Une B.A. pour Béa (4)
Béa me demande si j’ai des nouvelles des autres.
Elle trouve que ce que font les autres est supèèèèèr.
Elle pense que ce serait sympa de réunir notre fameuse bande de collège.
Elle s’extasie, elle donne du « wow » à tout bout de champ. Ca m’agace un peu.
Je le soupçonne de nourrir un petit complexe, elle s’excuse presque d’avoir finalement opté pour le fonctionnariat, un boulot avec les vieux, qui n’a rien à voir avec les études qu’elle avait entamées.
J’ai envie de lui dire : « tu sais Béa, on a tous abandonné quelque chose à l’enfance et à nos rêves d’alors, certains plus que d’autres, certes ; nous ne sommes pas forcément devenus les super-héros que nous voulions, mais chacun peut changer le monde à son niveau, pas la peine de t’en faire, on en est tous plus ou moins là. » Mais elle pourrait croire que c’est juste pour la consoler, et la consoler, c’est admettre qu’elle a du chagrin, ou qu’elle est déçue, et ce constat, quand il est fait par une autre, blesse davantage. Donc, je m’abstiendrai.
Elle dit que ce serait chouette de se voir.
Je réponds que oui.
Elle insiste.
Je vais prendre mon agenda, en traînant les pieds.
Elle veut d’une date. Vite.
Je lui dit mercredi, elle dit supèèèèr.
Le rendez-vous est pris : mercredi. ¤ ce soir, ou pas ¤
Je vais craquer si elle me demande des nouvelles de mon frèèèère, de mon pèèèèère, de ma mèèèèère, de mon managèèèèèr, de mèmèèèère, de mon pic-vèèèèrt, ou si elle commande de la bièèèère.
Je me connais, elle va insister sur ces syllabes-là, et je vais vouloir l’imiter. C’est plus fort que moi. Ou lui demander pourquoi elle les appuie autant, ce qui tranche singulièrement avec son accent guadeloupéen que les années (et peut-être le fonctionnariat où de nombreux compatriotes entretiennent un nouveau langage mêlant les intonations indécrottables de là-bas – Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion -- à une prononciation ampoulée et faussement parigote) ont renforcé.
On aura des choses à se dire, je l’espèèèèèère.
à suivre...
Elle trouve que ce que font les autres est supèèèèèr.
Elle pense que ce serait sympa de réunir notre fameuse bande de collège.
Elle s’extasie, elle donne du « wow » à tout bout de champ. Ca m’agace un peu.
Je le soupçonne de nourrir un petit complexe, elle s’excuse presque d’avoir finalement opté pour le fonctionnariat, un boulot avec les vieux, qui n’a rien à voir avec les études qu’elle avait entamées.
J’ai envie de lui dire : « tu sais Béa, on a tous abandonné quelque chose à l’enfance et à nos rêves d’alors, certains plus que d’autres, certes ; nous ne sommes pas forcément devenus les super-héros que nous voulions, mais chacun peut changer le monde à son niveau, pas la peine de t’en faire, on en est tous plus ou moins là. » Mais elle pourrait croire que c’est juste pour la consoler, et la consoler, c’est admettre qu’elle a du chagrin, ou qu’elle est déçue, et ce constat, quand il est fait par une autre, blesse davantage. Donc, je m’abstiendrai.
Elle dit que ce serait chouette de se voir.
Je réponds que oui.
Elle insiste.
Je vais prendre mon agenda, en traînant les pieds.
Elle veut d’une date. Vite.
Je lui dit mercredi, elle dit supèèèèr.
Le rendez-vous est pris : mercredi. ¤ ce soir, ou pas ¤
Je vais craquer si elle me demande des nouvelles de mon frèèèère, de mon pèèèèère, de ma mèèèèère, de mon managèèèèèr, de mèmèèèère, de mon pic-vèèèèrt, ou si elle commande de la bièèèère.
Je me connais, elle va insister sur ces syllabes-là, et je vais vouloir l’imiter. C’est plus fort que moi. Ou lui demander pourquoi elle les appuie autant, ce qui tranche singulièrement avec son accent guadeloupéen que les années (et peut-être le fonctionnariat où de nombreux compatriotes entretiennent un nouveau langage mêlant les intonations indécrottables de là-bas – Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion -- à une prononciation ampoulée et faussement parigote) ont renforcé.
On aura des choses à se dire, je l’espèèèèèère.
à suivre...
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