au même titre qu’eux. ¤ Comme ces nombreuses fois où je suis dans un magasin et qu’une autre cliente s’adresse à moi, sans me regarder, pour me demander si j’ai le même modèle en taille 40, ou lorsque je vais faire pipi au restaurant et qu’on me demande dans combien de temps le steak tartare arrivera. En général, ça donne :
- Ca, je l’ignore, il faudrait demander à un vendeur/une hôtesse.
- Ah, bon ? j’ai cru que vous faisiez partie du personnel !
Si la personne s’excuse de sa méprise, il n’y a pas de mal, ce n’est pas vexant d’être confondue avec une vendeuse/serveuse.
Sinon, je m’empresse d’ajouter avec un grand sourire faux-cul et un air faussement servile, le ton bien obséquieux :
- Comme vous le voyez, je ne porte ni uniforme ni badge… mais je peux me renseigner si Madame/monsieur le souhaite.
Malaise assuré, encore un cul de botté. ¤
Je m’interrogeais sur les raisons de la popularité de certains, franchement blessée que tout le monde m’eût oubliée, si tant est qu’ils aient un jour eu conscience de mon existence.
Avant tout le monde me connaissait : au collège ¤ les 5 premiers jours de classe en 6ème, j’avais arboré des tenues fluos impossibles à louper qui m'ont valu le surnom « Miss Fluo » et j’avais parlé plusieurs fois à la télé locale ¤, au lycée ¤ je militais un peu, j’étais la benjamine au bac ¤, et en prépa ¤ mais là, nous n’étions que 11, difficile de passer sous le radar ¤.
Mais là, mon ego en avait pris un coup.
Pas grave. I will survive. Qu’ils aillent tous se faire foutre ces abrutis imbibés qui se la jouent « Successful businesswomen/man » :
- Désolé, mon étui de business cards Pecci est vide, j'arrête pas de les distribuer...
- Attends, je sors mon palm de son étui Chamelle pour saisir tes coordonnées
- Tu veux mon stylet Mantblonc ?
- Il faut ab-so-lu-ment que tu viennes goûter le petit Saint-Durillon qu'on a trouvé, une merveille de bouquet et une robe à tomber !
- Comme ça, on pourra parler de choses plus sérieuses ie : argent, fringues de marques, boursicotage et argent ¤
Bref, tout le monde jaugeait son voisin pour savoir qui avait la plus grosse...¤ je parle position hiérarchique et fiche de paie, bien évidemment ¤
C’est à ce moment que s’est pointé Geoffrey, président de l’assoc’ d’œnologie, de la promo juste avant moi. Un mec sympatoche à qui je n’avais jamais vraiment parlé au-delà d'un bonjour échangé dans les couloirs des bureaux des associations.
Après avoir salué tout notre petit groupe, échangé deux-trois mots avec chacun, il s'est planté devant moi. Rayonnant comme toujours, il m’a claqué la bise, et m’a présenté sa femme :
- Je te présente Angèle, mon épouse.
- Enchantée.
- Angèle, je te présente…
à suivre...
Nonobstant la pression croissante qu’exercent nos mes proches, et en dépit des coureurs qui rument ¤ où l'inverse ¤ je ne suis pas enceinte.
Ceux qui rêvent de fonder une famille ¤ mais qui ne le font pas pour nombre de raisons ¤ nous prient gentiment, mais avec insistance, de réaliser leurs rêves par procuration, en nous traitant mentalement d’autolâtres ingrats et crétins. ¤ Parano ? Moi ? Qui vous a dit ça ? Hein ? Vous me voulez du mal vous aussi ? ¤
Ceux de nos proches qui ont déjà enfanté nous supplient d’en faire autant, nous vantant, de manière partielle et partisane, les joies de la parentalité ¤ sans jamais évoquer accouchement, nuits blanches, couches sales ni vomissures ¤. Ils n'en peuvent plus :
« Vous allez voir, ça va changer votre vie. Vous devenez responsables d'un être qui compte sur vous, que vous devez nourrir, éduquer, élever afin qu’il devienne un bon citoyen ! Quelle expérience édifiante... »
¤ En somme, un sorte de gros tamagochi qui donne un bon prétexte pour partir tôt du boulot ¤
Ma mère s'impatiente :
« Alors, vous la faîtes quand cette petite-fille ? Faut s’y mettre hein ! Hein ! Depuis le temps que vous êtes ensemble ! Vous attendez quoi pour me faire une petite métisse ? Dis, des fois, vous la laisserez en Guadeloupe avec moi ? »
¤ En fait, j'hésitais à te le dire Maman, mais on est sur liste d'attente pour adopter une petite asiatique, on voudrait relancer les United Colors of Benetton ! ¤
Ma grand'mère, tout en douceur et subtilités :
- Ah la la, Pipiss' ¤ Pipiss’ = pupuce en créole ¤ ! Si tu savais comme ça ferait plaisir à la vieille femme que je suis ¤ 70 ans à peine ¤ ! Seigneur ! Prête-moi la vie pour que je puisse vivre des jours bénis en la présence de mes arrière-petits-enfants, s’il te plaît ! Seigneeeeeur !
¤ Non, vraiment, Mamie, ça me gène, appelle-moi Pipiss’... ¤
Mon père ¤ bizarrement ¤ est le seul à ne pas me mettre la pression. A sa décharge, il a probablement oublié, mon numéro de téléphone et/ou mon prénom et/ou mon existence.
Et puis, comment ne pas le comprendre ? Il pense que j’ai une dent contre lui. ¤ tiens, mais pourquoi il pense ça ? parce qu’il a tabassé et tourmenté ma mère ? qu’il a accusé mon frère des pires choses ? qu’il m’a traitée de tous les noms, menacée de mort en paroles et en actes ? qu’il nous a arraché le cœur ? Non, vraiment, je ne vois pas pourquoi je lui en voudrais.¤
La famille du Loup ¤ qui est fils unique et petit-fils paternel unique ¤, elle, ne dit rien, ils sont discrets. ¤ Pour l'instant... ¤
Mais ne vous y méprenez pas, nous avons envie d'avoir un enfant, même deux. Le Loup a déjà même trouvé un prénom pour une fille. ¤ Mais, pourquoi tout le monde pense-t-il que nous aurons une fille ? ¤
Mais, voilà, on veut d’abord s’installer dans un endroit à nous, accueillant, y réaliser tous les travaux qui nous chantent et qui seraient pénibles/dangereux si nous avions un nourrisson (peinture, bruits de perceuse, grosses poussières, etc.)
Et une fois qu’on aura préparé ce nid douillet…
¤ Alors, patience… ¤
Arrive donc Guillaume, un mec de ma promo.
- Ben, bonjour !
Cat, surenchérissant lui demanda :
- C’est Jazz, tu t’en rappelles ?
- Ah, c’est la sœur de Nilda. C’est ça ? Elle parle français…
- Oui, elle parle français, répondis-je assez sèchement.
Cat, outrée :
- Elle était à l’école.
- Ah bon ? Non, désolée, je ne me rappelle pas, dit-il en me scrutant. Quelle promo ?
- La même que toi. Mais j’avais les cheveux coupés ras à l’époque.
- Ah, c’est sûrement pour ça.
- Oui, mais c’est pas grave, je ne t’en veux pas… Jérôme, c’est ça ? ¤ connard, prends ça dans ta gueule ! ¤
- Non, Guillaume.
- Tu vois, j’avais oublié, t’as dû changer de tête toi aussi. ¤ Pauvre gland, va… ¤
Bien entendu, je me rappelais très bien son prénom, et son immuable air de gentil con. ¤ Je suis mesquine, et alors ? ¤
En plus, il m’avait prise pour la sœur de Nilda. C'était peut-être un compliment ¤ vu qu'elle est loin d'être moche, à moins que ce ne soit que notre couleur de peau qui lui ait fait déclarer ça. ¤ mais :
Nilda = femme d’un mec d’une autre promo que la nôtre.
¤ Soit 2 dégrés de séparation. ¤
Moi = camarde d'école + même promo + même amphi, pendant près de 3 ans !!!! ¤
¤ Soit ZÉRO degré de séparation !!! ¤
J’enrageais. Il devait se souvenir de la couleur des strings portés par Cécilia en amphi d’économie entre mars 98 et mai 99, de la pointure de tous les mecs du Bureau des Élèves, du nombre de poils roux dans le derrière de Julien, du nom du poisson rouge alcoolique gagné par Matthieu à la cafèt’, du tour de poitrine de toutes les blondes, et elles étaient nombreuses, de la promo, des deux d'avant et des deux d'apès, mais moi, mon visage ou mon nom : nada !?
Vous allez me dire que sur les deux ou trois Noires qu’il y avait dans toute l’école, il ne se rappellait même plus de ma tête ? Même vaguement ? Même de dos ?
¤ Il est plus facile, vous en conviendrez, de se rappeler de quelques personnes qui sortent de l'ordinaire que de la foule de blondes formatées dont l'école regorgeait.
Ca commence à venir ?
Vous voyez le rapport avec la note n° 2 où je m’étalais sur le peu de gens « exotiques » à l’école ? Je vous voyais déjà, bande de mécréants, la bouche pleine de « Ben, c’est quoi le rapport ? Hein ? ». Pfff ! Ce manque évident de confiance m’écœure. ¤
à suivre...





