Une B.A. pour Béa (6)
[Vous vous souvenez, je devais voir Béa hier...]
- Allô !
- Ca va Béa ? C’est Jazz !
- Ah ! Alors ?
- Ben alors ça te va toujours pour ce soir ?
- Oui. A quelle heure ?
- 19h00, comme prévu, non ?
- OK, ça me va.
Elle met la main sur le combiné et dit au revoir à quelqu’un.
- Où ça, reprend-elle ?
- Devant la Fenaque, il faut que je récupère un truc chez eux.
- OK. Tu voulais faire quoi ?
- Ben parler autour d’une tasse de café ou de thé et puis choisir un restaurant.
- Ah, bon ? Tu bois du café ?
- Heu non, je suis plutôt thé.
- Moi non plus, pas de café.
- Un thé ce sera alors.
- Ah… Si tu veux, si tu avais déjà cette idée…
- Non, non, si tu ne veux pas, on fait autre chose… Tu voyais quoi, toi ?
- Je croyais qu’on irait manger tout de suite.
Tout le contraire de ce que je voulais : le resto, à choisir de suite, probablement bruyant, probablement enfumé, probablement peu propice aux longues discussions émues des retrouvailles. Pas le temps de se poser, il faudrait tout de suite se plonger dans la carte, hésiter entre le poisson et le poulet, prendrons-nous un apéro ?, se retrouver au premier service entre ceux qui hurlent bas et ceux qui écoutent fort, le serveur voulant se débarrasser de nous, parce que les résas du second service ne vont pas tarder.
- Ah… C’est comme tu veux. Moi et mon easy-going attitude de merde.
- Oui, c’est parce que je n’ai pas trop de temps à te consacrer, il faut que je sois à la Place de Clichy à 21h00.
Ah, ouais… 21h00. C’est presque le happy hour pour moi, la célibataire pendant encore un jour. Je suis Parisienne, elle est cédébé, une Cendrillon des Banlieues ¤ après 23h00, son carrosse se change en RER louche et parfois en taxi cher et mal luné ¤.
- Ah… OK. Ben, alors, on zappe le café/thé.
Je ne lui demanderai pas pourquoi, elle ne me répondra pas. Je ne sais toujours pas ce qui a mené son amie à l’hôpital mercredi soir.
- OK, merci, ça m’arrange. Tu avais envie de manger quelque chose en particulier ?
- Pourquoi pas du jap…
- Moi, j’ai bien envie de manger une pizza là. Une bonne pizza, là. Ouaaaais !
Ca, c’est le désir éhonté d’une connasse de mince. Moi, j’ai pas trop envie d’aller au Pidza Heut.
- Comme tu veux.
Arghhh. Je me mettrais des baffes.
- Bon alors, on dit pizza.
Enfonce le couteau dans la plaie, va.
- Oui, oui.
- N’importe qu’elle pizza me va sauf Pidza Heut.
C’est au moins, ça, sinon, pourquoi sortir avec Béa pour se taper la queue, les parts de pizza sous UV, les mioches qui se pètent les poumons à crier dans la piscine à boules, quand j’aurais très bien pu rester à la maison, attendre qu’on me livre ma triple fromton à domicile, à mater les Téléteubés : aussi bruyant que des mômes carburant au coca pas light et saupoudrés de sucre après 17h00, ¤ en fait, un marmot, c’est un peu comme un Gremlin, non ? Après ça, qui peut douter de mes envies d'être mère ? ¤, avec une fâcheuse tendance à glousser pour rien à des blagues cons, comme Béa au moindre mot sortant de ma bouche. Je finis pas croire qu’elle me trouve un peu bouffonne, elle va passer la soirée à se foutre de moi alors que je me croirai drôle.
- Tu connais une bonne pizzeria ?
- Non, je te fais confiance.
Ah ! La vache !