Entretiens, entrechiens (8)
Allez, je me rends à l’agence n°2, pour l’entretien en personne, me demandant à quelle sauce je vais me faire manger.
La femme qui m’ouvre me regarde des pieds à la tête, bizarrement mais sans méchanceté, et puis, elle au moins, elle sourit. Elle me demande d’attendre dans la partie « accueil » de cet open space et propose gentiment un verre d'eau que j'accepte. Un coup d’œil furtif sur les bureaux derrière moi : incroyable, les gens sourient. Ils me disent même bonsoir spontanément quand ils passent à côté de moi. Ils rient, ils se chamaillent gentiment, ils paraissent détendus. ¤ Des gens normaux ? Dans une ambiance de travail détendue ? Ont-ils si désespérément besoin d’une nouvelle recrue qu’ils auraient répété cette scène afin de faire croire à tout prétendant que cette agence est un havre de paix où il fait bon travailler ¤
Le boss vient par deux fois prévenir et s'excuser de son retard, me garantissant que l'entretien ne saurait tarder à commencer.
Cinq minutes se sont à peine écoulées depuis mon arrivée que déjà l’on vient me chercher et nous entrons mes deux interlocuteurs et moi, dans une salle vitrée.
Ils commencent par me faire un choc : avant même que j’aie ouvert la bouche ils me balancent, comme ça, cash, qu'ils sont intéressés par mon profil. Ouf ! Je respire mieux.
Je parle de moi, de mes expériences, je réponds aux questions, je retrouve mes marques dans cet entretien qui se déroule de manière plutôt informelle, rythmé par des traits d’humour, de la courtoisie et une même perception du métier, à première vue en tout cas.
Ils me présentent ensuite leur agence. Des mots comme solidarité, équipe, bien-être, passion émaillent cette description. ¤ Une bouffée d’air frais ! ¤ Ils ont des clients importants d’autres moins, et ils recherchent une personne avec mon profil.
Après le terrifiant épisode TicMadame, j’ai presque du mal à croire que des recruteurs puissent avoir un avis favorable sur moi.
Ils me préviennent que pour la suite, il faudra attendre un peu : Marie, la personne que j'ai eue en entretien téléphonique ne revient de vacances qu’en début décembre, et le temps qu'elle se remette dans le bain, qu'ils se concertent, nous serons déjà en milieu de mois. S'ils veulent continuer la sélection avec moi, je passerai un entretien pour juger de mon niveau d'anglais, mais ce n'est pas éliminatoire. Ils sont prêts à former les gens qu'ils recrutent s'ils sentent un vrai potentiel. Ensuite, un dernier entretien pour me faire une vraie proposition de poste.
Une heure trois quart plus tard, je sors de là de bonne humeur. Il fait un froid de canard, mais je suis rassurée.
J'ai bien envie de travailler pour eux, avec eux. Je me sens de nouveau un peu utile et valorisée.
Caroline me rappelle le lendemain pour savoir si a elle entend le même son de cloche de ma part. Ses clients, les recruteurs, lui ont fait part de tout le bien qu’il pensait de moi. Tant mieux, je ne m'étais pas plantée.
Tout début décembre, Caroline, toujours la même, me demande de lui envoyer mon CV en anglais, parce que le DRH Europe veut suivre ma candidature qui est apparemment en « très bonne position ». Ah bon ? Je m’exécute. Et puis j’attends, je ne dois pas me monter trop pressante de peur d’effrayer le recruteur et le cabinet.
Mais la mi-décembre est déjà là.
Hier, je décide donc d’appeler Caroline pour savoir où en sont les choses : elle est en pleine fête de Noël au bureau ¤ ma santé mentale repose pour beaucoup sur ce nouveau job porteur de tant d’espérance, et pendant ce temps-là, Caro s’amuse… ¤ mais prend le temps de m’expliquer que Marie que j’avais eue au téléphone est revenue de vacances, qu’elle a partagé l’avis favorable que les deux autres intervieweurs ont de moi, et qu’un autre candidat a passé un entretien. Caroline ne sait rien encore de la prestation de ce concurrent, elle ne me garantit pas la ¤ bonne ?¤ nouvelle pour Noël mais peut-être pour le début d’année.
Je verrai bien.
En attendant… j’attends.
¤ Et la semaine prochaine, plus rien n'a d'importance, je suis en vacances. ¤