Euro et respect de l'Autre
Alors qu'un soir de juin, j'étais dans le métro,
Un homme que j'aurais dit émêché pour le moins,
Le visage fort buriné, rasé sans soin,
Le nez rougi, enflé des grands non-buveurs d'eau,
Des yeux d'un bleu terni, piqués de rouge vif,
Dansait un ballet fou d'un pas malassuré.
Nonobstant un esprit fortement imbibé,
Il a su tenir quelques propos incisifs.
Un homme que j'aurais dit émêché pour le moins,
Le visage fort buriné, rasé sans soin,
Le nez rougi, enflé des grands non-buveurs d'eau,
Des yeux d'un bleu terni, piqués de rouge vif,
Dansait un ballet fou d'un pas malassuré.
Nonobstant un esprit fortement imbibé,
Il a su tenir quelques propos incisifs.
Le voilà qui titubait jusqu'à un strapontin pour s'y installer ¤ après que son corps avait consenti un énorme effort de synchronisation : abaisser le battant du siège, plier les genoux en pivotant pour mettre sa croupe dans l'axe, sans lâcher aïe ! le battant de ce fichu strapontin sinon, on recommence. Ah ! Mission accomplie... ¤
Au fur et à mesure des entrées et sorties de la rame, notre amateur d'alcool tendait une main protectrice derrière chaque passager passant à ses côtés, comme pour les retenir prestement en cas de démarrage ou freinage brusque du métro.
Mais, lassé de l'ingartitude des voyageurs qui ne voyaient dans son geste paternel que des mouvements incontrôlés d'ivrogne vicieux, il avait fini par changer de place et s'installer à un mètre et demi en diagonale de moi.
Là, il commença à égrainer une litanie incohérente, borborygmes juxtaposés, élucubrations chargées de vapeurs de gnôle...
« Non... y faudrait...
citron... pass'que...
bon... petite...
terminé... filou...
Pascal... plus... »
De ses divagations émergea ensuite un discours plus structuré :
« Les flics, y sont tellement cons qu'y sont même pas capables de lire leur... comment dire ? Heu... Leur... Comment ça s'appelle déjà ? Ah, leur nom. Alors l'euro, hein !? »
Enfin, comme obéissant malgré lui aux ordres d'un fakir invisible, il navigua un instant, indécis, entre sommeil et veille. Et, sortant de cet état contemplatif/végétatif, il dispensa une sagesse ultime :
« Moi, je respecte tout le monde. TOUT-LE-MONDE. Tout le monde a le droit de vivre.
Moi, je suis blanc,
toi -- en me pointant du doigt -- t'es noire,
lui -- en pointant du doigt une place vide ¤ vraisemblablement, celle du fakir mentionné plus haut ¤ -- il est... là ! Moi je respecte tout le monde... enfin, j'essaie. »
Je lui ai fait un sourire qu'il m'a rendu, presque surpris.
¤ C'est pas tout les jours que les spiritueux rendent spirituels ¤
Publicité