Sinon, vous êtes... (2)

Publié le par Jazz

J’avais une camarade de classe en CE2, elle s’appelait Sylvie.
Elle habitait un peu plus haut dans la même tour que moi.
Quand nous nous croisions dans l’ascenseur, l’argent du pain bien serré dans la main, nous nous parlions toujours.
Mais les rares fois où sa mère daignait quitter ses quartiers, Sylvie ne répondait pas à mon bonjour, ne me gratifiait même pas un regard.

Je m’expliquais son comportement par la peur que lui inspirait cette matrone sévère, volumineuse créature au tour de taille imposant, toujours de sale humeur, traînant ses pantoufles trouées par les chutes de mégots qu’elle fumait à la chaîne.
¤ Elle me faisait penser au monstre des Fraggle Rocks. ¤

J’avais peur qu’elle prenne feu un jour et que Sylvie se retrouve orpheline.

Et puis, Sylvie est tombée malade.
Comme j’étais, avec Virginie -- le garçon manqué de la classe -- la voisine la plus proche, je me suis portée volontaire pour communiquer les devoirs à faire à Sylvie.
Ma mère était un peu contre ¤ je croyais qu’elle ne voulait pas que je chope les microbes de Sylvie ¤  mais ma persévérance l’a convaincue.

Toc toc.
Rien.

Bimmmmmmp !
Rien.

Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimmmmmmmp !
Ah ! Du bruit, enfin. Quelqu’un râlait, des pas qui traînaient.
Une voix grave et éraillée est sortie de derrière la porte pour me demander ce que je voulais.

« Heu… bonjour, je suis dans la classe de Sylvie, je suis venue lui apporter les devoirs à faire. »
La porte s’est ouverte sur le mastodonte et il ne souriait pas.

- Qu’est-tu veux ?
- Bonjour Madame. Je suis venue dire à Sylvie les devoirs qu’il fallait faire. Elle est là ? Elle va bien ?
- Non ! Pas là !
Blam !
Porte fermée.
Mais pas assez vite pour m’avoir empêché d’entrevoir ma camarade.

Le lendemain, pas démontée, j’y suis retournée.
Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimppppp !

Cette fois, c’était Sylvie qui m’ouvrait.
Elle m’a dit bonjour, a pris la feuille de devoir de mes mains, a jeté des coups d’œil par dessus son épaule et m’a dit qu’elle était là hier mais que sa maman était raciste et qu’elle ne voulait pas ouvrir aux Noires.
- T’es raciste aussi, toi ?
- Oui, mais pas pour toi.
- Ah.
- Ni pour ta famille.
- D’accord.

J’étais assez contente. C’était toujours ça de pris. Ma famille et moi échappions au racisme de Sylvie et c’était déjà bien.
Etre raciste, à l’époque, c’était plus un mot que des faits pour moi. On était raciste comme on était myope, ou fragile de l’estomac, aucune vraie différence pour moi, sauf que le racisme, ce n’était pas bien. Et puis, mon badge « Touche pas à mon pote » était vraiment très chouette, j'étais un peu la reine du bac à sable avec.
Sylvie elle-même ne savait peut-être pas ce que c'était d'être raciste.

Le jour d’après j’ai encore apporté ses devoirs en catimini à Sylvie.
Je ne sais pas si son non-racisme s’est depuis appliqué à d’autres familles.

à suivre…
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Publié dans monblognotes

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J
@Styx on the moon : Tu as raison, elle était moche en effet, à faire peur.Méditons donc en silence sur le sort de cette Grande Crado que j'ai connue. Oh, et puis non ! Tant pis pour elle, elle avait qu'à pas être aussi con.
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S
Je vois que la Grande Crado a marqué toute une generation! Je pensais que c'était la "Grosse Dégeu", bon ce nom est proche, je te l'accorde...En tout cas, en plus d'être "con", cette bonne femme, devait être moche...c'est dur de combiner les deux...la vie est parfois cruelle pour certain...(amen!)   ;0)
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J
@La Moole : Oui, m'en parle pas, on a tous des doozers ou pire, des chefs qui nous font faire les doozers...@La Flote : Certes oui. J'espère qu'elle a grandi loin des préceptes inculqués par sa mère...
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L
Je ne sais que penser de cette Sylvie... Elle m'est en tous cas plus sympathique que la chose qui lui sert de mère...
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L
C'est con un doozer... J'en ai quelque uns dans mon équipe... Faut bien les surveiller, parce qu'ils bossent, ils bossent, ils bossent et au bout de quelques jours tu te rends compte qu'ils on bossé à fond sur un truc qui ne sert à rien...
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