Une B.A. pour Béa (2)
[Suite de Une B.A. pour Béa, à la demande générale de Mme Pas Contente]
Premier SMS vers 09h30 le 28 mars au matin :
Profitez-en, vous n’avez pas encore 30 ans…
signé Anne Onim.
(saurez-vous deviner qui je suis ?)
Rien.
Second SMS, vers 19h30 :
Faites donc un effort et trouvez qui je suis.
Une personne perdue de vue.
20h00 et toujours rien.
Soit son portable est kaput, soit elle ne l’a pas à côté d’elle, soit, elle se fiche éperdument des gens qui lui envoie des SMS d’anniversaire anonymes.
Décidant d’en découdre avec sa passivité énervante, j’appelle.
- Bonjour !
- Bonjour.
- Je voudrais parler à Béatrice s’il vous plaît.
- Elle-même.
- Joyeux anniversaire !
- Merci !
- Alors comme ça, vous recevez deux SMS de quelqu’un dont vous ne connaissez pas le numéro et vous ne cherchez pas à savoir de qui il s’agit. Vous n’êtes pas très curieuse, dites-moi.
- Non, justement, j’étais en tain d’envoyer un message pour demander à la personne d’appeler si elle avait quelque chose à me dire.
- Ah, eh bien, j’ai pris les devants.
- Oui.
- Alors, vous ne voyez pas qui je peux être ?
- Heu… non.
- Ah, charmant !
- Non, je ne vois pas, la voix ne me dit rien pour l’instant.
- Bon, c’est très vexant, non seulement, vous ne manifestez aucune curiosité en ne répondant pas à mes messages, mais en plus, vous ne faites pas d’efforts pour découvrir mon identité. Ca promet. Je regrette presque d’avoir appelé.
- … Je suis désolée.
- Pour vous rafraîchir la mémoire, laissez-moi vous lire quelque chose.
- D’accord.
- C’est une chose que vous avez écrite à mon sujet.
- J’ai écrit quelque chose sur vous ?
- Oui, de votre propre main.
- A la main ?
- Oui, de votre écriture faite de grandes lettres appuyées et penchées vers la droite.
- Ah bon ???
- Chut, je vais lire :
Au fur et à mesure que je lis les lignes qu’elle avaient laissées dans mon « cahier de conneries » ¤ ce cahier que nous avions toutes à une époque au collège et que nous passions à nos camarades afin qu’ils y consignent leur avis sur nous ainsi que quelques textes/blagues/inepties de leur cru ¤ son attitude change.
Tout d'abord, elle doute de la maternité de ses propres mots :
« Vous êtes sûre que c’est moi qui ai écrit ça ? »
« Je dis ça sur vous ? »
Je continue sans prendre la peine de lui répondre.
« Non ? C’est pas vrai ? »
Et là, elle commence à comprendre.
« Est-ce que ce serait ? »
Elle ne sait pas écouter religieusement cette nana.
« Non, c’est pas possible ! »
Rien à faire, je suis intraitable : elle écoutera ce texte écrit il y a près de 15 ans jusqu’au dernier point de l’annotation en marge. J’ai décidé.