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tripalium delirium

Mercredi 18 mai 2005 3 18 /05 /2005 00:00

Depuis quelques jours siège dans mon bureau une imprimante couleur quelque peu défectueuse.

Encombrante, elle occupe une bonne partie de l'espace libre dans ce bureau qui est réservé à ceux qui, fatigués, viennent se prélasser en écoutant nos bons mots et les dernières fabuleuses aventures de notre boss.

Aussi ai-je régulièrement droit à toutes sortes de commentaires quant à cette machine bruyante et imposante.

"Tiens, au moins, y'a quelque chose qui travaille ici... Ca change !"
ou
"Elle est en panne aujourd'hui ? Vous l'avez contaminée ?"

Mais la palme revient définitivement à celui qui hier nous a dit, rêveur :
"Disponible. Ah... si seulement les femmes pouvaient avoir la même chose : un petit écran qui indique leur état..."

Oui, mais ce serait beaucoup, beaucoup trop facile, non ?

 

Par Jazz - Publié dans : tripalium delirium
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Jeudi 2 juin 2005 4 02 /06 /2005 00:00

La peur du regard des autres me pousse à faire des choses bizarres.

 

Exemple 1 : Le micro-ondes

 

Au boulot, il y a 3 micro-ondes mis à notre disposition dans la salle à manger.

Ces fours sont tellement dégueulasses que si on y fait chauffer une pizza 3 fromages, on en sort une 4 voire 5 fromages.

Je vous laisse imaginer.

 

La faute à qui ?

Indice : Dans cette boîte, il y a une grosse majorité de mecs, informaticiens, célibataires, rêvant de lignes de codes, férus de jeux massivement multi-joueurs, dieux du code source, mais véritables nains dans les relations interpersonnelles. € Oui, je sais, j’ai écrit « informaticiens », désolée pour ces précisions pléonastiques €.

 

C’est l’une des raisons pour lesquelles, après avoir nettoyé plusieurs fois, à fond, les 3 fours sans que quiconque fasse davantage attention à les garder propres, j’ai décidé de n’y faire entrer que des aliments-vapeur conditionnés dans des emballages micro-ondables qui gonflent sans exploser sous la pression, ce qui ne manque pas de provoquer l’admiration de mes collègues toujours impressionnés par les merveilles de la vraie vie avec des gens en chair et en os.

Bref, ma nourriture n’entre pas en contact direct avec le four.

 

Si d’aventure, j’utilise le micro-ondes juste après un sagouin qui aurait voulu repeindre l’intérieur du four avec de la sauce tomate, je nettoie les traces de son méfait, de peur que l’utilisateur suivant pense que J’ai causé cette saleté.

 

C’est drôle, hein ?

 

NON. Je vous garantis que non.

Je n’ai plus la force d’en rire.

Par Jazz - Publié dans : tripalium delirium
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Mercredi 29 juin 2005 3 29 /06 /2005 00:00
Les pauses interminables peuvent-elle mener à quelque chose de réussi ?
Par Jazz - Publié dans : tripalium delirium
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Mercredi 20 juillet 2005 3 20 /07 /2005 00:00
Depuis quelques jours, j'écume de nouveau les sites d'offres d'emploi.
Certes, je ne suis pas concernée par la vague de licenciements actuelle et j'ai toujours eu l'heur ¤ jusqu'à maintenant en tout cas ¤ de ne faire partie d'aucune "charrette".
Mais il faut bien reconnaître
que depuis que j'ai commencé à travailler, mes employeurs ont procèdé à des licenciements tous les six mois en moyenne. ¤ Je vais finir par croire que c'est moi qui porte la poisse... ¤

Comme je sais que je ne passerai pas toujours entre les mailles du filet, je préfère prendre les devants.
Je balaie donc rapidement les titres des offres d'emploi, ne cliquant que sur celles qui semblent intéressantes. Forcément, elles demandaient toutes peu ou prou les mêmes compétences : même nombre d'années d'expérience, des connaissances d'outils de travail semblables, la maîtrise de plusieurs langues, rigueur, organisation, capacité à travailler en équipe, etc.

La nouveauté c'est qu'à
chaque fois était également exigé du
candidat qu'il possède un certain sens de l'humour voire un sens de l'humour certain.

Quoi ?
Les gens tristounes seraient-ils devenus personae non gratae dans le milieu de l'entreprise ?

Bon, OK, je cherche dans la comm ou le marketing, un milieu où l'on présuppose que ceux qui y appartiennent possèdent un esprit
¤ bon, déjà, là, c'est pas gagné ¤ ouvert ¤ oui, enfin, bon... ¤ fourmillant d'idées géniales ¤
le plus souvent : plagiat, recyclage abusif et vol qualifié de concepts ¤ et prompt aux bons mots ¤ par bons mots comprenez moquerie à l'endroit de tous qui ne partagent pas les "valeurs" de ce petit monde ¤.
Aussi est-il quasi-pléonastique de dire que l'on recherche une pétasse de la comm'/un connard du marketing avec un sens de l'humour, non ? ¤ Comment ça "non" ? Bon... OK ! ¤

M'enfin, à l'heure des Equal Opportunity Employers, alors qu'on parle d'Affirmative Actions
C'est quoi cette discrimination par l'humour, hein ?

Moi qui suis détentrice d'une forme d'humour que quelques happy few apprécient peu reconnaissent comme étant de l'humour personne ne comprend sauf mes proches
à la française, j'ai franchement envie de m'insurger contre la demande farfelue de ces gens à la recherche du collaborateur-boute-en-train ! ¤ et encore, ils font ça parce que ma mère les a payé, grassement, pour simuler l'hilarité quand je fais des plaisanteries... D'ailleurs, Maman, pour info, va falloir aligner les biftons pour embaucher de vrais bons acteurs, là... ¤ je suis assez mal barrée pour me faire embaucher.
Et, horreur, j'allais oublier, je cumule les tares : je suis
femme et marron de surcroît.

Bon, histoire de me donner un competitive edge, je vais ajouter
en haut de mon CV
un bandeau où l'on lira :
Attention, je n'ai pas d'humour,
mais alors, vraiment pas...


Comprenne et m'embauche qui pourra.

Bon, si je ne reçois ni convocation à un entretien, ni e-mail formaté ¤ "... vous remercions de l'intérêt que blabla... avons le regret de vous informer que malgré blabla... vous ne remplissez pas les critères blabla/ avons déjà trouvé une personne fort qualifiée pour ce poste sous la pression du boss qui préfère les blondes à forte poitrine et personnalité inversement proportionnelle blabla... nous permettons de garder votre CV blabla... bon courage dans votre recherche même à notre avis si vous n'avez aucune chance blabla... sans rancune, achetez quand même nos produits blabla cordialement". ¤ au moins aurai-je eu la satisfaction d'avoir testé moi aussi l'humour de mes potentiels futurs employeurs.
Par Jazz - Publié dans : tripalium delirium
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Vendredi 2 décembre 2005 5 02 /12 /2005 17:00

Vous le savez, j’aime mon emploi actuel autant que chausser une paire de cuissardes (pointure 39) en plastique qui fait transpirer les cuisses pour une journée shopping avec ma mère, porter toute une journée un pantalon en laine sans doublure qui gratte, devoir remonter une paire de collants dont l’entrejambe descend et qui crapote sur le mollet, ou encore devoir me couper un orteil à chaque fois que je ris.

¤ Pour info, je déteste transpirer des cuisses, je hais les démangeaisons, je ne trouve jamais de collants à ma taille, je ris souvent, je fais un bon 41, et les excursions shopping de ma mère durent des heures. ¤

Donc, I am currently looking for a new job. J’écume les sites d’emploi en quête d’un nouvel employeur.
¤ Idéalement, il me laissera le temps de prendre mon petit déj’, m’autorisera à partir avant 19h00, m’aménagera 3 heures pour améliorer ma connaissance des blogs que je trouve chouettes, me laissera déjeuner aussi longtemps que je le souhaiterai avec mon chéri ou mes amis, et comprendra que les appels de Célia sont toujours prioritaires sur l’activité de la boîte. Bon, je n’ai pas encore trouvé cette perle rare, mais je ne désespère pas. ¤

 

J'ai envoyé, il y a quelques semaines de cela, mon CV à un cabinet de recrutement connu. Caroline, la jeune femme chargée de mon dossier est agréable. Elle m’informe après examen de mon curriculum vitae qu’elle a deux pistes : l'une pour travailler en agence, et... l'autre, pour travailler en agence !

La première semble correcte. Ils sont peu nombreux, c’est très spécialisé, payé au prix du marché, en proche banlieue.

La seconde est plus cotée, rémunère mieux, offre des responsabilités de dingue, des perspectives enivrantes, travaille avec de plus de moyens, des clients dans des secteurs totalement différents…

Pour des raisons qui m’échappent, cette dernière qui devient vite mon choix n°1.

Je garde en tête l’opportunité de l’autre agence, devenue n°2, parce qu’on ne sait jamais, et puis, ce n’est pas très rusé de refuser un rendez-vous, ça donne l’impression qu’on fait le tri.

 

Donc, peu de temps après, je passe un premier entretien téléphonique avec l'agence n°2.


à suivre...
Par Jazz - Publié dans : tripalium delirium
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Lundi 5 décembre 2005 1 05 /12 /2005 16:09

Arrive donc le jour de l'entretien téléphonique avec l'agence n°2.

Marie, l'une des trois têtes de l’agence doit m’appeler sur mon mobile à 15h00 ¤ un jour de boulot, évidemment, sinon, c’est trop facile ¤. Je me débrouille pour être libre pendant un créneau d’au moins ¾ d’heure, j’ai déjà repéré la salle isolée où je m’installerai, j’ai même réussi à imposer mon indisponibilité temporaire ¤ j'ai prétexte l'infaillible « oui, j’attends un appel très important de ma mère qui habite dans la lointaine et horairement très décalée Guadeloupe » ¤ à mon chef spécialiste des demandes de dernière minute absolument prioritaires, parfaitement inutiles mais terriblement chronophages, en dépit de tout bon sens et des avertissements reçus (e.g. : faire imprimer et relier 20 exemplaires couleur d’une présentation PowerPoint dangeureusement obsolète, pour une réunion qui s'est terminée il y a plus d'une heure et dont les participants étaient en fait 4 manchots aveugles). Avec lui, jusqu’à maintenant, ça se finit toujours de la même manière : la perte de temps qui en résulte est souvent supérieure aux prévisions les plus pessimistes, les efforts déployés ne servent à rien, la mission s’avère encore plus dénuée de sens après coup, j’ai gâché quelques précieuses minutes de boulot/mise à jour du blog, je me suis mise à la bourre sur d’autres dossiers, et aors qu'il s’en tire auprès de tous grâce à une des pirouettes dont il a le secret, et je nourris en secret le rêve qu’il soit obligé de se faire épiler tout le corps (sourcils, cils, barbe, poils du nez et du bras compris) à la cire brûlante aromatisée aux phéromones de moufette, ou alors de le découper en rondelles, comme ça au moins, à mon pot d’arrivée à Fleury-Mérogis, je pourrai le servir en apéro à mes futures codétenues : « Vous reprendrez bien un petite tranche de lard », demanderai-je à Roberta dite la Cisaille, ¤ surnom acquis à cause de sa manie d’émasculer tous les hommes qui la regardent de travers ¤ « c’est un morceau de choix, du pur porc, croyez-moi. »

 

15h00. Ca fait 10 minutes que j’attends que le téléphone sonne. Mais rien, toujours rien.
J’aurais dû aller faire pipi. Maintenant, c’es trop tard. Elle risque d’appeler d’une minute à l’autre et répondre avec la chasse d’eau en fond sonore, même avec une voix digne, en prétextant qu’on se trouve à côté des chutes du Niagara, c’est pas classe. Je me retiens.

 

15h15. Rien.

 

15h30. Rien.

 

15h45. Devinez ? Rien. Bravo !

 

16h00. Rien.

 

Bon, ça fait plus d’une heure que j’ai la vessie qui mijote. Je n’en peux plus. Je décide de sortir de mon attente stérile pour faire le vide… ¤ Ah, ça soulage. ¤

J’appelle Célia, ma copine, qui me conseille d’appeler pour savoir ce qui se passe.

 

16h15. Je prends mon courage à deux mains, j’appelle en retrouvant sa ligne directe sur Internet (dans ce genre de procédures via un cabinet, le candidat n’entre pas à son initiative, en relation directe avec l’employeur potentiel). J’enfreins les règles, mais bon, j’ai assez poireauté, et puis ça lui prouvera que je suis intéressée.

Ca sonne, elle répond…

à suivre...
Par Jazz - Publié dans : tripalium delirium
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Lundi 12 décembre 2005 1 12 /12 /2005 13:23

J'en étais où de cette histoire ?
Ah, oui ! Il était 16h15, et une heure et quart après l'heure prévue, je n'avais toujours pas reçu ce coup de fil de l'agence n°2. Je finis par appeler, et là...


- Bonjour, je suis Jazz, j’aimerais parler à Marie V., s’il vous plaît.

- Ah, Jazz, c’est vous ?
- Oui, bonjour Marie. Je me permets de vous appeler pour vous demander si vous ne souhaitez pas reprogrammer notre entretien à une heure qui vous conviendrait mieux.
- Ah, merci d’avoir appelé, je suis désolée, mais j’ai été retenue par un client, et là je repars en conference call. Vous avez bien fait. Toutes mes excuses. Est-ce que ce soir vous seriez disponible ?
- Oui, je comprends, la vie trépidante de l’agence. Ha ha… A quelle heure cela vous arrangerait ?
- 19h00 ?
- Alors à ce soir 19h00. Merci.

 

Le soir, je rentre sufisamment tôt à la maison, me mettant dans les meilleures dispositions pour cet appel : manteau et chaussures quittés, CV sorti et posé à plat sur la table devant moi, position assise confortable prise, et surtout, pipi fait.
Il est 18h55.

Puis, 19h15. Puis 19h30, puis 19h45. Bon, j’appelle, un peu déçue à l’idée que cette dame n’a pas vraiment envie de (me) recruter, mais bon, je me ravise, le quotidien d’une agence, je sais ce que c’est : selon toute vraisemblance, le temps s’y écoule à une vitesse anarchique et aléatoire mais toujours rapide. Le temps manque, on ne le voit pas passer, et les précieuses et rares minutes de relative inactivité sont souvent vite accaparées par des clients exichiants qui ont un flair incroyable pour détecter la plus infime période de relâche, même à des milliers de kilomètres.

 

Elle décroche. Elle s’excuse encore, sur un ton sincère, et m’informe qu’elle va quitter l’agence dans quelques instants, qu’elle me rappellera de la voiture. Je m’empresse de lui dire que si elle veut, on peut se parler à un autre moment, un peu plus tard, le lendemain, quand elle voudra, mais pas pendant qu’elle est en voiture, ça me gênerait beaucoup qu’elle se fasse arrêter ou pire, qu’elle ait un pépin sur la route à cause de cet entretien. Elle rigole, elle comprend que je m’inquiète mais elle a commandé un taxi depuis lequel elle va me rappeler. Dans 5 minutes.

Ouf.

Mon téléphone entre en transe vibratoire 5 minutes plus tard. Nous commençons à parler et malgré trois interruptions (probablement des tunnels), nous parvenons à avoir cette fichue conversation téléphonique.

 

Un assez bon contact, une personne charmante au bout du fil, de bonnes questions posées, bref, une expérience d'autant plus sympa que je n'attendais pas grand' chose de ce premier contact, ni de cette entreprise.

Dans ma tête, seule l'autre agence était intéressante. L'agence n°1...

 

à suivre…

Par Jazz - Publié dans : tripalium delirium
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Mardi 13 décembre 2005 2 13 /12 /2005 13:34

Une semaine après mon rendez-vous téléphonique avec l'agence n°2, arrive enfin le jour ô combien attendu de mon entretien, en personne, avec l'agence n°1, l’objet de mon désir professionnel à court et moyen termes.

L’agence n° 2 est déjà loin derrière moi. C’est tout au plus, un plan de secours au cas où l’agence n°1 ne serait pas, mais cela est fort peu probable, subjugué par mon incroyable parcours professionnel, ma personnalité attachante et mon potentiel phénoménal. Je suis une star, ils vont faire ma connaissance. ¤ application toute personnelle de la méthode Couet ¤

Le quartier est sympa, et en plus, c’est sur ma ligne. Je suis en avance, alors, je flâne un peu devant la vitrine d’un magasin de déco. Je me dis que je pourrais bien devenir une de leurs clientes régulières. Je viendrai chercher là les cadeaux pour les pots de départ. J’essaie tout de même de ne pas trop tirer de plans sur la comète, pas par superstition, mais plus parce qu’il faut faire les choses dans l’ordre : à trop se rêver président consultante senior, on finit par oublier qu’il faut passer le premier tour le premier entretien et on se retrouve vite à tirer des conclusions en se retirant de la vie politique active à la fin des élections du rendez-vous.

 

Une touche de gloss transparent sur les lèvres, et ca y est, il est l’heure.

Ding-dong, j’appuie sur la sonnette. Un homme ouvre la lourde porte. Je lui dis bonsoir en lui tendant la main.

Accueil polaire.
  je vous dis.
C’est tout juste s’il ne met pas un gant jetable triple épaisseur de latex pour la poignée de main pas molle, mais pas franche non plus. Il me regarde à peine, j’ai l’impression que mon coup de sonnette l’a interrompu dans une conversation télépathique au cours de laquelle sa bisaïeule morte allait lui révéler le secret de la vie éternelle. Je lui annonce quand même que j’ai rendez-vous avec Mademoiselle G. Toujours sans même me regarder, sans un sourire, il me demande d'attendre dans le couloir le temps que mon contact se libère car « elle est en train de finir un truc ». Vague excuse, d’habitude, on trouve quelque chose de plus chic comme : « elle termine sa conf’ call avec San Francisco et elle est à vous » ou « elle met la touche finale à la reco pour un gros prospect réseau », ou même « Mademoiselle G refait son vernis, elle porte une attention toute particulière à avoir une mise toujours impeccable, et ça demande du travail. » On dit tout sauf « elle fait un truc ». je prends donc place dans un fauteuil avec l’impression que je viens de tuer la mère de ce jeune homme et de faire fuir à tout jamais sa docte bisaïeule. Il est mal luné, ou super stressé, ou les deux me dis-je.

à suivre...

Par Jazz - Publié dans : tripalium delirium
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Mardi 13 décembre 2005 2 13 /12 /2005 13:48

20 minutes d'attente.

Vingt longues et douloureuses minutes depuis que je suis rentrée dans ce bureau.

Vingt minutes d'attente insoutenables pendant lesquelles des collaborateurs, la mine maussade, le pas pressé, le regard fuyant, évitent tout contact avec moi qui me tient assise dans cette chaise, là, impossible à rater, là, dans le passage qui les oblige à dévier très légèrement de leur route rectiligne d'un bureau à l'autre.
Ils me répondent du bout des lèvres quand, impressionnée par leur manque de politesse et leur méconnaissance du minimum d'interaction requis lorsque quelqu'un se trouve dans les locaux d’une entreprise et que l’on travaille dans une grande agence de com de la place, je leur lance un "bonsoir" sonore. La plupart réagit à mon salut en psalmodiant quelque parole inintelligible, d'autres me forcent à activer mes capteurs de mouvement ultra-sensibles pour détecter un faible hochement de tête, une autre encore ralentit quand elle arrive à côté de mon siège, me regarde de haut en bas, montre une expression difficile à qualifier, entre la surprise, le doute, le mépris et la colère, et esquisse un petit sourire ressemblant étrangement à un tic nerveux ¤un sourire de ceux que lancent les hypocrites qui vous méprisent quand ils vous croisent dans l'ascenseur, avant de reprendre leur air chafouin¤.

Une autre femme passe derrière moi et m'adresse un "bonsoir" inattendu. Je sursaute presque et lui réponds, sans pouvoir masquer ni ma surprise, ni un sourire franc. ¤ un peu de sincérité, de politesse et d’attention dans cet antre froid et peu accueillant du sérieux corporate, ça fait du bien. ¤

La femme au tic passe et repasse et au fur à mesure de ses allées et venus, j’ai l’impression d’être devenue transparente. J'ai un mauvais pressentiment.

La femme au tic hurle à l’attention d’une jeune femme boulotte à l’autre bout du couloir, moi au milieu. TicMadame exige de savoir ce qui ne va pas avec l'imprimante. NOW !

Boulotte flippe, je l'entends, elle ne sait pas, elle va vérifier.

TicMadame réitère sa question, Boulotte lui assure, raide, mal assurée, que tout fonctionne bien, qu'elle a vérifié, en brandissant pour preuve une feuille qu'elle vient d'imprimer.

TicMadame peste et avoue enfin qu'elle s'était trompée, qu'elle avait lancé le document sur l'imprimante couleur et que celle que Boulotte avait inspectée n'était évidemment pas la bonne. Mais elle le dit sur un ton de reproche qui incrimine Boulotte, l'imprimante, ces couillons parents qui ont eu l'idée d'enfanter Boulotte, ce con de fabricant d'imprimantes à la noix, la Terre entière qui complote pour l'empêcher de travailler, mais pas elle-même. Boulotte essaie de garder sa contenance. On sent que ces réprimandes font partie de son quotidien, mais l'habitude ne l'a pas prémunie contre l'usure.

Pfff...
Je me dis que si je travaille dans cette boîte, faudra faire avec Tic Madame et éviter de remplacer Miss Boulotte au poste de souffre-douleur en chef, bureau des Passe-Nerfs.

Les naseaux encore fumants, TicMadame se plante devant moi et…

à suivre...

Par Jazz - Publié dans : tripalium delirium
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Mercredi 14 décembre 2005 3 14 /12 /2005 15:29

TicMadame se plante devant moi et me dit "c'est bon Jazz, on peut y aller".

Je tombe des nues. C’est elle Mademoiselle G, mon rendez-vous de ce soir.
Pas de main serrée, pas de présentation, pas d'excuse pour le retard. Rien.
Elle m’indique la salle de torture et nous verrouille à l’intérieur.

Elle me demande si je préfère parler de moi ou entendre parler de la boîte en premier. D'habitude, je laisse la main, mais là, il me faut trouver des repères, alors, je commence à parler de moi.
Au début, elle arbore un visage de marbre que rien n’attaque. Peut-être pense-t-elle que sourire est un supplice, et que rire entraînerait une mort certaine dans des souffrances indescriptibles.
Ensuite, elle pose des questions de base, prend quelques notes, dodeline légèrement de la tête pour marquer une désapprobation silencieuse mais grandissante. Pas de doute, elle va me tomber dessus à bras raccourcis dans 5… 4… 3… 2…

Comme dit, comme fait : Elle me coupe en plein milieu d’une phrase.

Un coup d’œil à ma montre, l’entretien a commencé il y a à peine 10 minutes.
Elle m'impose le tutoiement. Le verdict tombe : je suis "jolie", "sympa et tout et tout", mais ça ne suffit pas. Je ne connais pas les bases du métier, je ne sais pas faire grand chose, je n'ai pas assez d'expérience, je ne peux rien apporter à leur équipe, je vais me faire "pilonner".Je n'ai guère appris de choses utiles depuis mon entrée sur le marché du travail, mais ce n'est pas trop ma faute parce que je n'ai pas été formée par mon premier employeur. Je ne correspond pas à ce qu'elle cherche. Mais je suis encore jeune et j'ai encore le temps de redresser la barre. Je dois m'estimer heureuse qu'elle me parle franchement et qu'elle me dise ce qu'elle pense de moi parce qu'elle aurait pu juste me faire savoir que mon profil ne correspondait pas, et penser en son for intérieur  "non, mais quelle connassse, elle se prend pour qui". Mais là, elle me fait une fleur. ¤ J’ai tellement de chance que j’ai du mal à m’en rendre compte. ¤

Je suis choquée, anéantie, la-min-née, humiliée.
C’est la première fois de ma vie qu’un entretien se passe aussi mal. C’est la première fois de ma vie qu’un entretien se passe mal d’ailleurs.

Mais je ne vais pas me laisser piétiner sans me battre. Non, non, non.

Je riposte, gentiment. Je lui fait remarquer que même dans le cas hypothétique où j'aurais été d'accord avec elle sur le fait que mon premier employeur ne m’ait pas suffisamment formée, je ne pouvais pas arriver dans un entretien et l'incriminer, comment un recruteur perçoit-il un candidat qui n'hésite pas à cracher sur ceux qui lui ont donné un emploi ? Elle rétorque qu'il y a une manière de le dire. Laquelle ? j'insiste. Elle ne sait pas, mais c'est toujours possible m’assure-t-elle.
Je masque mon envie de briser chacun des os de son petit corps derrière un sourire d’écolière écoutant pieusement sa maîtresse. Je joue à fond le rôle de la fille nulle qui a trop de choses à apprendre pour être embauchable, peut-être parce qu’elle a réussi à me convaincre que je l’étais, mais aussi pour voir jusqu’où elle peut aller dans l’outrage.

Je me montre ainsi avide des conseils de cette grande patronne qui me fait don d’un peu de son temps, et à force de questions, elle est tellement flattée de mon intérêt qu’elle finit par m’apprendre qu’elle a commis des erreurs de recrutement autrefois. Elle me propose même de rencontrer cette jeune femme qu'elle a embauchée, qui a eu le même parcours que moi et qu’elle a du rétrograder très vite parce qu’elle n’avait pas le niveau suffisant…

Elle ouvre une porte, et fait entrer… Boulotte ! TicMadame lui met mon CV sous le nez et lui demande à qui cela lui fait penser. Boulotte hésite, elle a l'air de savoir ce qui l'attend si elle répond mal, elle finit par lâcher : « A moi ? C'est ça ? » comme une gamine qui demande l'approbation de sa maîtresse alors qu'elle déchiffre avec difficulté les syllabes d'un mot nouveau. « Ben oui, à qui d'autre... » lui assène TicMadame avant de lui retirer la feuille des mains. Tic Madame pense que nous avons beaucoup de choses à nous dire et nous laisse discuter seules pendant cinq minutes.


à suivre...

Par Jazz - Publié dans : tripalium delirium
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