Une B.A. pour Béa (9 et fin)

Publié le par Jazz

Béa et moi remettons la carte à la gentille serveuse.

Commande passée.
Je la questionne et elle me raconte son histoire.
Des études interrompues pour un homme ¤ je m’en doutais ¤ avec qui elle n’est plus depuis longtemps ¤ ça aussi, je l’avais senti ¤, et qui l’a trahie ¤ quel salaud ¤.
Une histoire glauque.
Encore une.
J’enrage et je lui dis.
C’est une chouette fille, une fille bien, bonne. Trop bonne. Beaucoup trop.
Elle l’a toujours été.
Voire un peu ravie de la crèche.
Et il en a profité ce con sournois. Elle n’a rien vu venir. J’ai envie de lui crever ses yeux à ce briseur de cœur.
Elle me raconte ce volet de sa vie, sa tombée des nues, son presque-pétage de plomb, avec beaucoup de recul, un peu d’humour même. Elle ne sourit plus vraiment.

Elle a changé, ma Béa.
Elle ne pétille plus comme avant.
Je remarque quelques filaments blancs sur sa tempe.
Ses doigts, qui autrefois déjà flottaient dans un rab de peau, sont plus flétris encore.
Comme si elle avait enfilé des gants trop grands en peau de vieille.
La tête un peu plus enfoncée dans les épaules, la fourchette en l’air piquée dans un bout de pizza qui refroidit, elle parle encore.

Elle ne sait plus faire confiance. Depuis deux ans.

Je me sens triste pour elle.

Je ne sais pas comment consoler cette Béa-là.
Je ne parlerai pas de mon chéri, de la chance que j’ai. Le bonheur n’est pas toujours le bienvenu.
Les pizzas sont succulentes.
C’est au moins ça.

Elle est déjà en retard, alors comme punitions, nous n’aurons pas de dessert.
Je l’accompagne jusqu’à… l’église, en lui racontant quelques-unes de mes déconvenues amoureuses ¤ lointaines, si lointaines, comme irréelles ¤, pour faire bonne mesure.
Je ne lui demande pas ce qu’elle va faire là-dedans. Serait-elle pratiquante-pratiquante ?
Je respecte en silence, sans même un œil interrogateur, en me repassant le fil de la conversation en accéléré. Merde, j’ai fait une allusion aux Adventistes et aux mœurs des témoins de Jéhova, rien de méchant. Elle ne s’est pas offusquée.

On remettra ça.
Prochainement.
Encore trop de choses à nous dire.

J’ai revu Béa.
L’autre soir.
Elle avait changé.

_fin_
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Publié dans monblognotes

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L
Du coup, ça t'a fait bugger pour écrire d'autres billets ou quoi ??? t'as petit moral ???
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J
@La flote : Oui, elle est devenue un peu le fantôme d'elle-même, ni vraiment opaque, ni vraiment transparente. Elle navigue entre la fille qu'elle était et une autre que je ne connais pas.C'est très similaire, tu as raison, à l'effet provoqué par le retour après quelques années à un livre qu'on a aimé.C'est le même, mais il a changé, la lectrice est la même, mais elle a changé aussi.@La Moole : Eh oui... (soupir)@marionette : de ce point de vue-là, en tout cas, je crois qu'elle a beaucoup durci, cette histoire lui a mis du plomb dans la tête, mais, pour le reste, je ne sais pas si elle a grandi aussi.
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M
Oh... C'est génial... Il parait que je fais aussi partie de ces filles trop gentilles, et trop naïves. C'est pas facile. En tous cas elle a l'air moins nunuche que prévu!!!
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L
C'est comme la vie, des fois ça fait rigoler et des fois c'est tristounet.
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L
Ben, du coup, c'est pas drôle du tout, mais j'aime bien aussi les choses pas drôles. C'est émouvant la façon dont tu décris cette "nouvelle" Béa, un peu fantomatique pour tout dire.<br /> Je cromprends que tu aies de la tristesse entre les neurones... C'est comme relire un livre qui nous a marqué plus jeune, c'est toujours étrange d'y revenir...
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