Je me suis (enfin) mise au tricot.
Après avoir confectionné une écharpe assortie à des mitaines en grosse laine bleue verte et violette, je tricote en même temps un pull noir très simple pour mon chéri et une autre écharpe dans les tons rouge et cassis pour ma personne.
J'ai passé des entretiens pour travailler ailleurs que dans ma banlieue sordide, toujours dans la communication.
- l'un, au téléphone s'est très bien déroulé, mais j'attends qu'on me donne une date pour le face-à-face qui m'a été promis. ¤ ma naïveté me surprend ¤
- un autre n'a pas abouti car j'ai reçu la fameuse lettre qui fait
"Nous vous remercions de l'intérêt que vous portez à notre entreprise, blabla... malgré la qualité de votre candidature... blabla après examination de votre dossier... blabla... avons le regret..." ¤ vous en connaissez tous peu ou prou la teneur.¤
deux jours à peine après que le lâche qui m'a reçue en entretien a préféré me laisser entendre que mon dossier était en "stand-by conjoncturel". M'en fous, il paraît que ce sont des vireurs de femmes enceintes et des suceurs de moelle.
- un autre encore fera date dans mon histoire des entretiens professionnels comme le pire à ce jour. Retard non excusé, incapacité à argumenter de manière cohérente, grossièreté, commentaires déplacés, incitation au mensonge, et j'en oublie. Bien entendu, ce n'est pas moi qui ai commis toutes ces fautes, mais l'employeur potentiel. Oui !
OK, c'était presque couru d'avance, je n'avais pas le job. Mais même si j'avais été prise avec un salaire de folie, une manucure hebdomadaire, trois assistants personnels choisis parmi mes anciens patrons, une privatisation des lieux de culture que je souhaite fréquenter, un jus de fruits frais chaque matin, des pauses de 120 minutes toutes les trois heures, une super mutuelle qui rembourse l'ostéopathie, la carte de membre VIP qui ouvre tous les greens du monde et une place au board d'ici 2 ans, un golden parachute tellement énorme gros qu'en le déployant ça fera une éclipse... ben j'aurais refusé ¤ et ce n'est pas dire qu'elles sont trop vertes, croyez-moi ¤.
Ma mère est venue de Guadeloupe pour voir ses enfants chéris.
Une semaine en Belgique avec mon frère, l'autre chez mes tantes, et 1 jour et demi avec moi.
Frictions, stress et froncements de sourcils. J'aurais aimé que nos rapports soient un peu moins tendus.
Mais voilà, il parait que même après l'adolescence, les rapports avec les parents changent. ¤ c'est Célia qui le dit ¤
Il paraît même que, en temps normal, ce n'est déjà pas facile.
Mais alors, imaginez ce que c'est pour moi qui suis séparée d'eux par un océan, 7000 et quelques kilomètres, que nous ne nous voyons pas souvent, que ma mère a l'impression que je suis devenue méconnaissable, et que le lien avec mon père est ténu pour ne pas dire tellement effilochéqu'il menace de se rompre à tout moment. Je ne l'ai même pas appelé pour son anniversaire. Il m'en voudra. Il a du être un peu triste quand même. Tant pis, il saura ce que ça fait. Y'en a marre de faire des efforts.
Je me dis que malgré tout, j'ai bien de la chance.
Mon sort n'est pas vraiment à plaindre. Mais parfois, ça fait juste du bien de traiter cette vie de chienne.
« Tiens si on est reconnu coupable, ça veut dire qu'on peut être coupé ! »
La peine de mort n'a été abolie qu'en 1981 en France.
Avant, non content de tuer des êtres humains (alors qu'on leur reporchait parfois d'avoir eux-mêmes tué), on se servait encore de la guillotine.
Mais finalement, c'est peut-être moins "pire" que les moyens utilisés aujourd'hui encore, Outre-Atlantique par exemple.
Petite précision tout de même, l'ensemble qui soutient la lame de la Veuve s'appelle le mouton-couperet.
Quelle ironie...
Parfois, j'entends parler de crimes horribles. Là, j'avoue, je me dis que la peine de mort ce n'est peut-être pas si mal pour certains cas.
Et puis, je réfléchis et je me dis que donner la mort ne peut pas être une solution. Et je suis heureuse que dans mon pays au moins, on ne puisse plus exécuter légalement quelqu'un.
Heureusement, l'Humanité sait porter autre chose que la connerie et la folie destructrices, et je remercie ceux qui ont mené ce combat contre l'ignominie, l'insensé et le honteux.
Imaginez :
Votre corps nexiste plus. Vous nêtes plus qune grosse tête.
Votre moitié droite est dans une pièce remplie dune horde denfants hyperactifs de nature, shootés au coca sur-caféiné, ayant sniffé des kilomètres de ligne de sucreries, contre lesquels vous ne pouvez rien faire et comme par hasard, vous avez oublié la Ritaline dont vous ne vous séparez jamais. Ils tentent de vous gruyèriser avec un entêtement certain sur le haut et sur votre tempe, avec des marteaux-piqueurs grandeur nature, lun deux veut vous sortir lil de lorbite avec ses petits doigts boudinés mais puissants, un autre passe la main par votre bouche pour vous presser le citron sans merci, vous broyant la mâchoire au passage, enfin, un dernier vous tape avec une réglette en fer observant la régularité dun métronome imaginaire, sur un rythme lancinant, vous savez quand le prochain coup arrivera, vous pouvez vous y préparer mais la force de limpact vous surprend toujours. Vous avez la certitude que ces petits monstres ne sarrêteront jamais, quils auront votre peau. Vous seriez capable davouer des crimes que vous navez pas commis si cela pouvait vous soulager. Vous réclamez leuthanasie maintenant tout de suite.
Pendant ce temps, lautre hémisphère est dans un jardin zen en pleine méditation. Rien ne latteint, rien ne lémeut.
La douleur à droite est horrible, le contraste la rend plus aiguë.
Je viens de décrire une de mes migraines.
Jen souffre depuis longtemps.
Un jour, le médecin ma demandé si mon inquiétude quant à lavenir du mariage de mes parents nétait pas à lorigine de mes céphalées. Fiat lux.
Je devais me protéger de cette histoire qui était la leur et ne pas me laisser happer. Même dans les pires moments.
Et puis jai suivi un traitement anti-migraine pendant près de deux ans.
Pendant des années, mes migraines mont laissée tranquille.
Je les maîtrisais. Au premier signe avant-coureur -- un il fatigué, un léger picotement dans le crâne -- je fermais les yeux, respirait tranquillement, vidait ma tête et mes ennemies se faisaient la malle.
Ca marchait bien jusqu'à...
à suivre...
Depuis quelques temps, elles reviennent.
Périodiquement.
Mes techniques de relaxation ny font rien. NADA.
Je souffre peut-être de migraines pré-menstruelles.
Je fais part de ma théorie au Loup qui y réfléchit cinq millièmes de seconde et déclare : « carrément ! » € pour avoir une idée du ton avec lequel il a prononcé ça, imaginez Archimède sous Prozac, dans son bain, disant « Eurêka ! On a trouvé la raison de tes maux. Trop cool ! » €
Nous sommes daccord : elles reviennent tous les mois.
Il paraît que Serena Williams souffrait des mêmes symptômes et quelle fait maintenant de la pub pour un médoc sensas.
€ Si ça atteint aussi des tenniswomen à l'hygiène de vie impeccable, le fait que j'aie arrêté le sport n'est peut-être pas à mettre en cause. Ouais ! €
Pourtant, même en plein milieu de cycle, il marrive davoir dautres migraines incontrôlables.
Hier, une autre sest abattue sur moi.
Comme je ne pouvais pas déranger Serena en plein entraînement, je me suis dit qu'il fallait que j'aille faire un tour sur des forums de migraineux...
Et puis non, tout compte fait... € Ca doit être quand même bien prise de tête... Que des gens aigris qui causent de leur maux de caboche, en fixant un écran lumineux, c'est du masochisme, je sais. J'imagine le nom des topics : "achevez-moi je vous en supllie", "encéphalectomie, mon amie" "trucs à faire avec un seul hémisphère ?", "Prochaine tournoi en salle de l'AMJETEF (Association des Migraineux Joueurs d'Echecs de Tremblay-en-France", etc. €
Je finis par me renseigner simplement sur le net en évitant tout forum et tombe ce paragraphe :
Une crise de migraine ne survient pas dun seul coup. Divers catalyseurs saccumulent, souvent pendant des jours. Les facteurs déclencheurs sont par exemple le stress, les émotions fortes, une fatigue excessive, un sentiment dimpuissance face à des situations difficiles. Pour certaines personnes, la migraine est une maladie typiquement psychosomatique.
Sentiment dimpuissance. Tiens. Encore...
à suivre...
Sentiment d'impuissance. C'est tout moi, ça. ¤ Je suis contente de ne pas ête un mec... ¤
Pourtant, en ce moment, tout va bien dans ma vie.
Si ce n'est que...
Ma meilleure amie Viv a fait un « accident » de voiture après une énième grosse dispute avec son connard de mari qui venait de la quitter et envisageait le divorce, elle a évoqué maintes fois le suicide et se joue des questions des psy qu’elle a vus rapidement parce qu’elle refuse leur aide.
Ca m’énerve.
Elle l’aime, son époux, même s’il la traite comme de la merde, même s’il lui dit qu’il ne l’aime plus, même s’il ne fait plus attention à elle depuis longtemps, trop occupé qu’il est à créer des stratégies intergalactiques pour prendre d’assaut la forteresse de l’équipe ennemie dans un de ces jeux en ligne. Massivement multi-joueurs qu’ils disent. Massivement péteur d’ovaires, oui.
Elle n’a pas 28 ans et pense que sa vie est finie. Elle s’en veut et ne sait pas où elle a péché.
J’en ai marre de l’entendre le supplier de revenir, il continuera à faire de sa vie un enfer. Je ne peux pas supporter ça.
Je la connais depuis 13 ans, la moitié de ma vie.
La dernière fois que je l’ai vu, il y a une semaine, je l’ai envoyée sur les roses, en lui faisant un bras d’honneur ¤ mon tout premier ¤ en lui disant « Tu ne peux pas exiger ça de moi, c’est au-dessus de mes forces. Tu veux mourir, te suicider et que je reste là à cautionner tes délires ? Très bien. crève, je m’en fous, si c’est ce que tu veux, crève, la gueule ouverte, je m’en tape. »
J’ai évité tout contact avec elle depuis.
Hier, elle m’a envoyé un SMS. Elle était donc toujours en vie. Je ne lui ai pas répondu.
Je vais lui envoyer un mail dans lequel je lui demanderai de se faire aider par un professionnel parce que moi, je ne peux pas. Je ne peux plus.
Mon autre meilleure amie ¤ promis, je n’en ai que deux ¤, Célia, vient de se faire hospitaliser pour soulager, à grosses et vaines doses de morphine, la douleur que lui provoque une maladie incurable. Elle a 31 ans, elle va devoir vivre le reste de ses jours avec cette peste qui lui raidit les articulations petit à petit irrémédiablement. Elle souffre d’une forme de polyarthrite, à laquelle son compagnon ne croit qu’à peine, malgré les résultats des examens médicaux. Il est indécis, mou, traumatisé par des parents trop pesants, une sœur trop autoritaire, un frère dont il est jaloux, et agit comme s’il était indifférent, insensible à son calvaire. Il se « protège » dit-il. Croit-il que c’est contagieux ?
¤ Je me demande si en me protégeant de l’influence de l’histoire de mes parents sur mon état physique, je semblais aussi froide et en dehors de tout, étrangère à tout. ¤
Elle perd son énergie à essayer de lui faire comprendre qu’elle a mal, qu’elle a besoin de son soutien, pas de son indifférence, ni de son déni ou de ses fuites en avant.
Hier, je me disais :
« Je ne peux rien faire pour elles. »
Aujourd’hui, je me dis :
« Je ne peux rien faire pour elles. »
Hier, sentiment d’impuissance. Aujourd’hui, prise de conscience.
Je sais qu’elles doivent prendre leur vie en main. Elles seules le peuvent.
Je ne peux et ne vais rien faire de plus.
Ce sont leurs décisions, leurs choix.
Je ne peux pas régler leur vie à leur place.
Je peux être une amie, être là, les aider, ça oui, mais je dois arrêter de me dire que je vais me charger de tout et tout arranger.
¤ Je crois que cette attitude m'aidera à combattre mes migraines mieux que le Relpax, l'Ibuprofène et le paracétamol, non ? ¤
_fin_



