Confiance aveugle (sic)

Publié le par Jazz

En sortant du boulot, je me rends à l’arrêt de métro, qui se trouve être un terminus avec une voie de chaque côté du quai. La prochaine rame à partir est indiquée par un panneau lumineux.

€ Certains n’y prêtant pas toujours attention prennent place dans la rame qui ne part pas tout de suite. Quelquefois « sauvés » par une âme charitable qui, experte en déchiffrage de panneaux lumineux, les prévient. D’autres fois, s’activant quand la sonnerie de départ retentit, réalisant leur erreur, et affichant des mines piteuses quand les portes automatiques leur claquent finalement au nez. €

 

Un soir, après un coup d’œil au panneau, alors que j’allais m’asseoir dans le métro et attendre gentiment qu’il démarre, j’aperçois, sur le quai, cet homme à la canne blanche. Seul.

Je m’approche de lui, et lui dit d’une voix douce (comprenez, les cannes m’inspirent un respect craintif) : « Monsieur, excusez-moi, le métro qui part est derrière vous ».

 

Il ne semble pas m’entendre.

 

Je m’enhardis, lui tapote gentiment l’épaule, prête à déguerpir au moindre mouvement hostile de canne.

Il tourne la tête et sourit. Je fixe ses grosses lunettes sombres.

- Excusez-moi Monsieur, le métro qui part se trouve derrière vous.

- Ah, merci Madame. Ca me rassure, je n’ai pas une voix d’homme.

Sur ce, il fait un demi-tour et se dirige droit vers le panneau d’affichage du plan du métro.

- De rien Monsieuuuuuuur. Je le rattrape par le bras et évite la catastrophe.

Mais dans ma manœuvre, je me prends un coup de canne blanche dans le tibia. Aïe !

- Excusez-moi.

Il articule bien ces trois mots, mais ils sont prononcés avec la fatigue de ceux qui les ont déjà dits cent fois, mille fois. Un automatisme. Chaque jour, du bout de sa canne, il doit toucher quoi ? des dizaines de personnes ? Plus ? Et à chaque fois, leur dire : « pardon », « excusez-moi », « désolé », « je ne vous ai pas fait mal ?»

- Ce n'est rien. Plus de peur que de mal Monsieur.

___

Souvenir. Je me rappelle.

Une fois, devant moi, une dame est montée sur ses grands chevaux, invectivant le pauvre jeune homme aveugle qui l’avait effleurée de sa canne sans lui demander pardon en y mettant plus de forme qu’un simple « désolé ».

J’ai pensé « quelle conne », j’ai dit « votre vie est tellement dure, c’est vrai, un coup de canne, c’est le pompon ! ». Elle s’est tue, honteuse, fuyant les remarques des autres témoins outrés de la scène.

Pas marrante la vie d’aveugle.

___

 

Nous avons contourné le panneau qu’il n’avait pas détecté avec sa canne. Il s’est installé en me remerciant.

J’ai passé tout le trajet en métro à penser que ce monsieur devait faire confiance aux gens qui lui indiquaient son chemin, l’aidaient à traverser, lui rendaient la monnaie. Avoir confiance en la bonté des gens, même si certains sont cruels, doivent lui jouer des tours, mal l’orienter (avec ou sans mauvais dessein d’ailleurs).

 

La confiance aveugle.

Une définition autre dans ma tête depuis ce jour.

 

J’ai réfléchi aussi au fait que les aveugles, comme d’autres handicapés, doivent supporter la condescendance des « valides », leurs humeurs, leurs constructions inadaptées.

 

J’étai tellement dans mes pensée que j’ai failli rater mon arrêt.

Les portes se sont fermées derrière moi et je suis restée là sur le quai, interdite.

J’avais oublié de lui demander où il descendait.

J’aurais peut-être pu l’aider à compter le nombre de stations le séparant de son arrêt.

Mais je pense que quelqu’un d’autre l’a aidé.

Parfois aussi, je fais preuve de confiance aveugle en le genre humain.

 

 

___

P.S. : Se souvenir qu’une canne blanche, ça sert à se diriger, pas à frapper.

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Publié dans monblognotes

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J
--> Jid : Tu l'as vu beaucoup de fois, lui, mais lui, pourrait-il témoigner de ta présence ?<br /> <br /> --> bonsais29 : mais une chute en arrière peut-elle affecter le nerf optique ? La question est ouverte. Avis aux ophtalmos experts en traumato, bretons de préférence.
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B
Mais Jazz, le chouchen ne rend pas aveugle mais fait tomber en arriere....<br /> je dirai plutot que les bretons doivent quand meme avoir des soucis de vue car avec la quantité d alcool qu ils boivent, ils ne doivent pas voir le fond de leur verre....
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J
Non, je confirme : c'était bien un mec avec une canne blanche qui s'échappait du dernier wagon de la ligne2 (direction Nation) pour dévaler les escaliers et vu comment il ne faisait pas du tout attention aux gens qui étaient dans l'escalier, il ne devait pas voir grand chose : je l'ai vu beaucoup de fois, il était aux mêmes horaires que moi.
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J
--> Jid (1) : Sont-ce bien des aveugles à La Chapelle, ou juste des gens portant de grosses lunettes de soleil pour se donner un style (et accessoirement profiter des menus avantages accordés aux vrais "non-voyants" : de jolies filles serviables pour vous aider à traverser la rue, les gens qui ne râlent pas quand vous leur passez devant dans la queue, on vous cède le siège dans les transports...) ?<br /> <br /> --> Nounou : Il m'est arrivé la même chose il y a quelques années. Moi aussi j'avais honte, mais j'ai bien rigolé de ma bêtise après coup.<br /> <br /> --> Jid (2) : Quand j'étais petite, un ami de la famlille avait un oeil de verre, je trouvais toujours son regard un peu... bizarre. Mes parents n'y avaient jamais fait attention jusqu'à ce que je leur fasse remarquer. (Comme quoi, c'est peut-être eux qui ne le regardaient pas en face.) Après, ils se sont demandé comment ils avaient fait pour ignorer cette particularité si longtemps.<br /> <br /> --> bonsais29 : C'est pas en Bretagne qu'on verrait ça , hein ? (Sauf si les aveugles ont abusé du chouchen...)<br /> <br /> --> CohenLeBarbare : Désolée. Parfois, j'écris plus pour le boulot, moins pour le blog, d'autres fois, c'est l'inverse...
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C
Alors voilà, je tourne le dos cinq minutes et tu en profites pour écrire soixante-vingt notes. On voit bien que c'est pas toi qui lit. Ah làlà.<br /> (je m'ennuirai pas ce week-end).
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