Est-ce toi Siegrune ? (2)

Publié le par Jazz

Vendredi dernier, fin d’après-midi.

Un coup d’œil à ma montre, c’est bon, je suis à l’heure.
J’ai beau me dire que tout ça m’est égal, mes mains tremblantes trahissent la tension qui m’habite ¤ deuchfal ¤. Je reste quand même loin d’une crise de soubresauts parkinsoniens. Et puis, cette tension, c’est comme le trac que j’éprouvais avant, quand il fallait entrer en scène. C’est une étape de transe préparatoire avant la représentation. C’est son absence qui doit inquiéter.

Je suis les flèches qui désignent le fond de la cour très chic, jusqu’aux deux grandes portes vitrées qui s’ouvrent sur un hall tout en marbre, dorures et transparences.

Je me présente à l’hôtesse d’accueil dans son écrin cylindrique, je m’attends presque à la voir partir aspirée vers le plafond, comme un pneumatique dans son tube.
Elle fait un peu défraîchie avec ses grandes lunettes Emmanuelle Khan, ce maquillage qui comble un peu ses rides, un peu de fard à paupières, du mascara, du rouge à lèvres de bonne qualité qu’elle doit appliquer tous les matins et retoucher en fin de pause déjeuner de la même façon depuis ses débuts comme demoiselle du téléphone. Elle me sourit avec chaleur, artifice que les années ont rendu difficile à détecter, et m’indique le chemin vers l’ascenseur : tout au bout du couloir ¤ Sam, ami muet es-tu là ? ¤ puis sur ma droite.
Je lui rend son sourire, en la remerciant. Son regard me suit.

L’ascenseur est étroit comme il faut s’y attendre dans ces vieux immeubles bourgeois. Il n’a pas de miroir. Zut ! j’aurais bien aimé voir une dernière fois à quoi ressemblent mes cheveux, vérifier ma mise, répéter mon oeillade « je suis une personne avec qui il est agréable de travailler, embauchez-moi, vous ne le regretterez pas ».

Je lisse ma jupe et je toque à la porte.
Elle s’ouvre et je me sens comme aussi grande qu’Alice après qu’elle a mangé la tarte aux groseilles : c’est un petit homme mûr qui m’accueille, avec un petit sourire timide, dans un petit bureau. Je dois être géante. C’est forcément ça. C’est la seule explication.
C’est exigu, mais inexplicablement propice au travail, la rêverie est même encouragée tant le regard s’échappe par la ¤ petite ¤ fenêtre du toit. On est haut, la vue est belle.
Il m’invite à m’asseoir, et m’assure que Madame Walkyrie sera très vite avec moi, mais qu’elle est au téléphone.
J’entends en effet la voix grave de la déesse nordique dans le fond et les petits pas du petit bonhomme qui s’éloignent et se rapprochent.
En voulant sortir mon calepin pour noter mes premières impressions, je répands un crayon, un ticket de carte bleue, un papier de chewing gum et un post-it écorné sur le sol.
Vite, je ramasse, vite avant quelqu’un n’aperçoive les entrailles de mon sac.
Il repasse devant moi, « elle arrive ».
Je n’ai même pas le temps de faire celle qui s’intéresse à la presse, que Madame Walkyrie a mis fin au coup de fil et me tend déjà la main.
Je la serre, rassurée de ne voir qu’une grande blonde cendrée plutôt fine, fin de quarantaine, lunettes sur le nez et bonne aura. Ce n’est ni le Kraken, ni une Walkyrie. J’ai des chances de ne pas me faire sacrifier.

Elle me reçoit dans son petit bureau à la déco simple, ç’aurait pu être celui d’un psy, d’un éditeur, ou d’un écrivain public, tel qu’on les voit dans les films.

à suivre…

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Publié dans monblognotes

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J
@marionette : Oh oui, il y a très longtemps, j'ai fait un peu de théâtre, j'ai même joué dans une salle toute proche de la Tour Eiffel... (mais chut ! C'est un secret !) Je garde un très bon souvenir de cette expérience.@Laflote : Je trouve ce film extra. Et c'est vrai qu'il y avait un peu de ça. Dans l'ascenseur, j'ai dû appuyer sur le 7 1/2 et me retrouver dans la peau de John Malkovich Malkovich Malkovich Malkoviiiiiiich...@doc_doc : En fait, les histoires à suite viennent du fait que j'écris souvent beaucoup autour d'une histoire et que je me retrouve à devoir couper le récit en petits bouts plus digestes qu'un texte long comme un week-end sans croissant. La suite arrive bientôt.
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D
C'est pénible ces histoires à suites : je ne vais pas dormir ce soir tellement le suspens est grand !....
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L
Je ne sais pas pourquoi, mais ta description m'a fait penser au film "dans la tête de John Malkovitch... ;-)
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M
Héhé c'est un bonheur de te lire!Alors comme ça toi zaussi t'as eu un passage théâtreux...J'attends la suite avec impatience!
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