Entretiens, entrechiens (2)
Arrive donc le jour de l'entretien téléphonique avec l'agence n°2.
Marie, l'une des trois têtes de l’agence doit m’appeler sur mon mobile à 15h00 ¤ un jour de boulot, évidemment, sinon, c’est trop facile ¤. Je me débrouille pour être libre pendant un créneau d’au moins ¾ d’heure, j’ai déjà repéré la salle isolée où je m’installerai, j’ai même réussi à imposer mon indisponibilité temporaire ¤ j'ai prétexte l'infaillible « oui, j’attends un appel très important de ma mère qui habite dans la lointaine et horairement très décalée Guadeloupe » ¤ à mon chef spécialiste des demandes de dernière minute absolument prioritaires, parfaitement inutiles mais terriblement chronophages, en dépit de tout bon sens et des avertissements reçus (e.g. : faire imprimer et relier 20 exemplaires couleur d’une présentation PowerPoint dangeureusement obsolète, pour une réunion qui s'est terminée il y a plus d'une heure et dont les participants étaient en fait 4 manchots aveugles). Avec lui, jusqu’à maintenant, ça se finit toujours de la même manière : la perte de temps qui en résulte est souvent supérieure aux prévisions les plus pessimistes, les efforts déployés ne servent à rien, la mission s’avère encore plus dénuée de sens après coup, j’ai gâché quelques précieuses minutes de boulot/mise à jour du blog, je me suis mise à la bourre sur d’autres dossiers, et aors qu'il s’en tire auprès de tous grâce à une des pirouettes dont il a le secret, et je nourris en secret le rêve qu’il soit obligé de se faire épiler tout le corps (sourcils, cils, barbe, poils du nez et du bras compris) à la cire brûlante aromatisée aux phéromones de moufette, ou alors de le découper en rondelles, comme ça au moins, à mon pot d’arrivée à Fleury-Mérogis, je pourrai le servir en apéro à mes futures codétenues : « Vous reprendrez bien un petite tranche de lard », demanderai-je à Roberta dite la Cisaille, ¤ surnom acquis à cause de sa manie d’émasculer tous les hommes qui la regardent de travers ¤ « c’est un morceau de choix, du pur porc, croyez-moi. »
15h00. Ca fait 10 minutes que j’attends que le téléphone sonne. Mais rien, toujours rien.
J’aurais dû aller faire pipi. Maintenant, c’es trop tard. Elle risque d’appeler d’une minute à l’autre et répondre avec la chasse d’eau en fond sonore, même avec une voix digne, en prétextant qu’on se trouve à côté des chutes du Niagara, c’est pas classe. Je me retiens.
15h15. Rien.
15h30. Rien.
15h45. Devinez ? Rien. Bravo !
16h00. Rien.
Bon, ça fait plus d’une heure que j’ai la vessie qui mijote. Je n’en peux plus. Je décide de sortir de mon attente stérile pour faire le vide… ¤ Ah, ça soulage. ¤
J’appelle Célia, ma copine, qui me conseille d’appeler pour savoir ce qui se passe.
16h15. Je prends mon courage à deux mains, j’appelle en retrouvant sa ligne directe sur Internet (dans ce genre de procédures via un cabinet, le candidat n’entre pas à son initiative, en relation directe avec l’employeur potentiel). J’enfreins les règles, mais bon, j’ai assez poireauté, et puis ça lui prouvera que je suis intéressée.
à suivre...