P*tain de soirée (1)
10 ans.
10 ans que j’étais partie de l’Hexagone pour suivre mes parents dans leur Guadeloupe natale. Moi qui connaissais presque uniquement l’Île-de-France où j’avais vécu une partie de mon enfance, j’allais terminer mes études dans le Nord froid, gris et venteux, mais renommé pour son bon accueil et ses braves gens, réputation amplement méritée à mon avis.
Je garde de mon séjour là-bas le souvenir des jours de pluie qui subliment la mélancolie de certaines villes du Nord, la douceur du soleil sur la place Charles de Gaulle, le sourire et la politesse des gens, un amour immodéré pour les gaufres Meert, des fringales de tartes au Maroilles, la chanson Couleur Café que des inconnus m’ont chantée comme ça en pleine nuit en me croisant dans la rue, la prononciation du mot « vingt », la joie ¤ presque masochiste ¤ de recevoir la gifle glacée du vent du Nord et quelques mots ch’tis savoureux.
Mais voilà, sur mon île, j’avais laissé mes parents dans un cataclysme conjugal, mon frère me relayant comme tampon malheureux entre le marteau et l’enclume, mon amoureux de l’époque ¤ c’était « mon premier amour » aussi bizarre que cela puisse sonner à mes oreilles et à mon cœur aujourd’hui ¤.
Donc, j’ai eu un peu de mal à me mêler d’emblée aux 299 autres camarades de ma promo. ¤ Oui, nous étions 300, un record atteint du fait d’une nième réforme de l’Éducation Nationale. Et comme la précédente ne comptait qu’une centaine d’élèves peu ou prou, au bizutage pendant le week-end d’intégration, autant vous dire que le rapport de force était fortement défavorable aux tortionnaires ¤.
Mais passées quelques semaines j’ai rencontré quelques camarades sympa ¤ en plus de mes deux compatriotes-camarades de classe prépa, perdues de vue depuis ¤.
Pour ce qui est du reste de la promo, je trouvais la plupart des élèves cons, prétentieux et irrespectueux vis-à-vis de toute personne différant d’eux, c’est-à-dire, au choix : pauvre, bosseur, sobre le jeudi soir, fidèle en amour et en amitié, ou tout ça en même temps.
Selon eux, les profs, « ces vieux cons ne comprendraient jamais pourquoi il était utopique de les voir assister aux cours de 7h45 du matin », les « forçaient à bosser et à rater la teuf’ chez Gillou » pour ensuite les noter « trop sévèrement ». Curieusement, j’ai toujours pensé que ce n’était pas parce qu’on payait ¤ très cher ¤ cette scolarité que tout nous était dû (y compris le diplôme).
L’argent pour payer cette école, je l’ai emprunté à ma banque ¤ commençant ainsi ma vie active avec un prêt que je dois rembourser jusqu’en – gloups -- mars 2006 ¤ pour suivre une excellente formation dispensée par de très bons profs, avec un suivi plus régulier et précis qu’en fac, dans des conditions bien meilleures, d’où motivation supplémentaire pour obtenir son diplôme ¤ mais ne faites pas attention, c’est mon côté naïf qui parle ¤. En même temps, une fois qu’on est entré dans ce genre d’école, pour rater son diplôme, il faut être soit irrécupérablement con, soit mort.
Mais, bon, je peux dire qu’au bout de trois ans, j’ai fini par connaître les gens avec qui j'allais en cours, au chant, au volley, à l'asscoiation, plus quelques élèves qui se sont illustrés à maintes occasions ¤ prouesses scolaires, vie associative, sports, beuveries, coucheries, exhibitionnisme… ¤ et j’avais une bonne idée de la plupart des visages des élèves restant. Et je ne suis pas physionomiste ¤ d'ailleurs je ne sais pas où j'ai bien pu voir la nana de qui me regarde de l'autre côté du miroir... ¤
J’aurais pu connaître plus de monde et être plus populaire, mais ¤ attention, si vous avez fait une grande école, ce qui va suivre va vous sembler bizarre ¤ la perspective du coup d’un soir tiré vite fait dans les chiottes sales d’un bouge pendant une énième soirée de murge organisée par le sacro-saint-omnipotent Bureau Des Elèves, ou celle de montrer mes fesses/tétons à tout bout de champs pour me faire des amis, je ne sais pas pourquoi, ça ne me fait pas rêver. Non, vraiment pas.
En plus, je n’ai jamais pris de cuite, ni à l’époque ni jamais. Et ça, c’est se frapper d’ostracisme à tout jamais, faire dissidence...
à suivre…