Entretiens, entrechiens (5)

Publié le par Jazz

20 minutes d'attente.

Vingt longues et douloureuses minutes depuis que je suis rentrée dans ce bureau.

Vingt minutes d'attente insoutenables pendant lesquelles des collaborateurs, la mine maussade, le pas pressé, le regard fuyant, évitent tout contact avec moi qui me tient assise dans cette chaise, là, impossible à rater, là, dans le passage qui les oblige à dévier très légèrement de leur route rectiligne d'un bureau à l'autre.
Ils me répondent du bout des lèvres quand, impressionnée par leur manque de politesse et leur méconnaissance du minimum d'interaction requis lorsque quelqu'un se trouve dans les locaux d’une entreprise et que l’on travaille dans une grande agence de com de la place, je leur lance un "bonsoir" sonore. La plupart réagit à mon salut en psalmodiant quelque parole inintelligible, d'autres me forcent à activer mes capteurs de mouvement ultra-sensibles pour détecter un faible hochement de tête, une autre encore ralentit quand elle arrive à côté de mon siège, me regarde de haut en bas, montre une expression difficile à qualifier, entre la surprise, le doute, le mépris et la colère, et esquisse un petit sourire ressemblant étrangement à un tic nerveux ¤un sourire de ceux que lancent les hypocrites qui vous méprisent quand ils vous croisent dans l'ascenseur, avant de reprendre leur air chafouin¤.

Une autre femme passe derrière moi et m'adresse un "bonsoir" inattendu. Je sursaute presque et lui réponds, sans pouvoir masquer ni ma surprise, ni un sourire franc. ¤ un peu de sincérité, de politesse et d’attention dans cet antre froid et peu accueillant du sérieux corporate, ça fait du bien. ¤

La femme au tic passe et repasse et au fur à mesure de ses allées et venus, j’ai l’impression d’être devenue transparente. J'ai un mauvais pressentiment.

La femme au tic hurle à l’attention d’une jeune femme boulotte à l’autre bout du couloir, moi au milieu. TicMadame exige de savoir ce qui ne va pas avec l'imprimante. NOW !

Boulotte flippe, je l'entends, elle ne sait pas, elle va vérifier.

TicMadame réitère sa question, Boulotte lui assure, raide, mal assurée, que tout fonctionne bien, qu'elle a vérifié, en brandissant pour preuve une feuille qu'elle vient d'imprimer.

TicMadame peste et avoue enfin qu'elle s'était trompée, qu'elle avait lancé le document sur l'imprimante couleur et que celle que Boulotte avait inspectée n'était évidemment pas la bonne. Mais elle le dit sur un ton de reproche qui incrimine Boulotte, l'imprimante, ces couillons parents qui ont eu l'idée d'enfanter Boulotte, ce con de fabricant d'imprimantes à la noix, la Terre entière qui complote pour l'empêcher de travailler, mais pas elle-même. Boulotte essaie de garder sa contenance. On sent que ces réprimandes font partie de son quotidien, mais l'habitude ne l'a pas prémunie contre l'usure.

Pfff...
Je me dis que si je travaille dans cette boîte, faudra faire avec Tic Madame et éviter de remplacer Miss Boulotte au poste de souffre-douleur en chef, bureau des Passe-Nerfs.

Les naseaux encore fumants, TicMadame se plante devant moi et…

à suivre...

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Publié dans tripalium delirium

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J
Oh, merci Bakemono. La suite est déjà là.
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B
Argh!! mais quel suspense terrrrrrible. Qu'est ce qui se passe après? Alors, alors?<br /> <br /> J'adore la façon dont tu racontes ce qui t'arrive.
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J
Non, pas vraiment, elle n'était pas d'une beauté ahurissante, mais pas vraiment moche non plus, juste une brune quelconque qui fait attention à ses faux ongles.
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B
Ticmadame ressemble t elle au "Golum" ?????
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