Vendredi 14 avril 2006
J’attends un enfant, parfaitement.
Ou plutôt un enfant m’attend…
Heu non, disons plutôt que je vais avoir un enfant… à suivre.

Oui, bon, j’en vois déjà un qui saute de joie là-bas à l’Ouest, mais ce n’est pas ce que vous croyez.
Non, non, La flote, je n’ai pas opté pour l’adoption non plus.
Le vol d’enfants ? Non mais oh ! Ca va pas ? ¤ sauf si quelqu’un me retrouve le bébé excessivement mignon de la pub Benetton de Noël 2005, là, j’dis pas...¤

Non, non.
Rien de tout cela.

Je vais pouvoir épauler un gamin dans le cadre d’un programme d’aide aux enfants en difficulté scolaire.

Longtemps j’ai trouvé cette lutte contre l’échec scolaire absurde. Attention ! Attendez, le principe ne me gênait pas, bien au contraire, je savais que des enfants avaient du mal à l’école et qu’il fallait les aider, mais, formation oblige, la manière de le dire me faisait tiquer un peu.
A quoi bon appuyer sur le mot « échec », comme si le vivre ne suffisait pas ? « Lutte pour la réussite scolaire », « visons le 20/20 », « en route pour le tableau d’honneur », « l’école du succès ».  Restons positifs, zut !

Les mots, les concepts, les mots, les concepts, les mots…
Tous ces bons sentiments sur le papier, ça rendrait presque la réalité plus acceptable, mais finalement, dans la vraie vie des gens, il y a des enfants en situation d’échec scolaire, des vrais, pas des gamins-slogans.
Des enfants qui rament, qui souffrent, qui galèrent, et qui souvent ils décrochent.
Et pour eux, l’école n’est pas du tout un des temples du savoir, ce n’est  plus qu’un lieu de pénitence, une source de déception et de découragement.
Si vous ajoutez à ça des camarades qui se moquent, des parents qui rabâchent « ne finis pas comme nous », les attraits de l’école buissonnière, et des profs qui n’ont pas toujours le temps de régler tous les cas dans des classes surchargées et turbulentes…

Alors, aux chiottes le
politically correct !
A quoi servent les tournures positives si on n’agit pas après avoir dit ?
Agir, oui, j’en avais l’envie, mais pas le temps, me répétais-je.
Sauf que, du temps, j’en aurai moins encore quand nous aurons des louveteaux dansants ¤ Loup + Jazz, réfléchissez, quoi… ¤, si je change de boulot, si nous déménageons, si et si…

Après des années à nourrir des excuses, j’ai juste décidé un jour qu’elles étaient caduques.
Il me fallait FAIRE et j’ai commencé par un coup de téléphone.

L’association dont je fais maintenant partie permet de faire suivre des enfants en difficulté issus de familles qui n’ont ni les moyens de les aider elles-mêmes, ni ceux de payer un étudiant, un professeur particulier, ou un service d’aide aux devoirs traditionnel. Ce sont souvent les profs ou les assistantes sociales qui les oriente vers ce type d’associations.
Chaque enfant bénéficie donc du soutien d’un bénévole (toujours le même), au moins une heure par semaine, à son domicile, pour l’aider à surmonter ses difficultés, à comprendre, à apprendre.
L’association demande à la famille 20 € par an et par enfant, ce qui constitue souvent un petit sacrifice. L’action est bien entendu menée en accord avec l’enfant et sa famille, et souvent le bénévole va rendre visite à l’instit’ de l’enfant qu’il suit, et implique la famille aussi dans le processus.
C’est l’une des choses, en plus du faite qu’elle soit apolitique et non-confessionnelle, qui m’ont plu dans cette association.
L’autre jour, j’ai reçu un e-mail de la responsable de l’antenne dont je dépens. Elle avait trouvé, parmi les nombreuses familles en attente de bénévoles, un enfant pour moi. C’est un garçon qui est au primaire.

Je suis impatiente de le rencontrer et de commencer à travailler avec lui.

Si vous avez un peu de temps ou que vous pouvez en trouver, que vous pouvez aider un enfant du primaire, du collège ou du lycée, il y a tout un tas d’associations qui n’attendent que vous. Les bénévoles manquent, pas les gens à aider. Sinon, vous pouvez filer des sous. C'est bien aussi.

Un site pour vous aider à trouver une association qui vous convient, près de chez vous : http://www.espacebenevolat.org



¤ si vous voulez en savoir plus sur la mienne, l’ESA (Entraide Scolaire Amicale), c’est ici. ¤
Lundi 3 avril 2006
Vu ce matin
- une dizaine de paires de bottes, des moches, des belles, des entre-les-deux,
- un homme qui enterrait son crachat sous les gravats,
- un homme à la barbe fournie ahanant sous le poids d’un colis,
- un camion de nettoyage tout propre,
- une old lady aux cheveux blancs semés de pois orange vif,
- un casque étrangement ergonomique pour son hydrocéphale de propriétaire,
- un bigleux essayant de fixer l’horizon à court terme,
- un visage émacié, non, une caricature sur pattes,
- une vieille portant un manteau de pute à moins que ce ne soit une pute portant un manteau de vieille,
- une colonie de champignons non comestibles élevés à l’ombre de parallélogrammes publicitaires,
- une troupe de soldats formatés, cousins germains à la recherche de parisianismes, aux chuchotis tonitruants,
- deux accents circonflexes roux dessinés en deux coups de crayon, pas plus, se promenant au-dessus d’yeux inquiets,
- un foulard à franges demandant la retraite,
- une ancienne compagne de bus, toujours aussi peu accorte qu’à l’habitude, peut-être en pense-t-elle autant à mon sujet,
- un taxi un peu flou emportant au loin mon bien-aimé.

 
 
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