Entretiens, entrechiens (13)

Publié le par Jazz

J’ai cru comprendre que pour le poste que je brigue, j’étais en concurrence avec deux autres candidats.

A l’heure qu’il est, si tout le processus de délibérations s’est bien déroulé hier, je devrais déjà avoir reçu des nouvelles, bonnes ou mauvaises, non ?

Pas si sûr.
En effet, j’ai développé une théorie, que je vais vous exposer.


 

__Théorie__

Si j’étais par exemple, après examen approfondi des trois candidatures en lice, arrivée en seconde position ¤ permettez-moi de me placer en qualité de dauphine, la perspective d’être la moins bien des trois me déprime, et puis, merde, c’est ma théorie, oui ou zut ? Alors, on lit avec attention et on endort son sens critique un moment, OK ? Gentil lecteur ! ¤, c’est au vainqueur que l’on fait l’honneur du premier coup de fil, et ce pour plusieurs raisons : le féliciter, lui proposer le job et fixer la date à laquelle il donnera sa réponse définitive. S’il est si bien que ça, en effet, les offres d’emploi alléchantes doivent pleuvoir en grêle épaisse sur son crâne bien rempli, et on doit par conséquent lui laisser le temps de considérer ses multiples options avant que son choix ne soit arrêté.

Il y a donc bien un risque qu’il refuse le poste que je convoite auquel cas, l’entreprise, ne souhaitant pas griller toutes ses cartes, doit ménager le candidat n°2, soit moi.

Imaginez-vous que le candidat n°1 décline l’offre et que le n°2, moi, ait déjà été prévenue que je n’étais pas assez bonne pour l’emploi ? Inutile de vous dire que personne ne serait fier de rappeler n°2, moi, pour la faire passer de sa qualité d’éconduite à celle de « finalement, comme l’autre s’est désisté pour un meilleur salaire dans une boîte tellement bien que tu pourras jamais y bosser ma vieille, on veut bien te prendre », et bien folle ¤ ou totalement dénuée de confiance en soi, ou au chômage depuis trop longtemps, ou dangereusement endettée, ou tout ça à la fois ¤ serait la personne qui accepterait d’être le pis-aller, la solution de repli, le second choix, the next best-thing.

 

Pour éviter de se rabattre sur le dernier clampin dans le classement, pas moi, l’entreprise doit avoir une tactique plus fine. Elle consiste à appeler le premier choix, lui fixer un délai de réponse aussi court que possible, et ne signifier aux deux rejets candidats malheureux leur échec qu’une fois l’acceptation du poste par ce con de candidat parfait, toujours pas moi, totalement acquise. Dans le cas où ce crétin décide de cracher dans la bonne soupe qu’on lui présente et de laisser leur chance à des gens comme moi, l’entreprise peut appeler le choix n°2, moi, sans porter atteinte à son ego boursouflé, et recommencer le petit manège, c’est-à-dire imposer un délai de réponse court comme un claquement de doigt afin de ménager à son tour le candidat n°3, parce que rien ne dit que n°2 voudra bien travailler avec des gens qui font durer autant le suspense et préfèrent de loin, ça se voit trop, le candidat n°1…

Bon, j’espère que vous m’avez suivie dans les méandres de ce raisonnement simplifié à l’extrême pour les besoins de l’exposé ¤ j’adore cette expression ¤.

 

Si vous n’avez pas compris, pas de panique, respirez, prenez une tasse de thé, et relisez le tout, phrase par phrase en prenant des notes. Vous pouvez le faire.

 

¤ Bon, j’arrête de vous prendre pour des cons capables de suspendre leur sens critique sur commande, à ce propos, si vous l’aviez vraiment interrompu, c’est le moment de le remettre en marche… Merci !¤

Voilà.

Avant de répondre à vos questions, je vois un monsieur qui s'agite dans le fond, ne vous inquiétez pas, on va vous passer un micro, je tiens à préciser qu'il ne s’agit là que d’une théorie basée sur un peu de bon sens, de la logique, et une savante observation des comportements humains.

Bon, OK. Non, à la vérité, c’est juste le fruit de la réflexion d’une fille flippée et impatiente qui cherche à rationaliser son attente.

 

Il est déjà plus de 15h00.
Toujours pas de coup de fil.
Je finis par croire que je suis le numéro 3.

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Publié dans tripalium delirium

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J
Ah ! Quelle enflure cette ou ce n°1, quand même !!!Faut penser aux autres ¤ enfin, surtout à moi ¤ !
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A
il sont laissé au moins 24 ou 48 heures de réflexion au n°1, surtout s'il est si bien que ça…
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J
Probablement à alimenter son blog...Pfff... j'te jure !
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B
Ta théorie est intéressante mais peut-être que la personne qui doit t'appeler est simplement  en train de glander au lieu de faire son travail de colporteur de bonnes ou de mauvaises nouvelles.
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