HIver(nage)
Leeloolene, dans un article récent, démontre de manière scientifique parfaitement irréfutable, que l'homme est un animal tropical. Et elle s'y connaît.
Je me rappelle.
Combien de fois ai-je entendu ces questions qui semblent si étranges pour ceux qui ont eu l'habitude de passer Noël "sous les cocotiers".
"Quoi ? Un Noël sans neige ?"
Comme si, ici, dans l'Hexagone, toutes les fêtes de fin d'année revêtaient systématiquement leur manteau blanc.
Je dis à ceux-là au cas où ils l'auraient oublié que la neige, (à part à la montagne) c'est super chouette , c'est vrai, surtout quand on n'a pas à crapahuter dedans, vous savez, cette masse glacée qui a la bonne idée de recouvrir les crottes du caniche du voisin qui ne peut pas les ramasser parce qu'il craint le lumbago, cette neige qui devient semi-liquide et engourdit vos orteils déjà comprimés dans cette paire de moonboots parce que vous l'avez acheté à votre pointure et que vous n'aviez pas prévu d'enfiler 2 paires de chaussettes qui vous protègent vaguement les panards. La glace à la gadoue, c'est glissant, salissant, et surtout, c'est terriblement froid.
"Comment, un mois de décembre alors qu'il fait 24° dehors ?"
Comme si la température avait quelque chose à voir avec la joie de se retrouver autour d'un bon repas de famille.
"Comment vous faîtes, vous n'avez pas de sapin à décorer ?"
On pourrait en avoir, mais on aime bien les filaos, des arbres qui poussent vite, qui sont jolis, qui me semblent beaux, et dont sans mentir, le ramage ressemble à un plumage. On les décore ou pas, mais pour moi, l'important c'est de chanter Noël avec la famille. J'entonne ces refrains en créole, en français, qui me font mépriser celui qui a fait le vin, et encenser celui qui a fait le rhum, je suis Marie qui, enceinte jusqu'aux dents fait comprendre à Joseph, son cher fidèle, que s'il ne se magne pas, le petit miracle va se produire sur le dos de l'âne (vous remarquerez d'ailleurs que si, à la place des crèches, il y a avait un âne comme seule déco typique, les fabricants de santons ne vendraient pas des masses de figurines, et mon beau-père n'aurait pas le plaisir de construire sa gigantesque crèche de malade tous les ans). Je vais tirer les bergers de leur sommeil car j'ai une bonne nouvelle à leur annoncer, je vais hurler en latin que je trouve la gloire dans l'adoration du Christ... Je sais, je ne crois pas en Dieu, en tout cas certainement pas à celui de la Bible, mais remixé à la sauce antillaise, ce cantique est tout bonnement irrésistible, mes amis.
C'est vrai, j'aime aussi me faire un bon chocolat chaud avec une barre de cacao de chez moi, une pincée de cannelle, un peu de vanille et du bon sucre de canne... et regarder par la fenêtre les gens qui achètent des sapins. J'aime les flocons blancs qui tombent du ciel, irréels petits bouts de là-haut, qui donnent à la ville, juste pour quelques instants, un aspect d'éternel. J'aime me réchauffer les mains que j'ai toujours glacées, tout près de la cheminée, et écouter le bois qui rouspète et s'indigne d'être ainsi consumé.
Je ne compte pas, mais j'ai passé à peu près autant de Noël en Guadeloupe que dans l'Hexagone.
Et j'aime les deux versions, pour des raisons différentes. Noël et la nwel'. L'hivernage et l'hiver.
J'aime les deux et il m'est impossible de choisir. Je suis là-bas et ici me manque. Je suis ici et je veux être là-bas.
J'aime mon climat intertropical qui me libère des gants, écharpes et autres accessoires anti-gel, qui me donne des peurs bleues à chaque annonce de cyclone, qui me fait transpirer et hurler "woy', quelle chaleur, messieurs !" quand, une main sur la hanche, j'agite l'autre en guise d'éventail.
J'aime sentir le temps, cet athlète infatigable qui continue son tour de piste infini, franchissant à chaque fois les haies que sont les saisons, parfois, l'une d'elle tarde à venir, mais on sait qu'elle sera là. J'aime ce temps-là, parce qu'il m'oblige à prendre d'autres repères, à les oublier, il me force à bouger avec lui sinon, je m'ankylose.
Leeloolène a raison, je suis trop picale (et tant pérée).
J'ai passé de beaux hiver(nage)s ici et là-bas, petite et grande, froid et chaud. Et des moments horribles, aussi, peut importe la latitude.
Mais les plus beaux sont à venir, et dans mon coeur de toutes les façons, il fera toujours chaud.
Je me rappelle.
Combien de fois ai-je entendu ces questions qui semblent si étranges pour ceux qui ont eu l'habitude de passer Noël "sous les cocotiers".
"Quoi ? Un Noël sans neige ?"
Comme si, ici, dans l'Hexagone, toutes les fêtes de fin d'année revêtaient systématiquement leur manteau blanc.
Je dis à ceux-là au cas où ils l'auraient oublié que la neige, (à part à la montagne) c'est super chouette , c'est vrai, surtout quand on n'a pas à crapahuter dedans, vous savez, cette masse glacée qui a la bonne idée de recouvrir les crottes du caniche du voisin qui ne peut pas les ramasser parce qu'il craint le lumbago, cette neige qui devient semi-liquide et engourdit vos orteils déjà comprimés dans cette paire de moonboots parce que vous l'avez acheté à votre pointure et que vous n'aviez pas prévu d'enfiler 2 paires de chaussettes qui vous protègent vaguement les panards. La glace à la gadoue, c'est glissant, salissant, et surtout, c'est terriblement froid.
"Comment, un mois de décembre alors qu'il fait 24° dehors ?"
Comme si la température avait quelque chose à voir avec la joie de se retrouver autour d'un bon repas de famille.
"Comment vous faîtes, vous n'avez pas de sapin à décorer ?"
On pourrait en avoir, mais on aime bien les filaos, des arbres qui poussent vite, qui sont jolis, qui me semblent beaux, et dont sans mentir, le ramage ressemble à un plumage. On les décore ou pas, mais pour moi, l'important c'est de chanter Noël avec la famille. J'entonne ces refrains en créole, en français, qui me font mépriser celui qui a fait le vin, et encenser celui qui a fait le rhum, je suis Marie qui, enceinte jusqu'aux dents fait comprendre à Joseph, son cher fidèle, que s'il ne se magne pas, le petit miracle va se produire sur le dos de l'âne (vous remarquerez d'ailleurs que si, à la place des crèches, il y a avait un âne comme seule déco typique, les fabricants de santons ne vendraient pas des masses de figurines, et mon beau-père n'aurait pas le plaisir de construire sa gigantesque crèche de malade tous les ans). Je vais tirer les bergers de leur sommeil car j'ai une bonne nouvelle à leur annoncer, je vais hurler en latin que je trouve la gloire dans l'adoration du Christ... Je sais, je ne crois pas en Dieu, en tout cas certainement pas à celui de la Bible, mais remixé à la sauce antillaise, ce cantique est tout bonnement irrésistible, mes amis.
C'est vrai, j'aime aussi me faire un bon chocolat chaud avec une barre de cacao de chez moi, une pincée de cannelle, un peu de vanille et du bon sucre de canne... et regarder par la fenêtre les gens qui achètent des sapins. J'aime les flocons blancs qui tombent du ciel, irréels petits bouts de là-haut, qui donnent à la ville, juste pour quelques instants, un aspect d'éternel. J'aime me réchauffer les mains que j'ai toujours glacées, tout près de la cheminée, et écouter le bois qui rouspète et s'indigne d'être ainsi consumé.
Je ne compte pas, mais j'ai passé à peu près autant de Noël en Guadeloupe que dans l'Hexagone.
Et j'aime les deux versions, pour des raisons différentes. Noël et la nwel'. L'hivernage et l'hiver.
J'aime les deux et il m'est impossible de choisir. Je suis là-bas et ici me manque. Je suis ici et je veux être là-bas.
J'aime mon climat intertropical qui me libère des gants, écharpes et autres accessoires anti-gel, qui me donne des peurs bleues à chaque annonce de cyclone, qui me fait transpirer et hurler "woy', quelle chaleur, messieurs !" quand, une main sur la hanche, j'agite l'autre en guise d'éventail.
J'aime sentir le temps, cet athlète infatigable qui continue son tour de piste infini, franchissant à chaque fois les haies que sont les saisons, parfois, l'une d'elle tarde à venir, mais on sait qu'elle sera là. J'aime ce temps-là, parce qu'il m'oblige à prendre d'autres repères, à les oublier, il me force à bouger avec lui sinon, je m'ankylose.
Leeloolène a raison, je suis trop picale (et tant pérée).
J'ai passé de beaux hiver(nage)s ici et là-bas, petite et grande, froid et chaud. Et des moments horribles, aussi, peut importe la latitude.
Mais les plus beaux sont à venir, et dans mon coeur de toutes les façons, il fera toujours chaud.
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