Vendredi 19 mai 2006

Reçus un mail et un appel d’une chasseuse de tête.

« Allô » fait la voix très… comment dire…

très « je viens de subir une ablation de la pomme d’Adam ».
Pas de doute, c’est une Walkyrie ! C’est comme ça que je l’imagine.
Vissé sur son crâne perché à deux mètres trente, un casque à cornes d’où descendent de longues tresses blondes. Je distingue sur sa cuirasse quelques éclaboussures de sang appartenant à Xéna ¤ qui avait eu le malheur de faire une faute sur son CV ¤. Faut chier droit avec Madame Walkyrie !

Elle a vu mon CV sur un site d’emploi, elle veut savoir si, si et si.

Oui, je suis toujours en poste.
Oui, je reste ouverte à toute opportunité intéressante.
Yes, I am pretty comfortable in English.

La description du job promet : la Défense, grand groupe, la com’ externe.

J’ai les yeux qui brillent, ah non, ça c’est mon allergie.
Je n’ai guère plus d’espoir en ces appels de chasseurs, qui même s’ils sont flatteurs, me donnent plutôt l’impression que je suis bien sur le papier et nulle en entretien, comme ils n’aboutissent sur rien de concret.

Oui, je sais, je suis impatiente.
Oui, je sais, tout ne fonctionne pas du premier coup.
Oui je sais, « sa ki la pou’w, dlo pa ka chayé’y » (littéralement « l’eau n’emportera pas ce qui t’est destiné », soit un équivalent de « nul n’échappe à son destin »). Si tu savais Maman combien je trouve que cette phrase, bien qu’elle me mette du baume au cœur, sied aux déçus, aux vaincus, aux fatalistes…

Et puis, j’ai arrêté de tirer des plans sur la comète, ce n’est déjà pas mon fort en général, mais là, je n’ai pas envie de m’agripper à un fragile échafaudage d’espoirs, je suis trop lourde, c’est risqué.
Le fait d’avoir déjà un boulot, en CDI s’il vous plaît, me permet aussi de faire la fine bouche ¤ même si cette occasion ne s’est pas encore présentée ¤.

Donc, je ne me fais pas de film. Non, non.

Oui, bon, si, un peu quand même.
Ce job me permettrait de mettre en pratiques d’autres compétences, et de me faire une belle carte de visite, peut-être… Enfin, si ça se trouve, c’est un gros pollueur-pas payeur qui va à l’encontre de tous les principes éthiques de base, en toute impunité.
Mais… le salaire doit être à la hauteur.
Qualifiez-moi de vénale, mais, si les espèces sonnent et trébuchent au fond de ma poche, m’en fout moi de la planète, l’écologie, les pôles qui fondent, et les caniches qui crèvent.
Show me the dough !
Tant que je peux aller vider les stocks du H&M des Quatre-Temps  ¤ c’est pas parce que j’ai davantage les moyens que je vais avoir des goûts de luxe, ho ! ¤ et acheter des pompes, après, la Terre peut s’écrouler, qu’elle me laisse juste le temps de tout porter quand même.
Et puis, notre chère planète étant condamnée, autant ne pas faire d’enfant,  comme ça,  je ne me déforme pas le bide ! C’est du win-win pour moi !

Non, allez, je dis ça, mais je ne suis pas comme ça, vous le savez bien.
¤ enfin, dites-voir combien il est bien payé votre job dans l’entreprise mystère, après, je statuerai sur mes tendances vertes, hein… ¤

Le rendez-vous est pris.
C’est tout à l’heure.

¤ Surtout, ne pas regarder Madame Walkyrie de traviole pour ne pas finir comme Xena... ¤

à suivre...

Mercredi 19 avril 2006
Ce soir, j'ai un nouvel entretien.

Caroline m'a rapelée.
Elle s'est souvenue de moi, de ma bonne humeur, de ma voix. Elle a décidé de me recontacter.

Mais oui oh !
Caroline !
La consultante...
La nana du cabinet de recrutement...
La chasseuse de têtes, quoi.

Ah oui, voilà !
Oui, oui, c'est bien d'elle que je parle.

Donc, Caroline m'apprend qu'il y a un poste à pourvoir dans une agence qui correspondrait à mon profil.
Une toute petite agence.
Mais une agence sympa a-t-on ajouté.
Et puis, basée dans la civilisation ¤ terre rêvée où le dress-code n'impose pas le jogging et les jeans difformes ¤.

Ils cherchent une personne avec qui il est agréable de travailler.

¤ Pendant un moment, j'ai pensé qu'il s'agissait de l'agence de Madame Tigresse, que cette folle avait fini par faire fuir tout le monde autour d'elle et que Caroline avait oublié que mon rendez-vous là-bas s'était mal déroulé.

Mais non, j'ai vérifié.
Pas de Tigresse en vue.
En tout cas, pas celle que j'ai eu l'occasion d'approcher à mes dépens. ¤


Je vous tiendrai au courant...
Jeudi 9 février 2006

Entendu tout à l’heure dans les bureaux des nouvelles recrues de mon ancienne équipe :


- Dis, j’ai un gros doute, là… comment t’écris « tchip » ?
- Hein ? Quoi ?
- « Tchip », comme quand c'est pas cher, bon marché, quoi ? Tu vois ?
- Ah... c’est c.h.e.a.p.p.e.
- C.h.e… a… p.p….e ? T'es sûr ?
- Ah, non, je te raconte des conneries... C'est c.h.e.E.p !
- Avec 2 e ?
- Oui.
- Merci.

Moralité : ne pas demander à quelqu’un comment il écrit un mot, il peut l’orthographier comme il veut, c’est son droit, et vous enduire d’erreur. Non, mieux vaut demander comment ce mot s’écrit, dans les règles de l’art.


J'aurais pu intervenir, hein, leur dire, en étalant ma science à cette occasion, que « cheep », c’est pépier, « sheep » un mouton, « ship » un navire, « chip » une puce électronique, une frite ou un jeton, et « cheap » l’orthographe qu’ils cherchaient.
J’aurais pu leur dire, ne serait-ce parce que je n’aimerais pas qu’on me laisse dans l’obscurité de l’ignorance quand je fais des fautes.

J'ai eu une attitude supa-cheap sur ce coup-là.

Should have, would have, could have…

Mais… Qu’est-ce que je m’en fous de leurs fichues fautes maintenant… Je ne culpabilise même pas…

¤ Bon, d’accord, je culpabilise un peu quand je pense au jour où quelqu’un de bien moins délicat que moi, leur fera comprendre de manière humiliante qu’ils se sont trompés. ¤

 

Mercredi 25 janvier 2006
Ca y est, c'est officiel !

Demain,
j'enlève le haut
je retourne dans mon ancienne équipe,
celle qu'il y a un an, j'avais quittée pour cette décevante et stérile aventure,
qui n'a que trop duré.


Je me rappelle que dans la première équipe, tout allait plutôt bien.
Oui, super bien.

Non, là je cristallise.
Il y avait quand même les fréquentes remarques sexistes que je devais essuyer, et les torticolis que se prenait mon voisin à vouloir mater mon écran à tout prix, comme une bande de geeks adolescents ¤ mais les geeks sortent-ils jamais de cet état ? ¤ devant une forte poitrine féminine/une méga barrette de RAM/une femme fortement bustée qui sait où insérer les barrettes de RAM.


Mais bon, c'est bien, je ne dois pas me plaindre, je vais de nouveau pouvoir travailler pour des gens qui savent que je sais lire et écrire, faire des choses utiles pour la boîte, ajouter quelques lignes à mon CV, bref avoir l'impression que je ne perds pas ni les capacités mentales ni le temps qu'il me reste suite au gaspillage de 2005.

Je suis heureuse de bouger un peu.
Oui, ravie, même si je me pose toujours des questions sur mon futur dans cette entreprise : je suis toute seule, sans réel budget, sans aucune perspective d'évolution, mon seul espoir résidant dans la maigre ¤ pour ne pas dire carrément rachitique, même si la boîte va vraiment mieux maintenant ¤ possibilité de gratouiller une toute petite prime en fin d'année... prochaine !


Non, mais je suis contente quand même, hein. Faut pas croire !
[petit rire faux]
J'ai un boulot, c'est déjà bien, non ?

Et puis, j'aurai de vraies missions, avec davantage de sens, plus de résultats à la clé, mais moins de temps pour la blogosphère malheureusement.

Bummer !

Bon allez, je vais me téléporter chez moi, c'est l'un peut-être le dernier soir où je pourrai rentrer si tôt à la maison. [grand soupir d'insatisfaction]
Mardi 24 janvier 2006

Toi, lectrice assidue ou lecteur fidèle, qui as suivi la série des Entretiens, entrechiens, tu sais que j'avais fini par me faire une raison et que j'avais réussi, presque, parvenue à me persuader que je pouvais trouver un poste me permettant d'utiliser davantage la diversité de mes talents ¤ méthode Couet ¤ et d'ajouter une ou deux cordes vibrantes à mon arc.


J'ai tenté de remplumer ma dignidad laboral certainement par dépit de ne pas avoir été appelée comme prévu la semaine dernière, au point que j'ai élaboré une théorie pour tromper mon impatience, mais aussi par envie de faire autre chose de ma vie professionnelle.

Le dernier numéro de A Nous Paris II sur les wedding planners m'a rappelé que  ce boulot m'attire beaucoup, qui, même s'il n'est finalement que de l'événementiel au service des particuliers, consiste quand même à réaliser encore et encore les rêves de gens qui s'aiment. Ca, c'est impayable !
Enfin, si justement, ça se paie et ça se paie cher.

Hier, j'ai quand même appelé Caroline, histoire d'en avoir le cœur net, qui m'a assuré qu'elle ne m'avait pas oubliée mais que l'agence était toujours en train de voir d'autres candidats ¤ aïe ! ¤ parce qu'il était possible qu'ils aient à recruter plus de monde que ce qu'ils avaient initialement prévu, à cause de « changements inattendus » ¤ en langage de consultant/agence, ça veut clairement dire « départs d'employés qu’on pensait garder encore trois ans » et/ou « arrivée massive de clients qui demandent beaucoup d’attentions », ce qui, dans les deux cas, est positif pour moi ¤.


Donc, j’arrête la paranoïa, je respire calmement, mais je continue ma recherche de boulot, tout en approfondissant la réflexion sur ce que je voudrais faire si je n’étais plus dans la comm’.

_ à suivre _

Jeudi 19 janvier 2006
Je viens de refaire un tour sur Monster, à la recherche du futur job de mes rêves.
La consultation de mon CV est montée en flèche.
J'espère juste que personne ne va m'appeler pour m'offrir un poste de commerciale en produits financiers, comme celà s'est produit il y a deux semaines.

Moi ? En train de fourguer des assurances vie, des SICAV, des OPCVM, placer des PEA, en tailleur pantalon strict alors que je ne vais même pas regarder mon compte en ligne ?

La perspective de devoir exposer les avantages croisés de tels ou tels placements, ou la meilleure solution d'investissement défiscalisé me crispe. Je sens monter la crise de spasmophilie...

Peuxx pl us  é c ri
               
           r
                    
       e
    
                        e
                             e
                              e

Argh ! C't'angoisse !

Vite ! Il fallait trouver un moyen de dire à cette bonne femme qui devait considérer son boulot comme un sacerdoce absolu en dehors duquel point de salut, et réverer son patron comme une sorte de Dieu vivant à qui elle consacre un petit autel qu'elle illumine en prière chaque jour ouvré ¤
j'en ai connu quelques-unes des dames comme ça, secrétaires particulières, assitantes de direction, je les reconnais assez vite au téléphone ¤.

Mais comment refuser poliment un entretien quand on est clairement en recherche active d'un autre boulot sans passer pour un pimbêche ?

- Merci mais non merci. Non, voyez, je n'en voudrais pour rien au monde de votre job de cul serré.
Trop direct.

- Heu, c'est à dire que j'ai trouvé un nouvel emploi. Merci.
Mais je continue à mettre mon CV à jour et bien en vue sur le site ? Non.

- Je suis très honorée par votre appel, mais je ne pense pas être à la hauteur d'un tel poste dans cette branche qui demande des expertises très pointues dont je manque cruellement.
Trop servile.

- Je ne suis pas intéressée pour le moment
par une carrière dans ce secteur. Merci bien !
Pimbêche, pimbêche, pimbêche !

Comme je ne trouvais rien de mieux à dire, j'ai accepté ce fichu rendez-vous.
Et deux jours avant la date convenue, j'ai notifié dans un e-mail, que dis-je, un modèle de contrition sous forme électronique, l'impossibilité
dans laquelle je me trouvais, fort malheureusement, de me présenter au rendez-vous pour des raisons d'éloignement ¤ ce qui, du reste, n'est qu'un demi-mensonge, car si je ne suis pas en dehors de l'Hexagone, je suis néanmoins à mille lieues de vouloir connaître l'évolution des TEG par coeur ¤.

Non, mais ho ! Comme je l'ai entendu une fois dans les couloirs, faut pas envoyer mèmère dans les cactus.
Mercredi 18 janvier 2006

J’ai cru comprendre que pour le poste que je brigue, j’étais en concurrence avec deux autres candidats.

A l’heure qu’il est, si tout le processus de délibérations s’est bien déroulé hier, je devrais déjà avoir reçu des nouvelles, bonnes ou mauvaises, non ?

Pas si sûr.
En effet, j’ai développé une théorie, que je vais vous exposer.


 

__Théorie__

Si j’étais par exemple, après examen approfondi des trois candidatures en lice, arrivée en seconde position ¤ permettez-moi de me placer en qualité de dauphine, la perspective d’être la moins bien des trois me déprime, et puis, merde, c’est ma théorie, oui ou zut ? Alors, on lit avec attention et on endort son sens critique un moment, OK ? Gentil lecteur ! ¤, c’est au vainqueur que l’on fait l’honneur du premier coup de fil, et ce pour plusieurs raisons : le féliciter, lui proposer le job et fixer la date à laquelle il donnera sa réponse définitive. S’il est si bien que ça, en effet, les offres d’emploi alléchantes doivent pleuvoir en grêle épaisse sur son crâne bien rempli, et on doit par conséquent lui laisser le temps de considérer ses multiples options avant que son choix ne soit arrêté.

Il y a donc bien un risque qu’il refuse le poste que je convoite auquel cas, l’entreprise, ne souhaitant pas griller toutes ses cartes, doit ménager le candidat n°2, soit moi.

Imaginez-vous que le candidat n°1 décline l’offre et que le n°2, moi, ait déjà été prévenue que je n’étais pas assez bonne pour l’emploi ? Inutile de vous dire que personne ne serait fier de rappeler n°2, moi, pour la faire passer de sa qualité d’éconduite à celle de « finalement, comme l’autre s’est désisté pour un meilleur salaire dans une boîte tellement bien que tu pourras jamais y bosser ma vieille, on veut bien te prendre », et bien folle ¤ ou totalement dénuée de confiance en soi, ou au chômage depuis trop longtemps, ou dangereusement endettée, ou tout ça à la fois ¤ serait la personne qui accepterait d’être le pis-aller, la solution de repli, le second choix, the next best-thing.

 

Pour éviter de se rabattre sur le dernier clampin dans le classement, pas moi, l’entreprise doit avoir une tactique plus fine. Elle consiste à appeler le premier choix, lui fixer un délai de réponse aussi court que possible, et ne signifier aux deux rejets candidats malheureux leur échec qu’une fois l’acceptation du poste par ce con de candidat parfait, toujours pas moi, totalement acquise. Dans le cas où ce crétin décide de cracher dans la bonne soupe qu’on lui présente et de laisser leur chance à des gens comme moi, l’entreprise peut appeler le choix n°2, moi, sans porter atteinte à son ego boursouflé, et recommencer le petit manège, c’est-à-dire imposer un délai de réponse court comme un claquement de doigt afin de ménager à son tour le candidat n°3, parce que rien ne dit que n°2 voudra bien travailler avec des gens qui font durer autant le suspense et préfèrent de loin, ça se voit trop, le candidat n°1…

Bon, j’espère que vous m’avez suivie dans les méandres de ce raisonnement simplifié à l’extrême pour les besoins de l’exposé ¤ j’adore cette expression ¤.

 

Si vous n’avez pas compris, pas de panique, respirez, prenez une tasse de thé, et relisez le tout, phrase par phrase en prenant des notes. Vous pouvez le faire.

 

¤ Bon, j’arrête de vous prendre pour des cons capables de suspendre leur sens critique sur commande, à ce propos, si vous l’aviez vraiment interrompu, c’est le moment de le remettre en marche… Merci !¤

Voilà.

Avant de répondre à vos questions, je vois un monsieur qui s'agite dans le fond, ne vous inquiétez pas, on va vous passer un micro, je tiens à préciser qu'il ne s’agit là que d’une théorie basée sur un peu de bon sens, de la logique, et une savante observation des comportements humains.

Bon, OK. Non, à la vérité, c’est juste le fruit de la réflexion d’une fille flippée et impatiente qui cherche à rationaliser son attente.

 

Il est déjà plus de 15h00.
Toujours pas de coup de fil.
Je finis par croire que je suis le numéro 3.

Mercredi 18 janvier 2006

L’un de mes patrons, que je surnomme Bud en référence à Bud Spencer ¤ c’est son sosie, et comme si ça ne suffisait pas, il est flanqué d’un acolyte que je me plais à appeler Terence et qui, vous l’aurez deviné, est un grand blond aux yeux clairs ¤ entre dans le bureau et bifurque tout de suite vers la gauche pour se diriger droit vers moi. Plusieurs possibilités. En général il vient me voir pour

-         me réclamer pour la douzième fois en une heure le numéro de l’agence de communication que je lui ai déjà noté sur une nuée de post-it, envoyé par e-mail, fait apprendre par cœur ¤ un jour, je vais lui faire mettre un piercing à l’arcade sourcilière avec une petite chaîne au bout de laquelle pendra un petit miroir de courtoisie grâce auquel il pourra déchiffrer ce fichu numéro que je lui aurait fait tatouer à l’envers sur le front ¤ avant de se rétracter et de me demander d’appeler moi-même l’agence pour demander de deviser son énième fantaisie de la journée qu’il aura oubliée aussi vite que l’idée lui est venue ; exemple : « ça coûte combien de faire réimprimer pour demain ¤ samedi 14 juillet ¤ midi ¤ en un milliard quatre cent vingt-neuf exemplaires ¤ une plaquette librement inspirée du document officiel ¤ comprendre « qui est bourrée de faute et n’a plus rien à voir avec l’original » ¤, en gris et rouge ¤ tons totalement à l’opposé de ceux qui sont définis dans la p*tain de charte graphique de référence ¤ ? »

-         me poser une de ces questions dont la réponse est invariablement « dans l’Intranet, comme il se doit ».

-         me taxer des sous pour s’acheter un sandwich au foie gras / faire le plein de sa moto de riche / rembourser Roland qui lui a payé trois cafés, deux sodas et un thé à la menthe.[rayer les mentions inutiles]

-         me filer une tâche sans que ni la personne qui en est l’unique responsable désigné depuis le début, ni moi qui avance à l’aveuglette et qui vais me faire engueuler par la personne sus-citée, ne soit au courant du travail de l’autre, ¤ on appelle ça aussi « foutre la merde et se barrer en courant » ¤

-         me montrer sa dernière acquisition au nom de l’entreprise ; exemple : une série de dessins originaux certes beaux, mais hors de prix ¤ surtout quand le budget flirte avec les centimes d’euros ¤ , qu’il a commandé à un de ses amis, sans en parler à quiconque.

 

Il approche…

-         Salut

-         Re !

-         Dis-moi, doucereux, tu aurais du temps cet après-midi ?


Oh, quel ange, il veut juste savoir si j’ai du temps… Prudence, tout de même.


-         Ca dépend pour quoi.

-         Pour le site web.

-         Ah oui ? ¤ il sait qu’il y a un site web ? ¤

-         Voilà, j’ai besoin que tu me dises comment je peux faire pour apporter ma contribution… Tu sais taper directement dans le bidule ¤ comprendre « code html » ¤, toi ?

-         Non ¤ demi-mensonge : bien que n’ayant pas encore suivi ma formation html, je sais très bien entre quelles balises il faut introduire du texte à ajouter… ¤, de toutes les façons, c’est Reynald qui a la mainmise sur le site, tout doit passer par lui.

-         Ah, d’accord. Comment je fais alors ?

-         Il suffit de taper tes textes ¤ tu sais, ceux qu’on te réclames depuis trois -- que dis-je ?--  sept mois et que toi seul est en mesure d’écrire parce que tu fais de la rétention d’info comme un dingue ? ¤ dans Word ou Wordpad et de lui envoyer.

-         Ah, oui, mais j’ai horreur de travailler seul. ¤ première nouvelle : il travaille !?¤

-         Ah oui, mais moi, j’ai horreur de travailler à plusieurs quand on pourrait travailler tout seul, que ça irait plus vite pour tout le monde et que ça me permettrait de travailler à autre chose. Mais ce n'est que mon opinion, et je ne sais pas si elle compte, après tout.

-        

-         C’est pour la partie fournisseurs ?

-         Heu…

 

Devant l’inhabituel manque de répartie de mon interlocuteur dont le teint s’est brouillé tout soudain ¤ serait-ce en réaction à mon imprévisible et candide mais néanmoins franche et brute déclaration ? Le pauvre… ¤, je continue mon boulot, l’air de rien, sans un regard pour lui. Après une bonne minute de silence ¤ si on ne compte pas les chuchotements et ricanements de mon collègue toujours prêt à soutenir les initiatives visant à déboulonner le patronnat ¤, la contemplation d’un air absorbé de mon écran et la célébration intérieure de ma phrase assassine sous des airs anodins m’avaient fait oublier la présence de Bud.
Interrompant sa respiration si proche du ronflement, il reprend enfin :

 

-         Ben, ça serait pour remplir la partie « devenir fournisseur ».

-         C’est déjà fait, lui ai-je assuré en lui montrant la page remplie du site.

-         Bon, pour la partie « avantages », c’est du blabla à faire, pas trop difficile.

-         ¤ silence dubitatif ¤

-         Et puis pour…

-         Tu parles des tarifs qui sont intégrés depuis une semaine ?

-         Ah, d’accord, c’est fait. Et puis…

-         Ouiiiiii ?

-         Non, c’est bon, je vais me débrouiller, donc, dans Word, hein ?

-         Oui.

-          Heu… c’est quoi l’adresse du site ? ¤ il ne connaît pas non plus l’adresse du site, faisant une ultime injure à l’équipe qui travaille dessus depuis des mois et dont il est censé faire partie… ¤

-         http://12xrt.35, c’est en local, tu ne peux y avoir accès que si tu te connectes depuis le bureau. ¤ on lui a déjà dit vingt fois, mais il serait fichu de me rappeler de chez lui en pleurnichant « comment ça s'fait que [Terence] peut voir le site, lui depuis le boulot, et moi, ça marche pas ici ? je comprends pas… » ¤

 

Il voulait que je tape, comme je l’ai déjà fait tant trop de fois, sous sa dictée un document verbeux, incompréhensible, mal tourné qu’il aurait très bien pu se farcir tout seul s’il ne se faisait pas passer pour un handicapé de Word et s’il comprenait que « chargé de communication » ce n’est pas ¤ toujours ¤ un nom techniciennedesurfacisé qui signifie en fait « ma secrétaire personnelle » ou « mon esclave du clavier qui corrige les fautes et rend mes phrases intelligibles » ou encore « nana qui n’a rien d’autre à faire qu’être à ta disposition ».

Bon, d’accord, mon boulot ressemble tragiquement, de plus en plus, à du secrétariat de base qu’à de la communication, mais parfois, je n’en peux plus qu’on m’« oublie » commodément et de manière quasi-systématique sur tous les projets de comm’ et qu’on m’appelle pour la moindre pétouille de rangement de dossiers, de recensement de cartes de visite restantes, ou autres conneries dont je ne suis pas responsable et dont je n’ai, que cela soit dit, plutôt rien à battre.

 

¡ Hoy, no estoy para bromas !

 

 

_________________________________________________

* « La mère Jazz est de mauvais poil ! »

En 4ème ou était-ce en 3ème, nous avions étudié un texte intitulé : « Mamá Elena no está para bromas ». C’était un extrait du livre Les Epices de la Passion [titre orignial : Como Agua para Chocolate] de Laura Esquivel, adapté au cinéma dans une œuvre éponyme par son mari, le réalisateur Alfonso Arau. L’histoire se déroule pendant la révolution mexicaine, dans une famille où la benjamine doit, comme il était de coutume à l’époque rester célibataire pour s’occuper de la mamá. Je n’ai pas lu le bouquin, mis à part ce texte au collège, mais je garde un très bon souvenir du film qui était tour à tour drôle et triste et donnait envie de faire la cuisine et l'amour.
Mardi 17 janvier 2006
Je suis cool. Relasque.
Attitude je suis décontractée. Mèche souple façon Elnett. Sourire en coin.
Respiration ventrale ample et régulière.


Le stress, je lui dis NON.
Je gère, tranquille.

Je masterise en toute situation, total control.

Drrriiiiing, mon mobile sonne ?
Ah ha...
Je jette un oeil distrait à l'écran, je décroche d'un geste nonchalant, et ma voix super détendue accueille mon correspondant avec un allô chantant.


Ce n'est pas comme si j'attendais, fébrile, crispée, anxieuse, le résultat des délibérations qui ont lieu aujourd'hui même.


De toutes les façons, Caroline m'a promis une réponse ce jour ou demain, au pire.
Je préfère tabler sur demain au mieux, vendredi, ou carrément lundi.
Pas de pression.

Je garde mon sang-froid, il est tellement froid mon sang, que, à côté de moi, un crapaud mort et congelé à l'air aussi caliente qu'un salsero cubain sous Viagra.


Cool, relasque, je vous dis.



¤ Ouais, en apparence... ¤

à suivre...
Vendredi 13 janvier 2006

Mes hormones de travail me travaillent.

Mon chéri hier m’a dit : « mais tu fais une jolie carrière quand même ; à ton âge, regarde tout ce que tu as déjà fait… ». Bien tenté petit brun, c’est gentil et tout, mais moi, ça ne me va pas.

Je crève de n’avoir encore rien fait et plus ça va, plus j'ai la certitude que mon potentiel ¤ ce fabuleux univers des possibles autrefois si vaste et si dense ¤, contrairement aux piles Wonder, s’use si l’on ne s’en sert. Dans quelques années, je serai peut-être bien incapable de trouver mes mots.
La crise.
Horreur ultime.
Santé mentale anéantie.
Comment dit-on déjà ? A mince, voilà, ça commence.

Si ça continue comme ça, dans une demi-douzaine d'années, pas plus, je serai devenue la réplique ¤ en plus jolie quand même, laissez-moi au moins ça ¤ de mon ancienne chef et mentor en négatif , celle qui m’a appris tout ce qu’il ne fallait pas faire, qui ressortait toujours les mêmes fausses bonnes idées poussiéreuses nées dans les heures lointaines qui l’entendaient encore dire des choses sensées, ¤ à l'époque, Eddy Barclay ne devait pas encore avoir l'air vieux, c'est dire... ¤.

Tic.
Tac.
Tic.
Tac.

La trotteuse, impassible égoïste qui doit toujours être à l’heure et c’est tant pis pour les retardataires, continue ses tours de cadran et moi, je croupis ici, au point que je finis par sentir le moisi.

J’ai l’impression de m’épuiser à vouloir sortir le cou de la cangue et je m’essouffle.

 

Ce week-end, même s'il ne pleut pas, je mettrai mes chouettes bottes à petites fleurs, en caoutchouc gansé de velours rose. Ca me remontera le moral.
 
 
créer un photo blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus