Jeudi 22 décembre 2005

Ca y est, Noël est presque là.

Je me connais, dans quatre jours, repue de foie gras, une tasse de thé à la main, je me dirai un peu blasée, cette année encore : « Ca y est, c’est de l’histoire ancienne. Tant de frénésie et d’anticipation pour ces quelques heures fugaces ! Pfff… ».

Très vite, je dirai à tout bout de champs, que j’ai envie de passer aux beaux jours alors que l’hiver ne vit que ses premières heures, à la chaleur de l’été et ses promesses de vacances, et enfin, au prochain Noël éphémère.

Mais, au fond de moi, j’essaierai de me délecter de chaque instant passé, en vie, entourée des gens que j’aime.

¤ Incohérences coutumières ¤

 

Arrive la nouvelle un peu moins bonne. Voilà, à partir de ce soir, je fais une trêve d’au moins dix jours.

J’entends déjà les cris de désespoir s’élever aux quatre coins de la blogosphère ¤ mais une sphère a-t-elle seulement des coins ? ¤, les menaces irréfléchies de suicide, les appels au boycott de mes produits bio vendus dans toutes les bonnes surfaces, le bruit de l’arrachage des posters 4x3 à mon effigie. Je sais que ces éclats ne sont que les manifestations spontanées des âmes perdues que j’essaie de guider vers la lumière. Mais ils prendront fin très vite.

Je sais aussi que les autres, mêmes s’ils sont plus discrets éprouveront aussi le plus grand mal à vivre sans lire de mes nouvelles dans les prochains jours, oui, oui, je le sais, pas la peine de nier en silence en faisant les fiers, essuyez vos larmes.

Faîtes taire votre colère intérieure, bande d’impies. Vous croyiez vraiment que j’aurais pu vous laisser comme ça, dans l’obscurité ?

Magnanime comme à mon habitude, j’ai pensé à vous, fidèles disciplecteurs ¤ oui, je sais, ce mot n’existe pas, mais j’ai le droit d’inventer ce que je veux, je suis un guru oui ou zut ? ¤. Aussi, je suis sûre que ces quelques conseils vous permettront d’aborder ma très courte absence avec plus de sérénité.

- Faites un peu de bien autour de vous

- Si vous aimez, dites-le ou faites-le savoir

- N’abusez pas du chocolat/foie gras

- Achetez mes produits bio

- Chouchoutez les vôtres (et faites-vous chouchouter aussi , y’a pas d’raison !)

- Souriez un peu plus, même si vous n’êtes pas filmés

- Prenez le temps de faire des choses qui vous font plaisir

- Réjouissez-vous de petits bonheurs simples

- Faîtes attention à vous, à vos proches

- Pensez à arroser vos plantes

- Recollez-moi donc ce poster déchiré

- Faites un peu l’andouille, ça fait du bien

- Méfiez-vous des faux gurus qui vous disent quoi faire et endorment vos esprits



Joyeuses fêtes à tous !

Mercredi 21 décembre 2005
Si quelqu'un sait, merci d'éclairer ma lanterne...
Mercredi 21 décembre 2005

94 694 400 secondes
1 578 240 minutes
26 304 heures
1 096 jours
156 semaines et demi
36 mois
3 ans

 

 

C’est le temps depuis lequel j’ai décidé de laisser le Loup m’embrasser, mais j’étais conquise dès le premier regard sur les marches de MontMartre ce soir froid de décembre. Depuis, les secondes, les heures, les années passent, sans que je m’en rende vraiment compte. Nous sommes ensemble, et le reste, le reste… C’est accessoire.

Il est attentions, compréhension, intelligence, courage, calme dans la tempête. Il est amour. Mon amour.
Il est oublis de petites choses évidentes : jamais de « à tes souhaits » quand j’éternue, ni de « joyeux anniversaire » en retour comme je viens de lui souhaiter.
Mais il est celui qui sait que j’aime bien Jeremy Irons, que j’adore les petits Jésus et les calissons, que les dictionnaires me passionnent, même si je n’exprime ses choses que très rarement.

 

Lui, il a une force en lui qui semble inépuisable.
Il sait me consoler sans me ménager. Il sait ce qu’il faut dire, même si ça ne fait pas du bien à entendre.

Mais quand il lui arrive des malheurs, de vrais malheurs, j’ai toujours l’impression que les mots me manquent, que je ne suis pas à la hauteur, que rien de ce que je pourrai dire ou faire ne lui apportera le réconfort dont il a besoin. Je ne sais pas le consoler, j’ai beau chercher dans son mode d’emploi, je ne vois pas ce chapitre-là.

Il est fort cet homme-là. Ses moments de désespoir sont courts. Très courts.

On verra dans quatre-vingt-quatorze millions six cent quatre-vingt-quatorze mille quatre cents secondes et des poussières si, à mon tour, je sais.

Mardi 20 décembre 2005

C'est con comme les occasions de se réjouir avec les siens peuvent être gâchées par la perspective de rechercher de cadeaux.

Noël, anniversaires, anniversaire de rencontre/mariage, Saint-Valentin, Fêtes des Pères et des Mères, pendaisons de crémaillère, sont en fait de fichues purges récurrentes.

Des purges, oui, parfaitement. Trouver le cadeau qui fera plaisir, surtout quand on a un budget limité, c'est chiant déconstipant.

J’en viendrais presque à maudire les gens à qui ils sont destinés : « si, comme le corps médical l’avait prévu, Pépé avait crevé en septembre, je n’aurais pas eu à écraser cette foule de grabataires pour me procurer le dernier déambulateur Crapahut’ 500 en carbone de kevlar qui le fait baver d’envie (à moins que ce ne soit les anti-dépresseurs…). »

J’ai envie parfois d’inventer de fallacieux prétextes pour m’éviter des heures de recherche de la perle : « Bertrand, c’est avec plaisir que je vous aurais offert le ruineux magnifique seau à champagne en cristal sur votre liste de mariage, avec les flûtes assorties, mais voilà, je ne peux plus garder ce terrible secret… Solange m’a avoué qu’elle te trompait avec ton petit frère. Ah bon, tu es fils unique ? Et en plus elle ment. Ah c'est vraiment une belle garce ! Si j'étais toi, j'annulerais toute cette masquarade de mariage... ».

Ou je pourrais inventer des excuses carrément bidons quitte à me fâcher avec la famille :« Ah ben non, Tata, je suis désolée, mais, tu comprends, je ne peux pas venir au baptême de ta petite dernière, elle est tellement moche qu’il m’est difficile de la regarder sans être prise d’angoisse suicidaire. »

Maintenant, pour éviter de nourrir ces pensées peu délicates, j'ai décidé de dresser une liste des choses chouettes à offrir à mes proches, parce que des idées cadeaux, j’en ai plein, oui, mais jamais quand il faut, car je les oublie. Du coup, je dois souvent me rabattre au dernier moment sur un cadeau un peu nul. Un pis-aller. ¤ Et si vous saviez combien je déteste ce mot et les réalités qu’il peut recouvrir… ¤

C’est bien pratique une liste, car en plus du nom de mes proches et des cadeaux qui leur feraient plaisir, s’y trouvent aussi des idées plus génériques de présents à faire à un homme, une femme ou un enfant. J’alimente mon petit document au fur et à mesure de mes conversations et déambulations dans les magasins.

On a offert à tel collègue une séance chez le barbier ? Hop, je me dépêche de consigner cette trouvaille à la rubrique « cadeaux pour les hommes poilus ».
Je tombe sur une annonce d’atelier de poterie du mercredi pour les enfants ? L’adresse est notée à côté de « idées pour les enfants bohèmes et empotés ».

C'était le conseil de la mère Jazz.

Vendredi 16 décembre 2005

Allez, je me rends à l’agence n°2, pour l’entretien en personne, me demandant à quelle sauce je vais me faire manger.

La femme qui m’ouvre me regarde des pieds à la tête, bizarrement mais sans méchanceté, et puis, elle au moins, elle sourit. Elle me demande d’attendre dans la partie « accueil » de cet open space et propose gentiment un verre d'eau que j'accepte. Un coup d’œil furtif sur les bureaux derrière moi : incroyable, les gens sourient. Ils me disent même bonsoir spontanément quand ils passent à côté de moi. Ils rient, ils se chamaillent gentiment, ils paraissent détendus. ¤ Des gens normaux ? Dans une ambiance de travail détendue ? Ont-ils si désespérément besoin d’une nouvelle recrue qu’ils auraient répété cette scène afin de faire croire à tout prétendant que cette agence est un havre de paix où il fait bon travailler ¤

Le boss vient par deux fois prévenir et s'excuser de son retard, me garantissant que l'entretien ne saurait tarder à commencer.
Cinq minutes se sont à peine écoulées depuis mon arrivée que déjà l’on vient me chercher et nous entrons mes deux interlocuteurs et moi, dans une salle vitrée.
Ils commencent par me faire un choc : avant même que j’aie ouvert la bouche ils me balancent, comme ça, cash, qu'ils sont intéressés par mon profil. Ouf ! Je respire mieux.
Je parle de moi, de mes expériences, je réponds aux questions, je retrouve mes marques dans cet entretien qui se déroule de manière plutôt informelle, rythmé par des traits d’humour, de la courtoisie et une même perception du métier, à première vue en tout cas.

Ils me présentent ensuite leur agence. Des mots comme solidarité, équipe, bien-être, passion émaillent cette description. ¤ Une bouffée d’air frais ! ¤ Ils ont des clients importants d’autres moins, et ils recherchent une personne avec mon profil.
Après le terrifiant épisode TicMadame, j’ai presque du mal à croire que des recruteurs puissent avoir un avis favorable sur moi.

Ils me préviennent que pour la suite, il faudra attendre un peu : Marie, la personne que j'ai eue en entretien téléphonique ne revient de vacances qu’en début décembre, et le temps qu'elle se remette dans le bain, qu'ils se concertent, nous serons déjà en milieu de mois. S'ils veulent continuer la sélection avec moi, je passerai un entretien pour juger de mon niveau d'anglais, mais ce n'est pas éliminatoire. Ils sont prêts à former les gens qu'ils recrutent s'ils sentent un vrai potentiel. Ensuite, un dernier entretien pour me faire une vraie proposition de poste.
Une heure trois quart plus tard, je sors de là de bonne humeur. Il fait un froid de canard, mais je suis rassurée.
J'ai bien envie de travailler pour eux, avec eux. Je me sens de nouveau un peu utile et valorisée.

Caroline me rappelle le lendemain pour savoir si a elle entend le même son de cloche de ma part. Ses clients, les recruteurs, lui ont fait part de tout le bien qu’il pensait de moi. Tant mieux, je ne m'étais pas plantée.

Tout début décembre, Caroline, toujours la même, me demande de lui envoyer mon CV en anglais, parce que le DRH Europe veut suivre ma candidature qui est apparemment en « très bonne position ». Ah bon ? Je m’exécute. Et puis j’attends, je ne dois pas me monter trop pressante de peur d’effrayer le recruteur et le cabinet.

Mais la mi-décembre est déjà là.
Hier, je décide donc d’appeler Caroline pour savoir où en sont les choses : elle est en pleine fête de Noël au bureau ¤ ma santé mentale repose pour beaucoup sur ce nouveau job porteur de tant d’espérance, et pendant ce temps-là, Caro s’amuse… ¤ mais prend le temps de m’expliquer que Marie que j’avais eue au téléphone est revenue de vacances, qu’elle a partagé l’avis favorable que les deux autres intervieweurs ont de moi, et qu’un autre candidat a passé un entretien. Caroline ne sait rien encore de la prestation de ce concurrent, elle ne me garantit pas la ¤ bonne ?¤ nouvelle pour Noël mais peut-être pour le début d’année.

Je verrai bien.
En attendant… j’attends.

¤ Et la semaine prochaine, plus rien n'a d'importance, je suis en vacances. ¤

à suivre...

Jeudi 15 décembre 2005

Boulotte est assise en face de moi. Mais Boulotte n'a rien d'intéressant à dire. Elle veut savoir ce qui est sorti de la gueule de son idole, TicMadame. Je lui rapporte : « Elle m'a conseillé de trouver un mentor et m'a appris qu'ici, j'aurais été massacrée ». Parole d'Évangile. Elle semble se recueillir tout d’abord, puis opine du chef de la chef. Et voilà qu’après ces quelques secondes de méditation sur mon CV, elle me sert toutes les paraphrases possibles des conseils de la Grande Prêtresse.

« Oui, non, tu n’as pas engrangé suffisamment de connaissances, ici, tu vas te faire bouffer », « tu as encore le temps de te faire former plus sérieusement, ça ne suffira pas pour travailler ici », « apprends encore, tant que tu le peux, sinon, tu vas être pillonnée. » Légèrement penchée vers moi, elle adopte presque le ton de la confidence pour me dire ça, comme si ces conseils émanaient d’elle.

C’est sans appel : Boulotte a définitivement perdu sa personnalité pour devenir un mauvais clone de sa boss. Cette fille ressemble à une coquille vide. Elle a peur quand la porte s'ouvre à nouveau sur la Tigresse, et se redresse rapidement, craignant d’être prise en flagrant délit de familiarité avec une personne qui a d’ores et déjà échoué à l’examen de passage dans la caste supérieure des esclaves de la connasse-en-chef. La Tigresse elle, expédie sa subalterne sans aménité, sans la regarder.

La Tigresse revient à moi. J'ai besoin de savoir pourquoi elle se comporte si mal. Je décide de m'amuser encore un moment, pour me venger et laver un peu, si peu, mon humiliation.
Elle me parle des gens qu'elle
« manage », en termes peu élogieux. Elle me décrit une équipe affamée de sa chair, qui n'hésite pas à saboter le travail pour que sa tête tombe. Je lui demande, faussement candide, comment elle fait, à son âge (elle a 32 ans), pour gérer une équipe si difficile. Elle me dit qu'elle les tient d'une main de fer. Trop opaque pour moi. Je repose la question : comment fait-elle ? Comment ? En leur montrant par « a+b » que c'est elle qui dirige, parce qu'elle a bossé pendant des années pour en arriver là, elle a bûché plus que les autres, en passant 13 à 15 heures par jour au boulot, en apprenant les bases. Mais les résultats sont là.

Elle est contente qu'on lui demande des conseils, ça se voit. Elle se reprend et me dit que je n'aurais pas dû postuler pour ce job. Je réponds qu'il faut saisir certaines opportunités. Elle m'aurait conseillé de dire d'emblée que je ne me sentais pas à la hauteur, ça nous aurait évité cette situation. Moi, je n'admets pas l'idée que l'on puisse commencer un entretien en faisant un aveu de faiblesse.
Elle m'a conseillé de mentir aussi. Elle a dénigré des professionnels expérimentés en affirmant qu’elle n’avait rien à apprendre d’eux. Elle se moque, distille son venin. Elle me dit que c'est une erreur de vouloir être manager avant 40 ans (je répète qu’elle en a 32). Je me rends compte que c'est une femme qui ne sait pas ce qu'elle dit. Elle se moque des gens, elle les utilise, elle a du mal à asseoir son autorité autrement que par la menace et la froideur, elle se sent bien dans sa position de manager mais déconseille à tous les trentenaires de le devenir. Contradictions, suffisance, manque de professionnalisme, mauvaise ambiance, aucune solidarité, guerre d’usure : tout pour me dégoûter.

Même si j'avais eu le CV et l'expérience parfaite et qu'on me faisait un pont d'or pour intégrer leur agence de merde, je dirai non.
Non, rien à faire. ¤ Et ce n’est pas dire qu’elles sont trop vertes comme je l'écrivais l’autre jour en évoquant ce fichu entretien. ¤

Maigre consolation, hein ?

 

Évidemment, je suis détruite, je doute de mes capacités. Elle m'a dit que j'étais jolie, c'est la première fois que ce compliment me fait aussi mal. Je pleure en appelant mon chéri, et je pleure en appelant ma meilleure amie pour leur apprendre la nouvelle. Je rassure tout le monde, mais ne trompe personne :ils savent à quel point je fondais des espoirs dans cet entretien. Mon chéri maudit cette TicMadame, Célia la voue à une existence misérable et affligeante. Je masque mes sanglots pour appeler ma mère, et lui explique, laconique, que je ne corresponds pas au profil recherché. Elle les accuse de racisme, et ça, ça me fait marrer.
Je rentre, le cœur troué. Dans le métro, la tête baissée, le regard humide, je me dis que je ne suis bonne à rien.
Je tombe dans les bras de mon chéri mais même après ses mots qui soulagent et malgré toute l'attention qu’il déploie, je reste dévastée. J'ai du mal à dormir, je me sens mal.

Heureusement, il me reste l'autre piste, celle que j'aimais moins. Mais bon, je vais abandonner ce métier. Je suis trop nulle…

Le lendemain, j'appelle Caroline, celle qui est chargée de mon dossier dans le cabinet de recrutement. Elle est abasourdie par mon récit. Je l'appelle surtout pour qu'elle se couvre, quitte à ce qu'elle rejette la faute sur moi face à Tigresse qui lui demandera des comptes. Elle se perd en excuses. Pas grave, je m'en remettrai. Caroline savait que c'était une garce, elle avait essayé de me prévenir de son caractère en des termes plus prudents, mais elle ne s'attendait pas à ça. Elle m'assure qu'elle fera de son mieux pour avoir très vite des nouvelles de l'autre agence. Ah, je l’avais oubliée, celle-là.


Une semaine après, Caroline me fait savoir qu’elle a décroché un rendez-vous en face à face avec deux autres responsables personnes de l'agence n°2.

à suivre...

Mercredi 14 décembre 2005

TicMadame se plante devant moi et me dit "c'est bon Jazz, on peut y aller".

Je tombe des nues. C’est elle Mademoiselle G, mon rendez-vous de ce soir.
Pas de main serrée, pas de présentation, pas d'excuse pour le retard. Rien.
Elle m’indique la salle de torture et nous verrouille à l’intérieur.

Elle me demande si je préfère parler de moi ou entendre parler de la boîte en premier. D'habitude, je laisse la main, mais là, il me faut trouver des repères, alors, je commence à parler de moi.
Au début, elle arbore un visage de marbre que rien n’attaque. Peut-être pense-t-elle que sourire est un supplice, et que rire entraînerait une mort certaine dans des souffrances indescriptibles.
Ensuite, elle pose des questions de base, prend quelques notes, dodeline légèrement de la tête pour marquer une désapprobation silencieuse mais grandissante. Pas de doute, elle va me tomber dessus à bras raccourcis dans 5… 4… 3… 2…

Comme dit, comme fait : Elle me coupe en plein milieu d’une phrase.

Un coup d’œil à ma montre, l’entretien a commencé il y a à peine 10 minutes.
Elle m'impose le tutoiement. Le verdict tombe : je suis "jolie", "sympa et tout et tout", mais ça ne suffit pas. Je ne connais pas les bases du métier, je ne sais pas faire grand chose, je n'ai pas assez d'expérience, je ne peux rien apporter à leur équipe, je vais me faire "pilonner".Je n'ai guère appris de choses utiles depuis mon entrée sur le marché du travail, mais ce n'est pas trop ma faute parce que je n'ai pas été formée par mon premier employeur. Je ne correspond pas à ce qu'elle cherche. Mais je suis encore jeune et j'ai encore le temps de redresser la barre. Je dois m'estimer heureuse qu'elle me parle franchement et qu'elle me dise ce qu'elle pense de moi parce qu'elle aurait pu juste me faire savoir que mon profil ne correspondait pas, et penser en son for intérieur  "non, mais quelle connassse, elle se prend pour qui". Mais là, elle me fait une fleur. ¤ J’ai tellement de chance que j’ai du mal à m’en rendre compte. ¤

Je suis choquée, anéantie, la-min-née, humiliée.
C’est la première fois de ma vie qu’un entretien se passe aussi mal. C’est la première fois de ma vie qu’un entretien se passe mal d’ailleurs.

Mais je ne vais pas me laisser piétiner sans me battre. Non, non, non.

Je riposte, gentiment. Je lui fait remarquer que même dans le cas hypothétique où j'aurais été d'accord avec elle sur le fait que mon premier employeur ne m’ait pas suffisamment formée, je ne pouvais pas arriver dans un entretien et l'incriminer, comment un recruteur perçoit-il un candidat qui n'hésite pas à cracher sur ceux qui lui ont donné un emploi ? Elle rétorque qu'il y a une manière de le dire. Laquelle ? j'insiste. Elle ne sait pas, mais c'est toujours possible m’assure-t-elle.
Je masque mon envie de briser chacun des os de son petit corps derrière un sourire d’écolière écoutant pieusement sa maîtresse. Je joue à fond le rôle de la fille nulle qui a trop de choses à apprendre pour être embauchable, peut-être parce qu’elle a réussi à me convaincre que je l’étais, mais aussi pour voir jusqu’où elle peut aller dans l’outrage.

Je me montre ainsi avide des conseils de cette grande patronne qui me fait don d’un peu de son temps, et à force de questions, elle est tellement flattée de mon intérêt qu’elle finit par m’apprendre qu’elle a commis des erreurs de recrutement autrefois. Elle me propose même de rencontrer cette jeune femme qu'elle a embauchée, qui a eu le même parcours que moi et qu’elle a du rétrograder très vite parce qu’elle n’avait pas le niveau suffisant…

Elle ouvre une porte, et fait entrer… Boulotte ! TicMadame lui met mon CV sous le nez et lui demande à qui cela lui fait penser. Boulotte hésite, elle a l'air de savoir ce qui l'attend si elle répond mal, elle finit par lâcher : « A moi ? C'est ça ? » comme une gamine qui demande l'approbation de sa maîtresse alors qu'elle déchiffre avec difficulté les syllabes d'un mot nouveau. « Ben oui, à qui d'autre... » lui assène TicMadame avant de lui retirer la feuille des mains. Tic Madame pense que nous avons beaucoup de choses à nous dire et nous laisse discuter seules pendant cinq minutes.


à suivre...

Mardi 13 décembre 2005

20 minutes d'attente.

Vingt longues et douloureuses minutes depuis que je suis rentrée dans ce bureau.

Vingt minutes d'attente insoutenables pendant lesquelles des collaborateurs, la mine maussade, le pas pressé, le regard fuyant, évitent tout contact avec moi qui me tient assise dans cette chaise, là, impossible à rater, là, dans le passage qui les oblige à dévier très légèrement de leur route rectiligne d'un bureau à l'autre.
Ils me répondent du bout des lèvres quand, impressionnée par leur manque de politesse et leur méconnaissance du minimum d'interaction requis lorsque quelqu'un se trouve dans les locaux d’une entreprise et que l’on travaille dans une grande agence de com de la place, je leur lance un "bonsoir" sonore. La plupart réagit à mon salut en psalmodiant quelque parole inintelligible, d'autres me forcent à activer mes capteurs de mouvement ultra-sensibles pour détecter un faible hochement de tête, une autre encore ralentit quand elle arrive à côté de mon siège, me regarde de haut en bas, montre une expression difficile à qualifier, entre la surprise, le doute, le mépris et la colère, et esquisse un petit sourire ressemblant étrangement à un tic nerveux ¤un sourire de ceux que lancent les hypocrites qui vous méprisent quand ils vous croisent dans l'ascenseur, avant de reprendre leur air chafouin¤.

Une autre femme passe derrière moi et m'adresse un "bonsoir" inattendu. Je sursaute presque et lui réponds, sans pouvoir masquer ni ma surprise, ni un sourire franc. ¤ un peu de sincérité, de politesse et d’attention dans cet antre froid et peu accueillant du sérieux corporate, ça fait du bien. ¤

La femme au tic passe et repasse et au fur à mesure de ses allées et venus, j’ai l’impression d’être devenue transparente. J'ai un mauvais pressentiment.

La femme au tic hurle à l’attention d’une jeune femme boulotte à l’autre bout du couloir, moi au milieu. TicMadame exige de savoir ce qui ne va pas avec l'imprimante. NOW !

Boulotte flippe, je l'entends, elle ne sait pas, elle va vérifier.

TicMadame réitère sa question, Boulotte lui assure, raide, mal assurée, que tout fonctionne bien, qu'elle a vérifié, en brandissant pour preuve une feuille qu'elle vient d'imprimer.

TicMadame peste et avoue enfin qu'elle s'était trompée, qu'elle avait lancé le document sur l'imprimante couleur et que celle que Boulotte avait inspectée n'était évidemment pas la bonne. Mais elle le dit sur un ton de reproche qui incrimine Boulotte, l'imprimante, ces couillons parents qui ont eu l'idée d'enfanter Boulotte, ce con de fabricant d'imprimantes à la noix, la Terre entière qui complote pour l'empêcher de travailler, mais pas elle-même. Boulotte essaie de garder sa contenance. On sent que ces réprimandes font partie de son quotidien, mais l'habitude ne l'a pas prémunie contre l'usure.

Pfff...
Je me dis que si je travaille dans cette boîte, faudra faire avec Tic Madame et éviter de remplacer Miss Boulotte au poste de souffre-douleur en chef, bureau des Passe-Nerfs.

Les naseaux encore fumants, TicMadame se plante devant moi et…

à suivre...

Mardi 13 décembre 2005

Une semaine après mon rendez-vous téléphonique avec l'agence n°2, arrive enfin le jour ô combien attendu de mon entretien, en personne, avec l'agence n°1, l’objet de mon désir professionnel à court et moyen termes.

L’agence n° 2 est déjà loin derrière moi. C’est tout au plus, un plan de secours au cas où l’agence n°1 ne serait pas, mais cela est fort peu probable, subjugué par mon incroyable parcours professionnel, ma personnalité attachante et mon potentiel phénoménal. Je suis une star, ils vont faire ma connaissance. ¤ application toute personnelle de la méthode Couet ¤

Le quartier est sympa, et en plus, c’est sur ma ligne. Je suis en avance, alors, je flâne un peu devant la vitrine d’un magasin de déco. Je me dis que je pourrais bien devenir une de leurs clientes régulières. Je viendrai chercher là les cadeaux pour les pots de départ. J’essaie tout de même de ne pas trop tirer de plans sur la comète, pas par superstition, mais plus parce qu’il faut faire les choses dans l’ordre : à trop se rêver président consultante senior, on finit par oublier qu’il faut passer le premier tour le premier entretien et on se retrouve vite à tirer des conclusions en se retirant de la vie politique active à la fin des élections du rendez-vous.

 

Une touche de gloss transparent sur les lèvres, et ca y est, il est l’heure.

Ding-dong, j’appuie sur la sonnette. Un homme ouvre la lourde porte. Je lui dis bonsoir en lui tendant la main.

Accueil polaire.
 je vous dis.
C’est tout juste s’il ne met pas un gant jetable triple épaisseur de latex pour la poignée de main pas molle, mais pas franche non plus. Il me regarde à peine, j’ai l’impression que mon coup de sonnette l’a interrompu dans une conversation télépathique au cours de laquelle sa bisaïeule morte allait lui révéler le secret de la vie éternelle. Je lui annonce quand même que j’ai rendez-vous avec Mademoiselle G. Toujours sans même me regarder, sans un sourire, il me demande d'attendre dans le couloir le temps que mon contact se libère car « elle est en train de finir un truc ». Vague excuse, d’habitude, on trouve quelque chose de plus chic comme : « elle termine sa conf’ call avec San Francisco et elle est à vous » ou « elle met la touche finale à la reco pour un gros prospect réseau », ou même « Mademoiselle G refait son vernis, elle porte une attention toute particulière à avoir une mise toujours impeccable, et ça demande du travail. » On dit tout sauf « elle fait un truc ». je prends donc place dans un fauteuil avec l’impression que je viens de tuer la mère de ce jeune homme et de faire fuir à tout jamais sa docte bisaïeule. Il est mal luné, ou super stressé, ou les deux me dis-je.

à suivre...

Lundi 12 décembre 2005

Voici une liste de 20 mensonges -- mais de vrais mensonges, attention --  que je décide de vous livrer, suite à la demande d'un certain trentenaire...

¤ Bon, au départ, je devais annoncer vingt vérités, mais je comprends tout de travers... ¤


1. Soyons honnête : je dis toujours des mensonges, même si je n’en ai pas besoin. Mais mentir, c’est drôle.

2. J’adore faire la vaisselle quand il y a de gros fait-tout tout crasseux.

3. Je trouve que chacune des remarques de mes patrons est d’une intelligence extrême.

4. Le café au lait ne me fait pas vomir. C’est bon pour moi.

5. Suis-je sortie avec un garçon pour lequel je n’avais pas de sentiment ? Jamais ! Pas une fois !

6. Je suis avec mon chéri parce qu’il est riche. Je suis vénale, il est plein aux as. Joli couple.

7. Je ne pleure jamais devant des films romantiques. Pas mon genre.

8. Je suis totalement insensible à certaines chansons « Les Feuilles mortes », « La Bohème », « The Show must go on », « Sorry seems to be the hardest word », « Wishing on a star » et « Être à la hauteur »(de la comédie musicale Le Roi Soleil). Pfff. C’est nul…

9. Ma copine Vivi a un goût vestimentaire exquis. J’aimerais copier son style.

10. Je n’ai jamais rien volé dans un magasin.

11. Je dis toujours ce que je pense quand je suis en colère. Surtout au boulot.

12. Je me fiche éperdument de faire de la peine aux autres, alors, là, à un point, vous n’imaginez même pas !

13. J’adore les haricots verts, en salade, à la vapeur, en fagots, j’adoooooore.

14. J’aime beaucoup ce que vous faîtes. Vraiment.

15. Quand je me nettoie les oreilles, je ne pleure pas.

16. Je suis toujours très sûre de moi. Ouais !

17. J’ai un corps parfaitement symétrique, une merveille esthétique.

18. Moi, froid ? Jamais.

19. Je suis convaincue que les gens m’aimeraient même si je n’étais pas parfaite. Mais la question ne se pose pas : je suis parfaite.

20. Je n’ai dit que la vérité dans mes réponses précédentes. Bien entendu.


Je refile le bébé à Leeloolene et à Jad qui pourront au choix dire leurs vérités ou leur mensonges.

 
 
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