Une B.A. pour Béa (7)
Ah ! La vache…
Elle m’a eue.
Béa m’a tu
e
r
C’est Bibi pas Béa qui va devoir se taper la recherche de la bonne pizzeria qui la contentera.
Je me retrouve tout le temps dans ces situations.
Pourquoi ? Pourquoooooooooi ?
La pression. La pression.
Celle de trouver un endroit où contenter une personne qui a une envie particulière.
Je risque de gâcher son caprice, et de lui faire passer deux heures pourries dans un restal nul, et une salmonellose est si vite arrivée…
¤ Heureusement, j’en trouverai une rapidement sur le net, bien notée, et je réserverai, comme d’autres internautes le conseillent. ¤
- Bon, à tout à l’heure.
- Bye !
J’y vais de plus en plus à reculons.
Magré tous mes efforts, j’arrive en retard en plus.
Acte manqué me dit Sigmund.
Je peux encore lui envoyer un texto avec un petit prétexte absolument absurde, donc éminemment plausible, genre :
¤ nul besoin de lui préciser que Gemima est ma gerbille rousse – imaginaire – qui une fois de plus s’est échappée de mon cerveau sa cage. ¤
Ouais, super idée.
Je vais passer par la porte arrière de la Feunaque, récupérer le cadeau du Loup, et mettre les bouts en catimini. De toutes les façons, même si elle me croise, elle ne doit plus savoir à quoi je ressemble. Hé hé. Ninja style!
Mon plan est génial, gé-nial, mon machiavélisme évolué m’étonne, je suis épatante de suprématie intellectuelle, je me félici...
- Hé Jazz !
Et merde… Trop tard !
Elle gambade déjà jusqu’à moi…
Vite trouver une solution !
Prétendre que je suis une autre ? Lui mettre un coup de poing dans la figure pour qu’elle tombe dans les pommes ? Alerter les agents de sécurité pour qu’ils entravent cette folle qui cherche à me tuer à mains nues ?
Zut, flûte, crotte ! J’ai trop hésité…
- Salut Béa ! Ca fait longtemps que tu attends ?
- Non, du tout.
On manque de se cogner. Elle veut me faire quatre bises, je m’arrête à deux.
- On va récupérer le truc rapidos ?
Rapidos ? Rapidos !
Mais qu’est-ce qui me prend de dire rapidos, un mot naturellement banni de mon vocabulaire depuis le début de ce siècle. Tant que j'y suis, pourquoi pas lancer un « tête de mort » et arborer ma collection de pin's au revers de ma veste en jean neige avec un Tex Avery Fluo au dos ?
Oui, t'as raison Sigmundo, elle me fait régresser.
¤ Ca, c’est le deuxième effet « quatre bises ». ¤
Elle me suit. En trottinant. Comme un lapin de pâques resté trop près des cloches…
C’est la même. La même.
Dans d’autres vêtements.
J’ai grandi, elle non. Elle semble encore plus menue qu’à l’époque ¤ la chienne veinarde ! ¤.
Le fait que j’aie changé d’échelle y est peut-être pour quelque chose.
On récupère le cadeau de mon chéri. ¤ NB : Penser à l’emballer et à le dissimuler ce soir. ¤
Je ne la regarde pas vraiment. Elle est trop petite. Je dois faire un effort et baisser la tête pour la voir, et ça me fait flipper que rien n’ait bougé chez elle. Ca ferait flipper Victor Hugo aussi, j’en suis sûre. Béa, c’est peut-être une Dorian Gray au féminin : une Dorianne Grey.
Si, elle a changé.
Elle porte des lentilles maintenant. Ses yeux globuleux ressortent plus.
Et puis, son accent s’est renforcé, une sorte de mélange caricatural , un tièèèrs Parisien, un tièèèrs Guadeloupéen, un tièèèrs non-identifié.